• Au bout d’une deuxième manche exceptionnelle, Mikaela Shiffrin a écrit une nouvelle page de sa légende en décrochant sa troisième couronne mondiale consécutive en slalom. Un triplé que seul Christl Cranz avait réussi entre 1937 et 1939. Etourdissant.

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  • Impériale toute la journée, Tessa Worley a conquis le titre mondial du Géant. Quatre ans après le sacre de Schladmming, la Française double la mise sur le glacier de St-Moritz, devançant Mikaela Shiffrin et Sofia Goggia.

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  • Du haut de ses 33 ans, Tina Maze a fait ses adieux au monde du ski, chez elle à Maribor, là où tout avait commencé 18 ans plus tôt. Skieuse complète au caractère bien trempé, la Slovène laissera une trace indélébile dans l’histoire de son sport.

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  • David Chastan croit en son groupe

    Nouveau responsable des équipes de France masculine de haut niveau, David Chastan livre son analyse sur la saison à venir pour le groupe technique dont il avait la charge jusqu’à l’hiver dernier. Il nous parle de la genèse du projet, de l’exception française et des espoirs liés à Alexis Pinturault.

    Encore un fois, l’équipe de France suivra la trace d’Alexis Pinturault cette saison. Quel regard portez-vous sur le skieur savoyard ?

    Alexis, c’est un profil pluri-disciplines. Jusqu’à présents, il a gagné dans 4 disciplines différentes (géant, super g, super combiné et slalom), ce qui est exceptionnel dans notre sport. L’objectif, c’est de gagner le petit globe en Géant mais aussi le Gros au général. C’est le leader de l’équipe, depuis deux ans, par ses victoires en Coupe du Monde, ses résultats constants. Puis à côté, on a un leader d’expérience avec Jean-Baptiste Grange, double champion du monde en slalom, ce n’est pas rien, qui a gagné toutes les grosses courses, qui a le plus grand nombre de victoires du groupe technique.

     

    Chastan mise beaucoup sur PinturaultAvoir un leader comme Pinturault, participe-t-il à entraîner le groupe vers le haut ?

    On est un sport individuel dans un milieu collectif. On passe quand même 200-220 jours ensemble sur l’année avec le groupe donc le facteur collectif est important pour au moins deux points : la vie ensemble en dehors des pistes car on fait tout ensemble et à l’entraînement pour l’aspect plus sportif. La collectivité va monter l’individualité. Ca veut dire qu’il y a un moment où il y a toujours un gars qui skie un peu plus vite que le leader qui va avoir un point de repère. Ca crée une dynamique d’entraînement intéressante surtout quand vous avez, comme nous, 3 garçons dans les 7 meilleurs mondiaux. Tout ça, ça permet à quelqu’un comme Alexis de savoir où il en est et de monter son niveau. Il ne faut pas oublier qu’on est dans un sport individuel et que parfois on peut un peu s’endormir. Là avec le collectif, on réduit les risques. Ca peut vous réveiller. Et c’est valable pour tous.

     

    Le modèle français est assez unique au plus haut niveau mondial…

    On est l’une des seules nations à fonctionner comme ça. Depuis 2007 et sa création, ce groupe technique a constamment évolué. En géant beaucoup, en slalom aussi puisqu’on a eu deux titres mondiaux et des médailles. C’est le résultat de la politique française à laquelle j’ai veillé et  à laquelle les garçons ont adhéré. Cela a accru la densité au plus haut niveau. Le secret de la densité française est là : en s’entraînant ensemble, sainement, sans tricher. Les leaders ont apporté leurs performances, les autres ont su élever leur niveau pour être performants. Chacun s’est servi de tout le monde. Aujourd’hui Alexis, c’est le seul qui a gagné en Géant depuis 2-3 ans. Les autres savent où ils en sont par rapport et progressent. Puis quand il est moins bien, les autres sont là pour le corriger. Puis notre avantage, c’est que notre sport se fait face à un chrono, ça permet de s’étalonner plus facilement malgré les aléas de la météo.

    Les Bleus à l'entraînementCette densité est venue en mixant géant et slalom, en ayant des skieurs forts dans les deux disciplines qui se sont entraînés ensemble avec le même programme et qui ont bonifié par leur expérience et leur niveau de ski les jeunes qui intégraient le groupe au fur et à mesure dont Alexis, Victor et Mathieu Faivre, le plus jeune du groupe mais qui a déjà fait des Top 5 en Coupe du Monde.

    Il y a aussi eu un choix de  travail technique un peu plus approprié aux Français. Nos garçons ne skient pas tous pareil mais ils ont les mêmes fondamentaux. Quand on a une densité comme ça même si on ne gagne qu’avec un et pas tout le temps à cause de la concurrence des Hirscher et Ligety qui sont des monstres dans leur genre. Avec eux, c’est comme si on avait Bolt en ski. Après, cette densité prouve qu’un bon travail technique a été fait. On a une vraie école de Géant en France. Je crois qu’on est la seule nation depuis 4-5 ans à répéter des résultats si élevés avec la totalité du groupe.

     

    Comment expliquez cette concentration en Géant particulièrement. Est-ce une génération ou une politique plus profonde ?

    Severino Bottero, l'homme à l'origine du renouveauAprès les Jeux Olympiques de Salt Lake City en 2002, où Jean-Pierre Vidal a notamment gagné l’or, le slalom marchait très fort et le géant beaucoup moins. Severino Bottero (entraîneur italien décédé en 2006 dans un accident de la route) a tout changé. Il nous a apporté énormément au niveau de la technique et de l’approche dans un groupe. Il faut savoir qu’avant, on fonctionnait avec un groupe de slalom et un autre de géant. Bottero et son équipe ont transmis une culture du géant et de notre côté, on a réussi à rééquilibrer le travail. Pas qu’en équipe de France mais aussi en dessous dans les clubs. Il y a eu une prise de conscience sur cette discipline là. On s’en est servi comme une base dans les écoles, les clubs sans oublier les autres mais en accentuant juste un peu plus sur le géant. Du coup, aujourd’hui, on a des garçons avec un meilleur potentiel quand ils arrivent chez nous et avec qui il est plus facile de travailler. Avant de devenir double champion du monde de slalom (2009 et 2015), Jean-Baptiste Grange était parmi les 7 meilleurs du monde en géant. A partir de 2007, on a pu mettre les skieurs sur plusieurs disciplines. Avant, on était très spécialisé et je crois qu’on a loupé des potentiels à cause de ça. Le premier à avoir fait des résultats sur deux disciplines, c’est Steve Missilier. C’est un peu lui le précurseur. On a continué avec JB puis c’est descendu pour aboutir à ces garçons qui aujourd’hui peuvent être performant dans au moins deux disciplines.

     

    Est-ce que la mise en place de ce groupe a été difficile dans le cadre de ce sport individuel avant tout ?

    Frédéric Covili et son globe du géant en 2002Aujourd’hui, c’est une belle réussite mais ce n’était pas gagné du tout car on était vraiment sur un fonctionnement de groupe cloisonné depuis très longtemps. Quand on a réuni tout le monde, on a eu des garçons importants qui ont permis de réaliser ce rêve. Fred Covilli (vainqueur du petit globe de cristal du géant en 2002, ndlr), par exemple, a vraiment joué le jeu. Quand on lui a dit de faire du slalom car on pensait que c’était bon pour lui, il l’a fait alors même qu’il arrivait en fin de carrière. Joël Chenal (vice-champion olympique de slalom à Turin en 2006, ndlr) nous a suivis, Julien Lizeroux aussi. Tous ces garçons ont permis à ce que la jonction se fasse bien entre anciens et jeunes et surtout nous ont donnés du crédit par rapport à ce qu’on avait mis en place, par leur approche, leur implication. Ils ont cru en nous et nous étions persuadés qu’un skieur pouvait pratiquer deux disciplines à haut niveau. Les Autrichiens nous l’avait montré avec « Benny Raich » et les Américains avec Bode Miller.

     

    Ce qui est impressionnant, c’est que vous avez su conserver cet esprit de groupe mais à un niveau où les meilleurs sont entourés par des structures individuelles…

    En Autriche, c’est le sport national aussi donc il n’y a pas les moyens. En Suisse, c’est pareil. On joue dans la même cour mais pas avec les mêmes armes. En France, on ne peut pas se permettre ce genre de structures. Alexis en a demandé une mais on a été obligé de refuser. Je ne suis pas convaincu que ça aide vraiment mais certains pensent le contraire.

     

    Sentez-vous que le regard de vos adversaires a changé sur l’équipe de France ?

    Pinturault en compagnie de ces deux principaux rivaux (Hirscher à gauche et Ligety au centre)Évidemment avec les résultats. On a su gagner de grosses courses notamment en slalom au début et maintenant aussi avec le géant. En géant, c’est une certitude. En termes de points, nous sommes la meilleure équipe au monde. Plus largement, dans les disciplines techniques, on est la seule nation à avoir rapporté 2 médailles des derniers Mondiaux à Beaver Creek (or en slalom avec Grange et bronze en géant avec Pinturault, ndlr). C’est une belle réussite et je veux le souligner. Car on s’arrête souvent qu’au titre mais ce qu’on a fait, l’Autriche ne l’a pas fait, la Suisse non plus. Ca signifie quelque chose. Toutes les médailles comptent.

     

    Ca prouve une régularité au plus haut niveau…

    Oui. Aujourd’hui, on est énormément regardé. Quand vous en placez 7 dans les 11 à Solden, il y a deux ans (6 en fait, Pinturault 2e, Missilier 4e, Fanara 7e, Richard 8e, Faivre 9e et Mermillod Blondin 11e), c’est un peu les championnats de France en Autriche (rire). Et les résultats perdurent. On commence vraiment à être connu et respecté.

     

    Quel est l’objectif pour Alexis Pinturault cet hiver ?

    Continuer sur la même lancée. Il faut savoir qu’il avait changé de matériel en début de saison dernière et margé tout, il a fait une belle saison. Il est 2e en géant, toujours 3e au général, il regagne en géant ce qu’il n’avait plus fait depuis 2 ans, il fait une médaille au championnat du monde. On va essayer de jouer le général avec lui. Il a vraiment le potentiel. En plus, c’est une année sans grand événement donc on va pouvoir se concentrer uniquement sur la saison. Cet été, on a fait la même préparation que la précédente. Il est parti en stage avec le groupe technique mais aussi avec celui de vitesse au Chili.

     

    Alexis Pinturault doit guider le collectif bleuL’hiver dernier, l’équipe de géant c’est 4 podiums dont 1 victoire, qu’attendez-vous pour cette saison ?

    On peut faire largement mieux. A commencer par Alexis car il a du s’habituer à son nouveau matériel. Après, je trouve ça très important, il a remporté ce que j’appelle une vraie course, c’est-à-dire qu’il a gagné la première manche et la course à Kranjska Gora. Pour la suite de sa jeune carrière, ça va être un élément important. Auparavant, il avait gagné mais sans être leader après la première manche et là ce n’est pas la même pression, le même ski qu’il faut fournir. Derrière, Thomas Fanara n’a pas encore gagné mais il est très régulier. Je pense qu’il peut arriver à en gagner une. Victor, lui, peut venir nous faire de bons podiums. Il faut comprendre aussi qu’ils ne sont pas beaucoup à pouvoir prétendre à la victoire en géant. Objectivement, ils sont 3 favoris : Marcel Hirscher, Ted Ligety et Alexis (8 victoires en 9 géants l’an dernier, ndlr).

    Propos recueillis par Christopher Buet


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  • Fenninger savoure son triomphe

    Au terme d’une saison fascinante et indécise marquée par son intense duel avec Tina Maze, Anna Fenninger a ravi le Gros Globe de Cristal grâce à sa victoire dans l’ultime Géant de la saison. À 25 ans, elle devient la 3ème autrichienne à conserver son bien au général après Möser-Proll et Kronberger.

    Fenninger s'effondre dans l'aire d'arrivéeElle n’en a même pas la force. Pas la force de lever les bras, pas la force d’exulter, de crier sa joie d’avoir réussi le plus beau pari de sa jeune carrière. En franchissant la ligne d’arrivée, Anna Fenninger n’a que le réflexe de scruter le tableau d’affichage, d’y avoir ce « 1 » devant son nom, puis de venir s’effondrer dans la neige, là au bas de ce Roc de Fer qu’elle a si admirablement taillé, là dans cette aire d’arrivée où le temps a paru s’arrêter. Du haut de ses 25 ans, l’Autrichienne sanglote la tête posée sur le manteau blanc de Méribel, lâche toute cette pression accumulée, toute cette tension qui lui enserrait le cœur. « J'avais énormément de pression. Mais pas seulement ce matin ! Ça fait des jours, des semaines que ça dure. Parce qu'à chaque course, Tina (Maze) était là », soufflait-elle.

    Maze a compris sa défaiteLa Slovène n’était d’ailleurs pas bien loin encore. Arrivé à peine une minute plus tôt, la skieuse de 31 ans était abasourdie. Retenue par ses seuls bâtons collées à sa poitrine, Maze accusait le coup. Le visage de la belle Slovène trahissait toute sa détresse, celle d’avoir échoué si près d’un second Gros Globe de Cristal, celle d’avoir cédé lors de l’ultime course d’un hiver interminable au terme d’un combat presque irréel avec Anna Fenninger. Hélas pour elle, le rôle de la perdante magnifique lui revenait. Le rôle le plus ingrat, celui qui cause les larmes les plus douloureuses et les peines les plus tenaces. « Anna était simplement trop forte cette saison », tentait la Slovène comme pour atténuer  son désarroi avant d’ajouter : « Sur cette course, je n’ai pas grand chose à me reprocher. Les erreurs, je les ai commises avant dans l’hiver. » La skieuse de Slovenj Gradec pense certainement à ses sorties de piste coupables en géant et en slalom chez elle à Maribor au sortir des Mondiaux de Beaver Creek, ainsi qu’à ce séjour à Äre dont elle revint malade et sans point.

    Maze n’abdique pas

    Fenninger survole le dernier géantDeux absences impardonnables quand on est engagé dans une lutte sans merci avec une rivale aussi exceptionnelle que la Fenninger 2015. Pourtant, Tina Maze a tout mis en œuvre pour croire en ses chances à Méribel. Arrivée en retard au général, cette dernière s’était présentée avec une avance substantielle à l’aube de ce dernier géant de l’hiver, 18 points. Restait à finir le travail et à repousser l’assaut final de la fille de Hallein. Pas une mince affaire surtout que l’Autrichienne excelle dans la discipline où elle reste sur 3 succès de rang (4 cet hiver, ndlr). « Tina est forte. Elle n'est jamais aussi forte que quand les courses sont dures, quand il y a de l'enjeu. Elle adore ça », confessait Fenninger. Une crainte justifiée. Si l’Autrichienne livrait une première manche de gala, la championne olympique se défendait comme une lionne. D’un engagement total, Maze s’accrochait aux skis autrichiens (2ème à 0’’27), regrettant finalement un second acte non-abouti où pour 8 centièmes elle laissait la tête à Eva-Maria Brem avant de voir s’élancer Fenninger.

    « Très, très nerveuse »

    Le doublé d'Anna Fenninger« Aujourd'hui, j'étais très, très nerveuse. Et encore plus au départ de la deuxième manche. Pour moi, il est toujours important d'essayer de rester tranquille. Mon but était donc de me concentrer, de ne penser à faire que ce que je savais faire. Simplement vivre le moment sans penser aux conséquences… », expliquait la jolie brune. Une nervosité vite évacuée sur la piste. Dans le brouillard de Méribel, Fenninger embrasa la piste. Soyeuse, elle enlaça la pente avec grâce, tailla ses courbes avec son habituel délicatesse dans un ski coulé et ravissant. La championne du monde de géant récitait sa partition sans la moindre fausse note, sans la moindre faute de goût. Fabuleuse sur le haut, elle asseyait son triomphe dans le mur et glissait jusqu’à l’histoire. À 25 ans, l’artiste de Hallein rejoignait deux anciennes gloires du ski autrichien : Annemarie Moser-Pröll et Petra Kronberger, en devenant la troisième Autrichiennes à conquérir deux Gros Globe de Cristal d’affilée. « Je suis tellement contente de ma saison. De mes Mondiaux, de mon dernier mois en Coupe du monde qui fut incroyable. Je vis un rêve », s’amuse-t-elle, ivre de bonheur. Digne mais dévastée, Tina Maze venait finalement étreindre la cause de son tourment avant de monter avec elle sur le podium et de la regarder avec souffrance soulever l’objet de tous ses désirs, ce Globe pour lequel elle et on équipe avait tant investi tout l’hiver. Les yeux rougis et dans le vague, la double championne du monde semblait ailleurs, dans ses pensées qui l’interrogent sur la suite à donner à sa carrière à 31 ans (elle doit annoncer en juillet si elle continue ou non, ndlr).

    De son côté, Anna Fenninger n’en finissait plus d’embrasser ce trophée rendu plus beau encore par la bataille épique livrée, tout au long de l’hiver, à l’admirable slovène. Il n’y avait plus là ni fatigue, ni pression, juste le goût délicieux d’une saison étoudissante de suspense achevée sur la plus belle des notes. Le grand cirque blanc tire donc sa révérence avec sa championne autrichienne et les promesses d’un hiver 2016 plus indécis, plus vibrant et magnifique que jamais. Merci Mesdames et à la saison prochaine.

    Podium royal pour la saison 2015

    Christopher Buet


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