• Barcelone exulte et entrevoie Berlin

    A la faveur d’un dernier quart d’heure enfiévré, marqué par trois buts, Barcelone a pris une sérieuse option sur la qualification pour la finale de la Ligue des Champions en dominant le Bayern Munich au terme d’une rencontre prodigieuse d’intensité.

    Messi débloque la demieToutes les histoires ont besoin d’un héros, celui qui guide les siens, leur ouvre le chemin quand il est trop escarpé, trop encombré, trop sombre. Dans la douce nuit catalane, la cité façonnée par les inspirations de Gaudi s’est trouvée son héros, ou plutôt l’a retrouvée. Transi d’amour, le peuple blaugrana s’égosillait. « Messi ! Messi ! Messi ! », chantait-il, comme on loue son Dieu dans une cathédrale. Si le fantasque architecte n’est plus, fauché par un bus une journée de juin 1926, le joueur argentin a, lui, rappelé qu’il est bien vivant, que son génie n’a rien perdu de son éclat après un quart de finale atone contre Paris et que ses fulgurances dessinent toujours les contours d’un artiste invraisemblable et incontournable répondant présent à l’heure de se dresser sur la grande scène continentale. « Leo Messi fait des choses que personne ne peut reproduire. Grâce à lui, nous avons toujours la garantie d'être un peu plus proches de la victoire. Je lui tire une nouvelle fois mon chapeau. Il nous rend heureux », encensait après la rencontre son capitaine Andres Iniesta. Car plus qu’un doublé, Lionel Messi a fait basculer, dans un dernier quart d’heure abominable pour les Bavarois, le sort de cette demi-finale fabuleuse d’intensité où les deux formations se sont livrés une bataille pleine de hargne et d’engagement pour obtenir la maîtrise du ballon.

    Le choc des blocs

    Neuer maintient les siens dans le matchDans un Camp Nou ayant revêtu ses habits de gala, le FC Barcelone et le Bayern Munich avaient décidé d’imposer leur jeu respectif, fait de possession et de longues séquences de préparation. Pour cela, l’un comme l’autre réclamait le contrôle du ballon. Dès lors, la pelouse catalane devint le théâtre d’un spectacle irrespirable où chacun exerçait une pression étourdissante à son opposant dès qu’il perdait l’initiative, allant jusqu’à chasser loin dans la moitié de terrain adverse. Une débauche d’énergie considérable même pour des équipes de ce calibre qui les contraignait à jouer sur un fil et où toute erreur pouvait se payer comptant. Ainsi après 12 minutes, Suarez se jouait de l’alignement bavarois et s’en allait défier seul Manuel Neuer. L’Uruguayen tentait de propulser le ballon de l’intérieur du pied dans le petit filet opposé mais sa frappe était repoussée par la cheville du portier allemand. Comme il l’avait annoncé la veille, ce dernier marquait d’entrée son territoire avec son autorité habituelle et permettait au Bayern de ne pas sombrer.

    L'impuissance du BayernTremblant sur sa base arrière, le Bayern Munich ne désarmait pas et parvenait à surprendre la défense catalane. Sur une bonne combinaison avec Thomas Müller, l’attaquant polonais faussait compagnie à ses « geôliers » d’un soir et se retrouvait seul aux 6 mètres. Là, il se jetait pour reprendre le centre de son coéquipier mais ne parvenait qu’à effleurer le ballon. Sans le savoir, l’homme au masque venait de laisser échapper la plus belle opportunité de son équipe. Car si le Bayern Munich soutenait la bataille du milieu de terrain et sembla même prendre un ascendant physique en début de seconde période, il était incapable de se montrer dangereux. Si Thiago Alcantara offrait un relais technique intéressant sur le flanc droit, l’Espagnol ne pouvait apporter cette accélération meurtrière dont Robben a le secret, permettant de déstabiliser le bloc défensif adverse. Sans son Néerlandais et Franck Ribéry, l’attaque bavaroise ronronnait sans ressources, frappant 8 fois au but sans cadrer le moindre tir. Du jamais vu pour le club bavarois depuis 2009 et une défaite contre Bordeaux.

    Messi déchaine les enfers

    « On n’a pas joué bas parce que si tu le fais, tu finis par perdre (…) Il fallait les éloigner de notre zone »,  expliquait Guardiola. Une tâche que ses hommes réussirent à accomplir pendant longtemps mais comme il l’avouait avec fatalité : « Ils sont tellement bons qu’ils finissent par trouver les espaces. » C’est bel et bien ce qui advint. Pris à la gorge par le positionnement et l’activité des bavarois, les Barcelonais peinaient à s’installer. « C'est un match très compliqué, une demi-finale de Ligue des Champions face à un très bon adversaire », constatait Lionel Messi qui avait vu Alves échouer comme Suarez sur Neuer peu avant la mi-temps.

    Messi déchaine un quart d'heure d'enferComme souvent, c’est du numéro 10 argentin qu’allait venir le salue catalan. Virevoltant et très concerné par la tâche défensive pour laquelle il multiplia les harcèlements, le natif de Rosario allait se mettre en évidence. On jouait la 77ème minute quand Neymar s’effondra dans la surface sur un centre de Messi. L’arbitre ne bronchait pas et laissait le soin à Neuer de relancer vite sur Bernat à droite. Remarquable d’anticipation, Alves sautait dans les pieds de son vis-à-vis, se jouait de lui d’un grand pont et servait sur sa gauche Messi. D’un contrôle, l’Argentin se replaçait à 20m et armait sa frappe. Une frappe aussi limpide que soudaine. Neuer eut beau se détendre, il n’y pouvait rien. Pour la première fois de sa carrière, le quadruple Ballon d’Or, plein de hargne, trompait le portier allemand et faisait exploser un Camp Nou suffocant.

    Messi assomme Neuer et le BayernComme désarçonner par ce but, le Bayern se désunissait très légèrement. Or le moindre relâchement ne pardonne pas à ce niveau d’exigence et d’excellence. Au cœur du jeu, Busquets éliminait le premier rideau bavarois et servait Rakitic. Le Croate ne se faisait pas prier pour adresser une ouverture lumineuse à Messi dans une défense distendue. La suite se passait de commentaire. Avec une simplicité désarmante, il se jouait de Boateng d’un crochet intérieur et exécutait Neuer d’un subtil piqué qui fila embrasser les filets. A l’image de son gardien, le Bayern était à terre, impuissant face à ce démon argentin. « Un joueur comme Messi est difficile à arrêter. Parfois on gagne, parfois on perd », philosophait le gardien bavarois. « Nous avons eu la chance de marquer face à une équipe qui tient beaucoup le ballon, qui a un style similaire au notre. Nous avons eu du mal à mettre le premier, et par chance nous avons pu en marquer deux autres. C'est un excellent résultat », savourait le héros du soir qui parachevait son œuvre dans le temps additionnel.

    Neymar et Messi se congratulentAlors que les Allemands avaient jeté leurs dernières forces dans une ultime offensive, Barcelone planta un contre. Dans le rond central, Messi alertait Neymar partit dans le dos de Benatia. Le Brésilien s’approcha et crucifia sans état d’âme un Neuer médusé avant de se jeter dans les bras de son passeur dans une étreinte folle et joyeuse (3-0). En l’espace de 15 minutes, Barcelone, dans le sillage de son prodige, avait fait exploser sa bête noire qui ne méritait pareille correction au vu des efforts déployés. « Ce soir, nous avons assisté à un grand spectacle entre deux équipes qui savent jouer au football », appréciait Neymar. Loin de fanfaronner, Messi prévenait : « Maintenant, il faut aller terminer le travail à Munich, sans excès de confiance, car le Bayern est très solide à domicile. » Comme pour rappeler que cette nuit endiablée n’était qu’un chapitre dont il avait été le héros et que l’histoire n’était pas terminée.

    Christopher Buet


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  • Camp-Nou champions

    Deux ans après avoir été massacré par le Bayern Munich à ce même stade de la compétition, le FC Barcelone accueille son rival bavarois pour cette demi-finale aller de la Ligue des Champions pour une opposition qui s’annonce flamboyante.

    Les travées du Camp Nou sont encore silencieuses, ses sièges bleu et grenat encore vides. L’immense cathédrale perdue dans la végétation de béton de la capitale catalane dort encore, de ce sommeil léger qui précède les grandes batailles, celles qui bâtissent les monuments et écrivent les légendes. En début de soirée, la quiétude des lieux aura disparu, remplacée par la fureur émanant des plus de 98 000 socios venus pour enflammer cette nuit qu’ils espèrent tous pouvoir un jour racontée, cette nuit où les leurs auront vaincus, cette nuit où ils auront accueilli comme il se doit leur « frère », chef d’orchestre de la grande symphonie catalane du tournant de la décennie (2009-2012).

    Le retour de GuardiolaLe retour de l’ancien « roi »

    Car oui, ce soir de début mai 2015, Barcelone voit revenir son enfant prodigue. Trois ans après avoir quitté « sa » maison, Pep Guardiola est de retour mais pas dans le même costume. Cette fois, c’est sur le banc adverse qu’il s’assoira. « C’est une sensation incroyable de revenir ici. J’ai tellement de souvenirs. C’est un grand moment pour moi. J’ai passé trente ans ici, mais je suis entraîneur du Bayern Munich maintenant », glisse l’entraîneur bavarois qui ne fait aucun doute de ses intentions. « Ce que je veux? Eliminer le Barça! On est venu travailler. »

    Un retour chargé en émotions que les Blaugranas sont prêts à encaisser. En effet, un ancien entraîneur et inspirateur ou pas, aucun traitement de faveur ne sera accordé. « L’affronter n’est pas une motivation. La seule motivation, c’est ce match. C’est une demi-finale de Ligue des Champions », lâche placide Lionel Messi qui avoue garder un bon souvenir d’un homme qui l’a aidé à grandir tant sur le terrain qu’en dehors mais avec qui il n’entretient plus le moindre lien. La page Guardiola semble donc bien tournée dans les têtes blaugranas. Un sentiment confirmé par Iniesta et surtout Luis Enrique. « C’est toujours sympa de revoir son ex-entraîneur... s’ils en ont le temps. Mais je suis sûr qu’ils mettent d’abord en avant l’importance de cette demi-finale. Il y a la fin du match pour se saluer... On ne veut pas battre Pep mais l’une des meilleures équipes du monde », assène-t-il.

    Le souvenir de 2013

    La démonstration de Müller et du BayernSi la réaction de Pep Guardiola sera scrutée lorsqu’il remontera sur l’impeccable pelouse barcelonaise, le monde du football aura surtout les yeux rivés sur le Camp Nou pour voir deux des meilleures équipes du continent se faire face dans un affrontement qu’il espère aussi mémorable que les précédents. Personne, surtout pas ici à Barcelone, n’a oublié l’humiliation de 2013 quand ce Bayern Munich, diabolique de maîtrise et d’efficacité, avait atomisé des blaugranas amoindris et désunis. Sept buts avaient alors récompensé la domination sans faille des Bavarois quand Barcelone n’avait même pas pu faire illusion. « Le 7-0 d’il y a deux ans ? Ce fut une grand expérience, nous avons joué de manière brillante, nous avons impressionné le monde du football », se souvient Thomas Mülle, auteur de trois réalisations cette année-là, et qui jouera à nouveau les poisons ce soir sur la pelouse. « Il y a deux ans, cette demi nous avait fait très mal, notamment au regard de nos performances ce soir-là (défaite 4-0 à l'aller puis 3-0 au Camp Nou), et de la façon dont nous sommes sortis de la compétition », se remémore, de son côté, un Lionel Messi plus amère.

    Depuis cette double confrontation, déjà en demi-finale, seule Valence, le 1 février 2014, est parvenue à inscrire 3 buts au Camp Nou (2-3). Surtout, le Bayern Munich a infligé au FC Barcelone sa seule défaite au cours des 32 derniers matches de Ligue des Champions à domicile. Il faut dire que le Bayern Munich est souvent synonyme de mauvais souvenirs pour les Catalans. En effet, en huit confrontations officielles, ces derniers ont perdu à 5 reprises, concédant deux nuls pour une maigre victoire. En 2009, Barcelone s’était imposé 4-0 au Camp Nou grâce à Thierry Henry, Samuel Eto’o et un doublé de Lionel Messi. « J’ai envie d’être à ce match pour ce qu’il signifie, ce que cela représente d’être en demi-finale de Ligue des Champions face à une grande équipe comme le Bayern Munich. Beaucoup de temps a passé depuis (2013). Notre équipe a changé, ce sera un match différent », assure l’Argentin qui aura à cœur de se distinguer après un très timide quart de finale contre le Paris Saint-Germain.

    Barcelone en pleine forme

    A défaut d’Eto’o et Henry pour l’épauler comme en 2009, le génie de Rosario a trouvé deux nouveaux compères sur le front offensifs avec Neymar et Luis Suarez. Un trio sud-américain dont les nationalités auraient pu laisser craindre le pire. « On a de très bonnes relations. Avec Neymar, on se connaissait déjà. Quant à Luis, il s’est très bien adapté au vestiaire et au groupe », explique Messi. Difficile de donner tord au quadruple Ballon d’Or tant l’entente parfaite et le talent de ce trio ont conquis observateurs et supporters. Plus que les 108 buts inscrits par les trois compères cette saison, le symbole réside dans le replacement sur le côté droit de Messi afin de rendre l’axe de l’attaque à Luis Suarez où l’Uruguayen pèse énormément sur les défenseurs par son placement, ses appels et son sens du but.

    messi-neymar-suarezDerrière ses trois solistes, Barcelone respire la sérénité. Conscients de pouvoir marquer à tout moment (Barcelone a inscrit 29 buts lors de ses 8 derniers matches), les blaugranas ont également resserré les lignes derrières. Autour de Javier Mascherano, Luis Enrique a restauré une certaine idée du pressing à la perte de balle. Plus compacts, les Barcelonais n’ont encaissé que 26 buts en 46 matches cette saison et sont même restés hermétiques au cours de leur 5 dernières rencontres.

    De son côté, le Bayern Munich n’affiche pas le même état de forme. Flamboyant il y a encore quelques semaines, le Champion d’Allemagne accumule les blessures. Outre Franck Ribéry jamais vraiment en forme cette saison, Arjen Robben a dû lui aussi faire un trait sur la demi-finale trahi par son mollet, comme Alaba touché au genou ou Badstuber à la cuisse. Autant d’éléments essentiels dans l’équipe bavaroise. Une situation dont les Allemands refusent de se servir comme une éventuelle excuse. « Nous savons que notre tâche s’annonce très compliquée mais je suis intimement convaincu que nous avons nos chances », balaye Manuel Neuer, qui retrouve Messi et Mascherano qu’il avait éteint en finale de la Coupe du Monde. « Je suis convaincu qu’on est capable de les mettre en danger », abonde Benatia. Une fois n’est pas coutume, le Bayern Munich se présente en léger retrait. Pas forcément la plus mauvaise posture pour surprendre un adversaire qui leur réussi si bien d’habitude et contre qui il n’a plus pris le moindre but depuis 197 minutes.

    L’heure avance et le Camp Nou attend de s’embraser dans cette douce soirée aux relents de légendes où les étoiles de la Ligue des Champions se sont données rendez-vous pour des retrouvailles enflammées.

    Christopher Buet


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  • Le Bayren Munich s'amuse

    La phase de groupes de la Ligue des Champions vient de rendre son verdict et sans surprise, tous les favoris se sont qualifiés.

    Le PSG s'affirmeTout ça pour ça… Quarante-huit matches, 32 équipes et 3 mois et demi de compétition pour en arriver à ce constat terrible que cette première phase de la Ligue des Champions n’aura servi à rien, si ce n’est à conforter l’idée que l’Europe du football tourne en rond et se morfond dans un système guidé avant tout par l’intérêt pécunier plutôt que sportif. Et comment vendre un produit comme la plus prestigieuse des compétitions européennes si ce n’est en réunissant les meilleures formations du continent et en leur assurant un joli billet, première classe grand luxe avec tout le confort qui convient.

    Comme chaque année, les dirigeants de l’UEFA avaient convié, fin août, les familles européennes à leur grande réunion annuelle, ce point de passage obligé qu’est le tirage au sort de la phase de groupes de la Ligue des Champions. Protection des uns, protections des autres, sans sourciller, tout le monde a pris acte de la sentence, clémente comme toujours si ce n’est pour le traditionnel « groupe de la mort » concernant cette saison Arsenal, Dortmund, Naples et Marseille. Derrière les réserves d’usage voulant qu’il n’existe pas de petites équipes, les géants du continent qu’il soit bavarois, catalan, madrilène, mancunien ou londonien se donnaient tous rendez-vous pour le vrai début de la compétition européenne fin février.

    La Vieille Dame piégéeLa Juventus prend froid

    Et ça n’a pas loupé. Faisons l’appel.  Le Bayern Munich, tenant du titre : reçu avec mention. Le Borussia Dortmund, finaliste : laborieux mais ça passe. Le FC Barcelone et le Real Madrid, demi-finalistes : comme à la parade. Atletico Madrid et Manchester City : forces tranquilles. Arsenal et Chelsea : sans soucis… Inutile de continuer à égrener une liste où le seul véritable absent s’appelle la Juventus Turin.

    Double championne d’Italie, l’équipe d’Antonio Conte a endossé le traditionnel costume du favori piégé, celui qu’on ne s’attendait pas à voir disparaître si tôt. Placée dans le groupe B, la Vieille Dame s’est adroitement sabordée. Renforcée à l’intersaison par Carlos Tevez et Fernando Llorente, le champion transalpin aurait dû composter son billet pour les 8èmes de finale de la C1 sans trop de difficultés, eu égard à ses adversaires directs que sont Galatasaray et Copenhague, en compagnie du Real Madrid. Paradoxalement, la Juventus s’en sortit avec les honneurs contre les madrilènes ne s’inclinant qu’au match aller au Santiago Bernabeu (1-2) avant d’obtenir le nul à domicile, mais perdu ses illusions en ne parvenant à dominer qu’une fois les Danois et surtout en échouant à battre les Turcs. Et c’est sous la neige d’Istanbul que les Bianconnero finirent par baisser pavillon, terrassés par Sneijder (0-1). Exception faite du champion de Serie A, les favoris ont assuré et les second couteaux attendus ont répondu présent.

    Cour de privilégiée

    C’est même un doux euphémisme. Durant cette phase de poule, dont l’intérêt réside peut-être dans l’usure des organismes,Cristiano ronaldo survole les débats les places fortes du football européen ont littéralement écrabouillé leurs adversaires. Lors de leurs 3 premières rencontres, le Bayern Munich, le Real Madrid et le Paris Saint-Germain ont inscrit respectivement 11, 12 et 12 buts, soit pratiquement 4 buts de moyenne. A lui seul, le club merengue a même fait trembler les filets presque autant de fois que la Juventus, Galatasaray et Copenhague réuni (20 buts dont 9 pour le seul Cristiano Ronaldo, un record, contre 21), quand le l’Atletico Madrid se payait le luxe d’en avoir inscrit plus que ses camarades de jeu du Groupe G (15 contre 14). Plus que jamais, cette saison a marqué un vrai fossé entre une élite intouchable et des poursuivants essoufflés.

    Un écart qui chaque année se reflète inlassablement dans le miroir européen et dont la tendance suggère même un creusement. Aussi était-il nécessaire de s’infliger pareil cirque et engorger un calendrier désespérément surchargé. À ce rythme, plus qu’une lassitude, c’est bien un épuisement irrémédiable qui pointe face à la vacuité toujours plus avérée d’un système où les « gros » n’ont rien à craindre entre protection du tirage et protection de la répétition (difficile de renverser une montagne 6 fois en poule plutôt que 2 fois en éliminatoire). En attendant, personne ou presque ne manque au grand appel de la sirène UEFA. Tout ce joli petit monde sera comme prévu au rendez-vous de février pour ces huitièmes de finale, officieux point de départ de la saison européenne.

    Christopher Buet


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  • Yoann Gourcuff et Lyon vont tenter de se qualifier face à la Real Sociedad

    Dominé 0-2 à domicile lors du barrage aller de la Ligue des Champions, Lyon n’a pas le choix et doit briller à Anoeta contre la Real Sociedad. Les Gones en ont-ils les moyens ?

    Cette fois, ils n’ont plus le choix. Surpassé par une séduisante équipe de la Real Sociedad sur sa pelouse de Gerland (0-2), l’Olympique Lyonnais est dos au mur. Dans l’antre basque d’Anoeta, les hommes de Rémi Garde se doivent de renverser la situation pour éviter une déconvenue qui ne servirait pas les finances du club (la Ligue des Champions représente une recette d’au moins 20 millions d’euros, ndlr). "Il faut être capable de faire un exploit", a résumé sur RTL, le président lyonnais Jean-Michel Aulas. Mais le septuple champion de France en est-il capable ?

    Lyon peut le faire…

    Olympique Lyonnais…Parce qu’ils ne pourront pas être aussi mauvais. « Mon équipe et mes joueurs valent mieux que ça », assure Rémi Garde. Pour l’entraîneur des Gones, le match aller n’a pas reflété la vérité de son groupe. Dépassé dans l’engagement et dans l’envie, les Lyonnais sont apparus tétanisés par l’enjeu à Gerland. Même si le contexte sera plus hostile à Saint-Sébastien, Lyon devrait montrer un autre visage.

    …Parce que les joueurs n’ont pas abdiqués. « On est comme tous des compétiteurs, il y a de l'orgueil au fond de nous-mêmes. Nous avons été bousculés et meurtris », a indiqué le technicien rhodanien en conférence de presse, mardi. Malgré son jeune âge (23 ans de moyenne pour le onze titulaire), l’Olympique lyonnais refuse l’excuse de l’expérience et entend prouver que le match aller n’était qu’un accident. A en croire L’Equipe et son journaliste Vincent Duluc, les joueurs sont prêts à en découdre. La semaine dernière, des mots auraient été échangés après la défaite, remobilisant le groupe.

    …Parce que le talent est là. Si Lyon reste sur deux défaites consécutives, il n’a pas perdu son potentiel. Avec une ligne offensive constituée de Grenier, Gourcuff, Benzia et Lacazette, les français ont les moyens de forcer le verrou basque.

    Lyon n’y arrivera pas…

    …Parce que ce n’est pas dans ses habitudes. Vieux routier sur la scène européenne, le club de Jean-Michel Aulas n’est pas un adepte des exploits et autres renversements de situations. Si l’on se souvient du miracle de Zagreb où Lyon avait passé sept buts au Dinamo (7-1) et obtenu sa qualification pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions au prix d’un improbable concours de circonstances, on oublie qu’après avoir perdu au match aller, Lyon a échoué 13 fois sur 14 à renverser le score. Les temps ont changé et même si la jeunesse lyonnaise a du talent, les statistiques ne prêtent pas à l’optimisme.La Real Sociedad

    …Parce que la Real Sociedad n’a pas l’intention de lâcher. Quatrième de la dernière Liga, les Basques ont fait tourner ce week-end. Griezmann, Prieto, Zurutza et Bergara ont été ménagés, soit les trois hommes du milieu de terrain et un ailier de percussion. L’équipe dirigée par Jagoba Arrasate sera donc fraîche et concentrée. Car malgré son avantage, elle ne verse pas dans la facilité. « Dans le groupe, il n'y a pas eu d'euphorie. Même si on a gagné 2-0 là-bas, dès que le match a été terminé nous étions contents mais en même temps prudents. »

    …Parce que la dynamique semble briser. Après un début de saison euphorique (7 buts en deux matches de Ligue 1), la mécanique lyonnaise s’est enraillé. Après le revers de mardi dernier, c’est Reims qui a fait dérailler l’ensemble rhodanien en Champagne, samedi. Un succès minimaliste (0-1) mais qui met en lumière les difficultés récentes des partenaires de Clément Grenier, auteur d’un pénalty manqué.

    …Parce que l’Europe ne lui plaît pas. Très consistant en Championnat, Lyon a affiché un autre visage sur la scène européenne. Avant sa navrante sortie de la semaine passée, le troisième du dernier exercice national a connu toutes les peines du monde à se débarrasser du Grasshopper Zurich (1-0 1-0). Cette saison, l’Europe semble couper les jambes des hommes de Rémi Garde.

    …Parce que la défense est perméable. Si Lyon peut faire la différence devant, derrière tout est plus compliqué. Cette saison, Lyon encaisse au moins un but tous les deux matches et reste sur trois rencontres consécutives sans parvenir à préserver sa cage inviolée. Cette perméabilité ne pardonne pas en Europe.

    Christopher Buet


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  • Dortmund

    Outsider de cette finale face au Bayern Munich, le Borussia Dortmund dispose d’arguments sérieux pouvant mettre à mal leur adversaire.

    C’est l’histoire d’une renaissance. Voilà 8 ans, Dortmund vacillait, flamme tremblotante, s’éteignant dans le tourbillon de finances. Au bord du gouffre, le BVB pris les mesures qui s’imposèrent (vente d’une partie du stade, baisse des salaires…) et reçut le concours de l’ennemi héréditaire: le Bayern Munich. Ironie de l’histoire, Dortmund retrouve, ce samedi, celui qui l’avait aidé dans sa galère pour reprendre le fil d’une rivalité jamais démenti.

    Toutefois, cette saison, le club bavarois semble posséder un avantage psychologique sur celui de la Ruhr qu’il a relégué à plus de 20 points au Championnat. Malgré ce déficit, Dortmund croit en ses chances. « Avec l'équipe, on croit tous en nos chances de battre le Bayern. Ils ne nous ont pas battus cette saison en Bundesliga (ndlr: 2 nuls 1-1). Ca démontre bien qu'on peut les gêner avec notre jeu. Ils nous respectent beaucoup », rappelle le défenseur Sebastian Kehl au club depuis 2001.

    Robert Lewandowski

    Un respect gagné grâce à la qualité du jeu déployé par les hommes de Jürgen Klopp. A l’inverse du Bayern Munich dont se dégage une froide et implacable puissance, Dortmund propose une vision plus poétique. Emmenée par Mario Götze, aujourd’hui soutenu par Marco Reus, le champion d’Allemagne 2011 et 2012 s’appuie sur un jeu de transition extrêmement rapide et vertical. « On veut tout faire péter. On préfère frapper cinq fois sur la barre que rester quatre fois dans la surface sans frapper. Autant perdre » résume le charismatique Jürgen Klopp dans le quotidien espagnol El Pais. Regarder un match de Dortmund est l’assurance de ne jamais s’ennuyer. La demi-finale face au Real Madrid en a été le symbole avec une symphonie d’appels de Reus et consort.

    L’inspiration barcelonaise

    Si l’explosivité de son quatuor offensif (Lewandowski-Reus-Götze-BÅ‚aszczykowski) constitue l’une des forces de Dortmund, son pressing en est une autre de choix. Klopp ne s’en cache pas, l’attitude de son équipe à la perte du ballon est un point essentiel dans sa tactique. A l’image du FC Barcelone, le BVB défend très haut sur le terrain et harcèle dès la perte du ballon. L’objectif est simple : récupérer le plus près possible du but adverse et se projeter avec efficacité et rapidité vers ce dernier. « C’est dans les 5 ou 8 secondes suivant la récupération qu’arrivent beaucoup de buts » éclaire le sélectionneur allemand Joachim Löw.

    Marco reus

    Pression, récupération haute et contre-attaque, voilà en somme la méthode Dortmund pour cette campagne européenne. Si Malaga ou le Real Madrid ont cédé face à la spontanéité et l’insouciance allemande, samedi, la tâche des Schwarzgelben s’annonce autrement plus ardue. Symbole du renouveau et pierre angulaire de l’animation offensive, Mario Götze, touché à la cuisse, ne foulera pas la pelouse de Wembley. Pour palier ce forfait, Klopp devrai ainsi avancer Ilkay Gündogan, comme il l’a fait ces dernières semaines. « C’est un joueur qui s’est avéré d’une grande importance tactique. C’est assez extraordinaire. Il y a peu de joueurs qui peuvent faire cela », assure l’ancien technicien de Mayence à propos d’un joueur plus habitué à assurer le lien défense-attaque dans l’entrejeu.

    « Faire l’histoire »

    Outre Götze qui évoluera d’ailleurs au Bayern la saison prochaine, Dortmund pourra compter sur l’ensemble de son effectif pour reverser un Bayern Munich qu’il avait battu 5 fois entre 2010 et 2012 mais qu’il n’a plus battu depuis avril 2012. « On a montré qu’on savait jouer contre eux, qu’on respectait cette équipe, car c’est une très bonne équipe, mais nous connaissons aussi nos qualités et nous ferons tout pour les montrer », reste confiant Jakub BÅ‚aszczykowski. « Nous avons un plan, nous savons comment les battre. Ils le savent, et ça doit leur trotter en tête » renchérit Sebastian Kehl.

    Borussia Dortmund tifo

    Pour Jürgen Klopp, son équipe a les armes pour s’imposer et en a conscience depuis cet automne. « Le match à Manchester City, pendant cette phase de groupes, nous a ouvert les yeux. Il nous a montré que, dans un bon jour, nous pouvions rivaliser avec les meilleures équipes d'Europe, et même faire mieux que cela » explique-t-il avant de conclure « Nos jeunes savent qu’autre part, ils gagneraient plus d’argent. Mais ici, ils peuvent écrire l’histoire. »

    A Wembley et pour sa deuxième finale de la Ligue des Champions, après la victoire en 1997, Dortmund espère bien solder une vielle dette et remercier à sa manière son ancien créancier.

    Christopher Buet


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