• Le Tour envahi la Rue de Rivoli

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    Enfiévré par la course féminine du début d'après-midi et par le soleil estival irradiant la capitale, le public parisien trépigne à l'approche du peloton du Tour de France et de ses héros du mois de juillet qui vont refermer la parenthèse enchantée de cette 101ème Grande Boucle.

    Après avoir paradées et enthousiasmées les spectateurs venus nombreux en ce dimanche après-midi, Marienne Vos et ses suivantes ont pris congé des Champs-Elysées. Un mouvement imité quelques temps plus tard par l'imposante caravane publicitaire du Tour. En effet, ces deux évènements n'étaient en réalité que des divertissements destinés à annoncer le véritable spectacle, celui du peloton du Tour de France et de ses coureurs. A plusieurs dizaines de kilomètres de là, les héros de juillet embrayaient tranquillement non sans avoir sabré le champagne pour la formation Astana de l’éclatant maillot jaune Vincenzo Nibali, leader romantique à l’insondable humilité qui aura su conquérir les cœurs des observateurs et des amateurs, et pris quelques photos comme celle réunissant les quatre maillots distinctifs : le jaune pour l’Italien, le vert du classement par points de Peter Sagan, celui à pois rouge du classement de la montagne de Rafal Majka et enfin le blanc du meilleur jeune propriété de Thibaut Pinot. Un habituel avant-propos du podium final où ces hommes iront saluer la foule et graver leurs noms dans l’éternité du Tour de France.

    La patrouille de France salue le peloton sur les Champs

    Avant cela, restait à bien finir le travail. Avec un peu de retard sur l’horaire prévu, le peloton faisait son entrée dans Paris et déchainait l’hystérie. Vers 18h08, la formation Astana sortait de l’ombre du tunnel et déboulait au bout d’une rue de Rivoli, assaillie de toute part jusque sur les balcons où drapeaux et spectateurs avaient fleuri. « Les voilà ! Les voilà ! », s’écrie un supporter qui est venu, pour la première fois, voir une étape de la Grande Boucle depuis le bord de la route. Une douce frénésie, résultante logique d’une intense attente, agite le trottoir comme une mer ondulant sous l’effet de la brise vigoureuse d’Eole. La masse formée par les coureurs s’avance et passe telle une bourrasque sous les cris énamourés. Si tout le monde est encouragé, Thibaut Pinot et son maillot blanc ont droit à plus d’attentions comme les autres coureurs tricolores que le peuple français souhaite remercier pour les émotions procurées au long de ces trois semaines de courses. Au passage sur la ligne, la patrouille de France y va de son salut déchirant le ciel pour le peindre en bleu, en blanc et en rouge. La fête du cyclisme français et de ses héros se doit être belle. L’instant est furtif, éphémère mais intense. Surtout, il va se répéter (sauf le passage des avions) car la beauté de cette dernière étape veut que les coureurs arpentent à 8 reprises le parcours parisiens. « C’est quand même un grand moment », souffle Adrien Petit dans L’Equipe. Une douceur que certains vont savourer en s’offrant une dernière offensive à l’image de Sylvain Chavanel, premier attaquant, ou du vénérable Jens Voigt qui faisait probablement ses adieux au Tour de France à 42 ans.

    Cheng Jie en triomphe

    Cheng Jie concède un tour

    L’arrivée sur le circuit parisien marquait également la reprise des choses sérieuses. Triompher au bas de la plus belle avenue du monde est un privilège rare qu’aucun sprinteur ne veut snober. L’allure s’est durcit et les spectateurs voient passer les coureurs comme des éclairs. La tension grimpe et manque de réduire à néant les efforts de Jean-Christophe Peraud qui chute place de la Concorde. Un frisson parcoure le peuple français qui entreprend de se froisser les cordes vocales pour accompagner le contre-la-montre par équipe dans lequel s’est lancé la formation AG2R La Mondiale pour ramener le deuxième du général dans le peloton. Tout rentra rapidement dans l’ordre pour les Français, à la différence du pauvre Cheng Jie. Déjà dernier du classement général, l’unique représentant de l’Empire du Milieu allait honorer contre sa volonté son statut de lanterne rouge. Touché suite à une chute, le coureur de la Giant était rapidement décramponner du peloton. Isolé devant la voiture balai, le Chinois se battait et recevait les encouragements vigoureux et attentionnés des fans. S’il était seul sur son engin de torture à deux roues, il ne l’était pas vraiment dans ces rues parisiennes d’habitude si peu hospitalières avec ceux qui traînent leur peine. Tenace, Cheng Jie mit un point d’honneur à devenir le premier chinois à boucler la Grande Boucle en 111 ans d’histoire, non sans concéder (fait rarissime) un tour au reste d’un peloton qu’allait régler, au sprint, Marcel Kittel…son coéquipier chez la Giant-Shimano. Loin des lauriers et de la gloire de l’Allemand, le porteur d’eau chinois avait gagné sa course, celle menant aux cœurs et ravissant l’histoire.

    Les maillots distinctifs 2014

    C’en était terminé de ce Tour 2014. Pas tout à fait terminé finalement puisque la foule entamait une dernière marche vers le bas des Champs-Elysées où se tenait l’éternelle cérémonie protocolaire. La musique du Tour retentissait alors avant que Daniel Mangeas n’entonne, pour la dernière fois de sa carrière riche de 40 années et plus de 870 étapes, le nom des grands héros de cette 101ème édition : Nibali qui entouré de Jean-Christophe Peraud et Thibault Pinot savourait le chaleureux hymne italien. Les deux Français allaient également revenir sur l’estrade le premier avec toute sa formation pour le classement par équipe, le second (deux fois) en blanc pour les Jeunes et les maillots distinctifs. « C'est toujours trop court ! », s'exclamme un spectateur vêtu d'un maillot à pois. « Je resterai bien assis là. On est bien », rétorque un autre observant depuis les Tuileries la cérémonie protocolaire. Cependant, toutes les bonnes ont une fin, le Tour de France également. Le rendez-vous de juillet se refermait et Paris allait être rendu à lui-même par cette foule vibrante et énamourée emplie de souvenirs et de rêves qui attend déjà impatiemment l’année prochaine pour revenir en ce lieu de tradition, de partage et d’histoire.

    Christopher Buet


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  • Le Tour envahi la Rue de Rivoli

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    Après trois semaines de course effrénée, de rebondissements, d’efforts, les coureurs du Tour de France sont arrivés à Paris pour clore cette édition 2014 de la Grande Boucle. Pour les accueillir une foule nombreuse, colorée et fanfaronnante s’était massée le long des avenues de la capitale au cours d’une après-midi enjouée et ensoleillée.

    C’est une tradition, un rendez-vous que l’on se plaît à honorer chaque année alors que juillet étire ses derniers jours et fait profiter de ses derniers rayons de soleil. Alors que le 7e mois du calendrier prépare sa révérence, Paris se pare de ses plus beaux atours et de ses derniers artifices estivaux. En son cœur, le temps s’est arrêté l’espace d’une journée repoussant citadins et surtout automobilistes braillards et inconvenants en lisière. La Seine et une partie de ses quais ont été réservés, rendus à la population se massant le long des barrières installées pour l’occasion. Les trottoirs ne servent plus à circuler, ils deviennent un point d’ancrage, un lieu de fête et de partage où chacun discute et rigole pour tromper l’attente, celle d’un cortège véhiculé encadrant une centaine d’hommes montés sur leurs machines cyclistes, une centaine de héros qui depuis trois longues semaines sillonnent les routes de France et s’en vont mettre un terme à leur périple vertueux dans la capitale française sur les pavés des Champs-Elysées en contrebas de l’Arc de Triomphe, symbole, bien nommé, des campagnes glorieuses, comme un écho à cette Grande Boucle, de l’Empire napoléonien.

    Honneurs aux filles

    Les filles ouvrent la route

    Avant cette arrivée triomphale sur cette avenue majestueuse où une dernière âpre bataille se déroulera entre les gladiateurs acharnés et musculeux du sprint pour une victoire de prestige, les coureurs du Tour de France devaient effectuer leur parade annuel au départ d’Evry en se dirigeant gentiment vers l’entrée sud-ouest de la capitale française. En attendant d’apercevoir les roues du peloton et ses artistes de la route, les organisateurs avaient prévu de quoi faire allégrement patienter le public. Si les hommes s’étaient évertués à faire vibrer les suiveurs de la plus prestigieuse des compétitions cycliste du monde, les femmes allaient s’échiner pour les imiter. Privées de Grande Boucle depuis 4 ans, ces dames avaient été invitées en ouverture de la grande fête du cyclisme tricolore. Dans une course inédite, l’élite féminine se voyait offrir près de 89 km de plaisir dans les rues parisiennes sur le même circuit que celui de leurs homologues masculins. Une façon originale d’ouvrir le bal et surtout la chance de montrer de quoi sont capables les femmes.

    Si l’assistance se faisait quelque peu désirer avec un paysage clairsemé, les championnes du peloton offraient un spectacle de très bonne facture, nerveux et enlevé. Comme les hommes, plusieurs téméraires tentaient de s’extirper du paquet pour tenter d’aller remporter la victoire en solitaire, à l’image de Pauline Ferrand-Prévost qui sortait seule dans les 5 derniers kilomètres. La Championne de France avait des ailes avec son maillot tricolore surfant sur sa brillante saison 2014 (4 titres nationaux en VTT, cross-country et sur route en contre-la-montre et en ligne, ndlr). Un coup d’épée dans l’eau pour celle qui allait toutefois marquer la fin de course.

    La chute de Pauline Ferrand-Prévost

    Si sa fuite fut vite étouffée, elle se signalait rue de Rivoli. Là, à 50m de la flamme rouge alors que ses équipières de Rabo-Liv emballait le final pour le futur succès de Marianne Vos, la Française ne pouvait éviter son adversaire devant elle qui venait d’accrocher une barrière. Dans un bruit sourd de carbone, Ferrand-Prévost allait tâter le bitume parisien et provoquait l’inquiétude du public présent qui s’enquerrait de son état en même temps qu’intervenait la voiture médicale. Plus de peur que de mal. La jeune femme de 22 ans se relevait rapidement et repartait sous les applaudissements nourris des spectateurs. L’autre malheureuse restait plus longtemps sur le macadam mais finissait aussi par remonter en scelle pour finir la course sous les ovations. C’est aussi ça le cyclisme, des moments de grande solitude, loin des fastes de la gloire et des lauriers réservés à une minorité, porté par une foule aimante et admirative. La plus belle des victoires, celle du cœur et du partage. Qu’importe, ces dames avaient conquis l’audience de plus en plus nombreuse sous le chaud soleil parisien. Ne restait plus qu’à guetter l’arrivée de ces messieurs pas encore juchés sur leurs vélos.

    Marianne Vos gagne sur les Champs

    Assourdissante caravane

    Les heures s’étiraient et c’est alors qu’entra en scène l’indéboulonnable caravane et son cortège vrombissant. Depuis 1930, les marques se battent pour appartenir à la plus fameuse assemblée de partenaires d’une épreuve sportive et parcourir les routes de France chaque été. Comme les coureurs, tous sont heureux (et bronzés) de rallier la capitale, point final de leur aventure. L’heure est à la parade, à la détente. Garé rue de Rivoli, les immenses camions Vittel forment un encadrement de circonstance à leurs petits camarades et les accueillent comme il se doit. Bien planquer derrière leur volant, les chauffeurs se sont munis d’un fusil à eau et se plaisent à arroser ceux et surtout celles qui se dandinent, en souriant, sur les chars des divers partenaires commerciaux que le speaker se plaît à citer, inlassablement, au point d’abrutir un auditoire frustré de ne rien recevoir. Tradition oblige, aucune distribution n’est faite dans les rues de la capitale contrairement à ce qui se pratique sur toutes les routes de l’Hexagone avant le passage du peloton. Il faut dès lors se contenter d’échanger les sourires et s’armer de patience face à ce cortège interminable et assourdissant (merci les klaxons des camions). Derrières les barrières, la foule s’est épaissie. Français mais aussi étrangers de tous horizons ont pris place, armés de drapeaux, bleu-blanc-rouge évidemment mais aussi portugais, australien (vite repéré par les Orica-GreenEdge, la formation australienne du peloton, ndlr), polonais, néerlandais ou encore colombien. Les sourires sont partout, tout comme la poussière provenant des Jardins des Tuileries. Cela fait partie du décor et du folklore d’où émane cette joie incommensurable de participer à cette immense fête du cyclisme et du sport.

    Christopher Buet


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  • Attention les yeux

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    Souvent empruntées par le peloton du Tour de France, les Vosges accueillent pour la première fois depuis 2012 les meilleurs cyclistes du monde. Pour cette 101e édition de la Grande Boucle, Jean-François Pescheux et les organisateurs ont fait les choses en grand en proposant 4 jours dans ce massif vosgien, qu'ils considèrent comme déterminant.

    Deux ans après, le Tour revient dans les Vosges et le Jura. C’était votre volonté de repasser par cette région ?

    Jean-François Pescheux

    Jean-François Pescheux : C’est difficile de faire la même année, l’Est, l’Ouest et le Nord car ça nous fait trop de kilomètres. Alors quand on prend l’option de passer par la Bretagne, on ne peut plus venir de l’autre côté à l’Est. Après, nous nous devons de visiter le Massif Central, les Vosges et le Jura qui sont de beaux massifs montagneux et qui donnent lieu à de belles épreuves. Cette année donc, on a mis le cap sur l’Est avec au menu de belles étapes. Dès la 8e étape, on va rentrer dans les Vosges par Rambervillers et on va ressortir par le Jura et la ville d’Oyonnax, quatre jours plus tard, soit 4 étapes dans la région.

     

    Vous aviez la volonté de mettre en avant ces massifs cette année ?

    Effectivement. Les Vosges et le Jura nous intéresse bigrement pour faire des courses cyclistes. On a volontairement et considérablement allégé les Alpes où il n’y aura que deux étapes pour privilégié ces deux massifs.

     

    A quel type de courses allons avoir droit durant ces 4 étapes ?

    Difficile à dire car nous proposons le parcours mais c’est aux coureurs d’en disposer. On peut imaginer qu’une première sélection risque de s’opérer ici car jusque là le Tour de France n’aura pas été très, très dur malgré la présence des secteurs pavés ou les étapes difficiles dans le Yorshire. Les premières difficultés devraient intervenir avec cette arrivée à Gérardmer, le 12 juillet, avec la Croix des Moinats, le col de Grosse Pierre et La Mauselaine dans le final. On devrait assister au premier écrémage.

     

    Etape Gérardmer

    Cette étape menant à Gérardmer est plus faite pour les puncheurs ?

    Exactement. Elle est destinée à ces coureurs capables de bien négocier ce genre d’étape un peu courte et nerveuse. Après, si elle ne leur est pas forcément promise, cette étape peut faire perdre le Tour à certains leaders. Derrière, vers Mulhouse, on a une étape un peu plus plate même si 4 cols sont au programme. Les principaux favoris ne devraient pas s’y dévoiler en prévision du gros morceau du lendemain avec l’arrivée à la Planche des Belles Filles.

     

     Au total, pas moins de six cols seront franchis par le peloton en seulement 161 km…

    Etape Planche-des-Belles-Filles

    C’est une étape que je qualifierai de haute montagne et où le spectacle devrait être au rendez-vous en ce 14 juillet. Ce sera extrêmement dense, il n’y aura pas de place pour les baroudeurs car les leaders vont vouloirs imposer leur tempo d’entrée. On peut vraiment s’attendre à une confrontation entre les meilleurs comme ce fut déjà le cas en 2012 quand Froome l’avait emporté au sommet de la Planche des Belles Filles devant Bradley Wiggins, avec Evans dans le coup également.

     

    Ne peut-on pas voir une échappée au long cours sur ce genre d’étape ?

    Il peut se passer beaucoup de choses, faut rester vigilant mais le problème, c’est qu’on aborde les difficultés très tôt après 30 km. Il est difficile d’imaginer les leaders accorder des bons de sortie à une échappée sur une distance si courte et je pense que ça va se jouer devant à la pédale.

     

    Après l’avoir découverte en 2012, la Planche des Belles Filles revient à nouveau comme juge de paix.

    Etape Mulhouse

    Je pense qu’il faut la faire assez régulièrement. C’est un beau col, une belle arrivée et une belle entrée en matière pour les coureurs. Elle pourrait également constituer une belle dernière étape avant le retour à Paris. La Planche des Belles Filles fait partie des hauts-lieux des belles confrontations.

     

    Que peut-on attendre enfin d’une étape comme celle qui s’achèvera à Oyonnax ?

    S’il n’y a pas de grands cols, on aura droit à une succession de routes vallonnées sans le moindre centimètre de plat. Les baroudeurs et les déçus des premières étapes auront un terrain favorable pour s’exprimer. Il ne serait pas étonnant de voir des hommes comme Chavanel ou Sagan se distinguer ici.

     

    Le Tour revient à Gérardmer pour la première fois depuis 2005. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

    On ne peut pas aller partout et avec 250 candidatures pour devenir ville-étape par an, c’est difficile de contenter tout le monde. Il faut ajouter à ça qu’on ne passe pas toujours dans les Vosges ou le Jura donc ça complique encore les choses.

     

    Etape Oyonnax

    En revanche, c’est la première fois qu’Oyonnax va accueillir la Grande Boucle.

    Oyonnax est super bien placée car elle se trouve au pied des Alpes tout en étant à la sortie d’un massif montagneux. Arriver ici nous permet d’éviter des étapes de transition.

     

    Christian Prudhomme disait, en octobre dernier, que les Vosges avaient la plus belle place qu’un massif intermédiaire ait jamais connu, qu’en pensez-vous ?

    Il a raison. Les Vosges arrivent en début de Tour de France et proposent 4 étapes de moyennes montagnes à un moment où rien ne sera joué et où tout le monde aura sa carte à faire valoir. Ce passage dans la région pourrait avoir un rôle décisif dans la suite des événements.

    Propos recueillis par Christopher Buet


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  • Contador à l'Alpe d'Huez

    Logo Tour de FranceAbsent en 2012, Alberto Contador a manqué ses retrouvailles avec le Tour de France. L’Espagnol a beaucoup tenté mais a finalement été trahi par sa condition physique.

    Son visage trahi sa souffrance extrême. Ses yeux écarquillés balayent la route quand ses jambes tentent de le maintenir dans la roue de Mikel Nieve (Euskatel). « Aujourd'hui, il y avait une opportunité mais les jambes n'ont pas répondu. Il faisait très chaud et il y avait beaucoup d’humidité. J’ai vraiment vécu une mauvaise journée. Malgré ça, j’ai réussi à sauver les meubles. J’espère qu’un jour prochain, j’aurai de bonnes jambes », confessait Alberto Contador à l’arrivée de l’Alpe d’Huez.

    Victime de déshydratation dans l’ascension finale, l’Espagnol a concédé plus deux minutes sur le duo Quintana-Rodriguez et 57 secondes sur Christopher Froome. Une journée noire pour un double vainqueur du Tour de France, deuxième au général mais relégué à plus de cinq minutes du maillot jaune britannique.

    Muet dans les Pyrénées

    Contador au sommet d'Ax 3 DomainesEn revenant sur la Grande Boucle deux ans après sa dernière apparition, en raison d’une suspension pour un contrôle positif au clenbutérol, Alberto Contador ne s’attendait pas à vivre un tel mois de juillet. Habitué à dominer son sujet ces dernières années, le natif de Pinto ne fonctionne plus que par à coups. Discret en Corse, il fait forte impression lors du contre-la-montre par équipe de Nice. Le leader de la Saxo-Tinkoff paraît prêt à en découdre avec sa bête noire, ce Froome qui l’a maté lors du Critérium du Dauphiné (10e à 4’26 du Britannique, vainqueur) et plus tôt dans la saison au Tour d’Oman.

    Mais les impressions sont trompeuses. Contador n’est pas bien et les Pyrénées, en montagnes qui se respectent, le révèlent. Dès la première étape vers Ax 3 Domaines, le Madrilène explose face au rythme imprimé par Froome.« Les sensations n'étaient pas bonnes. J'espère que ça va changer ! », avoue Contador à Ax 3 Domaines où il a concédé 1’45’’. Le lendemain, il ne bouge pas alors que le nouveau maillot jaune est esseulé. Une grossière erreur.

    Le coup de la bordure

    Le mercredi suivant, Froome en remet une couche lors du contre-la-montre individuel au Mont-Saint-Michel. Vainqueur en 2009 de Fabian Cancellara, quadruple champion du monde de la discipline, Contador n’est plus le même rouleur et termine loin à 2’03 de son rival. Mais le tenant du titre de la Vuelta n’est pas homme à renoncer. Deux jours plus tard, il provoque une bordure dans les longues lignes droites ventées entre Tours et Saint-Amand-Montrond. « Personne ne s’attendait à vivre ça », confirme Froome qui a perdu 1’09’’. « Tous les jours, il peut se passer des choses inattendues. On a montré qu’on était fort collectivement », se félicite Contador à l’arrivée. Mais la réalité va vite rattraper l’Ibère.

    Impuissant sur le VentouxContador en souffrance dans le Ventoux

    Une semaine après les Pyrénées, le Ventoux se dresse devant les coureurs. Dans ce décor pierreux, dévasté et aride, le leader de la Saxo-Tinkoff ne va pas résister à la formidable accélération de Froome. Bilan: 1’40’’ de perdues. « Froome est très fort. Je ne pense pas que quelqu'un puisse le battre sur une arrivée au sommet », admet Contador.

    Inférieur en montagne, il n’abdique pas et s’adapte. « Mon objectif, dans ce Tour, est la victoire (…) La dernière semaine est très dure. Elle offre beaucoup de possibilités tactiques », veut croire Contador lors de la seconde journée de repos. Vers Gap, il harcèle le leader en compagnie de Joaquim Rodriguez dans le col de Manse et dans la descente. Sans succès. « Contador a pris des risques, je pense qu'il en a pris trop. Il a perdu le contrôle », explique Froome du côté de Gap. Rebelote dans la descente de Sarenne avec son coéquipier Roman Kreuziguer. Une initiative qu’il paye cher, déboursant une nouvelle minute au sommet de l’Alpe d’Huez. L’affaire est entendue et la Grande Boucle réglée.

    Trop juste, Alberto Contador a compris avec cette centième édition qu’il n’était plus le patron. « Le niveau s’est beaucoup resserré », avait prévenu Philippe Mauduit dans Pédale avant le Tour. A 30 ans, le Pistolero ne tue plus à chaque coup.

    Christopher Buet


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  • Dave Brailsford

    Tête pensante du team Sky, Dave Brailsford est la clé de voute des récents succès du cyclisme britannique sur piste et sur route. A 49 ans, le Gallois, qui a propulsé Froome au sommet, a su imposer sa méthode.

    Les 26 médailles olympiques de la piste britannique dont 16 en or à Pékin et Londres? C’est lui. Bradley Wiggins? C’est lui. Christopher Froome? C’est lui. Le projet Sky, Chris Hoy ou Victoria Pendelton (sextuple championne du monde de vitesse)? C’est encore lui. Dave Brailsford a révolutionné le cyclisme britannique pour le faire entrer dans le XXIe siècle et l’ériger en modèle de réussite.

    Une vie de cyclisme

    Brailsford et Chris HoyCe Gallois de 49 ans né en Angleterre a voué sa vie au cyclisme. « C’est une passion. Ce n’est pas du travail. Nous vivons sur la route », raconte Brailsford à cyclistsportmag.com. Après avoir été coureur durant quelques années en France, il rentre en Grande Bretagne pour étudier, à 23 ans, la science et la psychologie du sport à l’université de Chester. Diplôme en poche, il intègre la fédération britannique de cyclisme en 1996, en devient le directeur des programmes, avant d’être promu directeur de la performance en 2005. Quatre ans plus tard, il fonde la formation Sky avec pour objectif de faire triompher un Britannique sur les routes du Tour de France dans un délai de cinq ans. Un objectif atteint dès sa troisième saison avec Bradley Wiggins en 2012.

    S’il a investit beaucoup d’énergie sur la route, il n’a pas abandonné la piste où il a réédité son exploit de Pékin en faisant du cyclisme britannique la première nation à deux roues des Jeux Olympiques avec 12 médailles dont 8 en or (7 sur piste, 1 sur route).

    Un combattant du dopage

    Avec Sky, Brailsford a imposé une politique de tolérance zéro, n’hésitant pas à se séparer de ses collaborateurs impliqués dans des affaires de dopage, même annexes. Directeur sportif depuis la création de l’équipe britannique, Sean Yates paye son passé à la tête de la formation Discovery Channel où figurait Lance Armstrong. Ancien coureur de la T-Mobile et de la CSC (de Bjarne Riis) Bobby Julich a également été renvoyé, comme Steven De Jongh, ex-Rabobank, et Geert Leinders, ancien médecin de Rasmussen.Dave-Brailsford-008

    Après les aveux d’Armstrong, Brailsford a imposé à chacun des membres de la Sky, staff et coureurs, de signer une charte certifiant qu’ils n’ont jamais été impliqués dans une affaire de dopage durant leur carrière. L’objectif est d’avoir « une équipe dans laquelle les coureurs sont écartés des risques du dopage et dans laquelle les fans peuvent croire, sans aucun doute ni hésitation » explique le Gallois. Une initiative discutée par Jonathan Vaughters, qui craint qu’une telle charte pousse au mensonge. Le  manager de Garmin, ancien coéquipier d’Armstrong qui a fait acte de contriction et préférer donner une deuxième chance à d’autres dopés comme David Millar.

    Une vision scientifique

    Brailsford revendique une approche scientifique. « Avec Dave, tu fais 50 bornes en tête et pas 55. Tu as un cadre précis à respecter, chacun a un job à faire. Quand tu as fini de rouler, tu t’écartes et tu reviens le lendemain », explique Sylvain Cazalti qui a participé à la création de l’équipe Sky. De la diététique au matériel (bus ultra moderne) en passant par l’analyse d’une foultitude de données statistiques – « Il y a des choses que les statistiques ne disent pas mais elles sont utiles comme guide » déclare-t-il -, le manager britannique est si pointilleux qu’il a recruté un chirurgien pour apprendre à ses coureurs comment bien se laver les mains et éviter les microbes, ainsi qu’un psychiatre pour gérer leurs émotions au quotidien. Sa grande réussite est d’avoir importé sur la route cette approche scientifique, propre à la piste avec l’aide de Tim Kerrison, ancien coach de l’équipe nationale australienne de natation.

    Une méthode inspirée du baseball

    Brad-Pitt-in-MoneyballCette obsession pour les statistiques, Dave Brailsford la doit en grande partie à un livre de Micheal Lewis Moneyball, qui retrace le succès de Billy Beane à la tête de l’équipe de baseball, les Oackland Athletics et qui a été adapté au cinéma avec Brad Pitt dans le rôle de Beane et Jonah Hill.

    Cet ancien joueur devenu manager général a développé une méthode de recrutement basé sur l’étude des statistiques individuelles. En s’intéressant à ses chiffres, Beane a pu mettre au jour le potentiel de joueurs sous-estimés et maximiser le rendement de son effectif en établissant des entraînements extrêmement ciblés. Impressionné par le travail de Beane, qui a mené les A’s à la 6ème (sur 30) place de la MLB malgré la 24ème masse salariale en 2006, Brailsford a adapté ce qu’on appelle la sabermetrics, ou l’utilisation d’outils statistiques pour étudier objectivement le baseball, au cyclisme, en se constituant une base de données sur chacun de ses coureurs où figure la VO2max, la taille, le poids, les watts que chacun est capable de développer, la résistance à l’effort…

    Dénicheur de talents

    Dave Brailsford avec Laura TrottDave Brailsford sait reconnaître et former les futurs champions. C’est sous sa direction que Chris Hoy a remporté son premier titre olympique en 2004 à Athènes, que Bradley Wiggins et Mark Cavendish ont triomphé sur la piste avant de se découvrir champion sur route. Dernièrement, il a révélé Laura Trott, double championne olympique à 21 ans.

    Elinor Barker (18 ans, championne olympique de poursuite par équipe) et Jonathan Dibben (19 ans) sont les nouveaux phénomènes  de Brailsford. « La façon dont Elinor a roulé, constitue probablement les meilleurs débuts que j’ai jamais vu depuis que je travaille avec les professionnels », fait valoir le manager de la Sky dans The Independent.

    Non content des succès qu’il a déjà obtenus, Brailsford entend poursuivre au moins ‘aux Jeux olympiques de Rio en 2016.

    Christopher Buet


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