• Géantissime Worley

    Impériale toute la journée, Tessa Worley a conquis le titre mondial du Géant. Quatre ans après le sacre de Schladmming, la Française double la mise sur le glacier de St-Moritz, devançant Mikaela Shiffrin et Sofia Goggia.

    Skier en si haute altitude est un exercice ardu, un art digne de l’équilibrisme où la moindre erreur peut vous envoyer dans le décor vous et vos rêves de gloire. On a bien cru un instant que ceux de Tessa Worley, ainsi que les espoirs de salut du ski féminin tricolore, allaient subir ce sort. En effet, après 10 petites secondes dans la 2e manche, la skieuse du Grand-Bornand se mettait à la faute et accrochait du bras la 3e porte, tout là-haut au sommet de cette Engiadina. Déséquilibrée, elle partait sur l’arrière en dérive. Plus d’une skieuse aurait été emportée mais pas la Française. Pas cette fois, pas après avoir tant souffert pour se retrouver, à nouveau, dans cette position de pouvoir jouer la victoire et réclamer la place qui lui revient dans cette discipline. Tessa Worley avait trop sacrifié, trop enduré, s’était trop battue ces deux dernières années pour qu’une porte lui vole ce moment, « son » moment. « Je me suis dit l'erreur est faite, tu ne peux pas revenir en arrière, skie toutes les courbes qu'il te reste à skier. J'essayais de vivre le moment présent, de ne pas me focaliser sur mon erreur et de pousser jusqu'à la ligne d'arrivée pour n'avoir aucun regret », confesse-t-elle.

    « Je savais que ça pouvait être mon jour »

    Géantissime Worley« Sofia (Goggia) me dit parfois en rigolant : "T’es imbattable !" C’est pour mieux m’endormir. Au contraire, j’ai à cœur de skier toutes les manches de la première à la dernière porte, d’être encore plus conquérante », disait-elle dans L’Equipe, ce jeudi 16 février. C’est sans doute ce cœur, et cette conviction qui ont permis à Worley de ne pas céder à la fatalité. Comme réveiller par cet accroc, elle réussissait à se stabiliser à plonger dans la pente sans coup férir. Le premier intermédiaire annonçait à peine deux dixièmes de concéder dans cette mésaventure. Une poussière au regard du matelas de 78 centièmes qu’elle possédait sur Mikaela Shiffrin. La suite prenait l’apparence d’une récitation jusqu’à l’explosion finale. Résistant au fantastique bas de parcours de l’Américaine où elle abandonna la moitié de son avance, Worley coupait la ligne avec rage, jetant ses dernières forces dans la bataille. En relevant la tête, la tricolore laissait éclater sa joie. Un demi-tour dérapage, un énorme cri et direction la bouée dans le fond de l’aire d’arrivée, le visage barrée d’un immense sourire.

    Géantissime WorleyÀ 27 ans, Tessa Worley avait réussi, réussi son pari de revenir au plus haut niveau, réussi à triompher de la concurrence et reconquérir la couronne (obtenue en 2013 à Schladmming, ndlr) abandonnée presque sans combattre lors des derniers Mondiaux de Beaver Creek (13e, à 3’’11 d’Anna Feninger, ndlr). « Incroyable ! J’ai travaillé dur toute l’année et j’ai du me montrer patiente mais Je savais que ça pouvait être mon jour si je donnais le meilleur et si je me focalisais complètement pour gagner l’or. Chaque victoire est belle, celle-là, je la voulais très fort. La pression était là. Il a fallu cravacher. Et c'est ce qui la rend encore plus belle », savourait la nouvelle double championne du monde.

     Un long purgatoire

    Si la satisfaction est à la hauteur de ce que représente cette victoire aux Mondiaux, ce titre planétaire n’est en rien une divine surprise. Plutôt la confirmation de l’hiver remarquable d’une skieuse arrivée à pleine maturité. Car cette saison 2016-2017 est celle de la renaissance pour Tessa Worley. Née au géant en 2008 avec un premier succès en Coupe du Monde sur la piste d’Aspen, cette fille d’un père australien et d’une mère française s’était rapidement établie au sommet de la hiérarchie mondiale. Jeune femme pleine de vie, elle parvenait à transposée cette énergie sur la neige, progressant année après année au contact des Tina Maze, Anna Feninger et autre Rebecca Rebensburg.

    Géantissime WorleyBronzée à Garmisch-Partenkirchen en 2011, elle s’acharnait et finissait par réaliser le gros coup deux ans plus tard du côté de Schladmming. Un premier titre mondial, le premier d’une Française dans la discipline depuis Carole Merle en 1993, qui laissait présager un futur radieux fait de domination pour la tricolore. C’était sans compter sur ce genou droit qui se brisait lors d’un slalom à Courchevel en décembre 2013. Ligaments croisés déchirés, ménisque esquinté et saison terminée, sans avoir pu dire Jeux Olympiques. Débute alors une lente reconstruction pour celle qui partage la vie de Julien Lizeroux, vétéran de l’équipe de France et connaisseur de ces graves blessures. Après avoir accepté sa nouvelle condition, Worley doit réapprendre à apprivoiser son corps, retrouver la confiance et les sensations. Il lui faut faudra deux hivers pour y parvenir, entrevoir le bout du portillon jusqu’à cette année.

    En très belle compagnie

    Géantissime WorleyAprès une grosse préparation à Ushuaia, la skieuse du Grand-Bornand se présente sur les pentes avec une confiance nouvelle. Il ne faut pas attendre longtemps pour la voir confirmer ses bonnes sensations. Après une encourageante 6e place en ouverture à Solden, elle renoue avec le succès à Killington, mettant fin à près de deux ans de disette. Elle ne quittera plus le podium en Géant, s’offrant deux nouvelles victoires et trois 2nde place. C’est ainsi dans la peau de la leader de la Coupe de la spécialité qu’elle débarquait à St-Moritz. Un statut assumé de bout en bout avec une première manche impeccable affublé du dossard 1 où elle repoussait les autres filles à bonne distance, puisque seules Sofia Goggia (+0’’48) et Mikaela Shiffrin (+0’’72) pointaient en-deçà de la seconde. « Tessa mérite de gagner. Elle a été tellement bonne toute la saison. Elle avait creusé un tel écart après la première manche que j’ai compris que ce serait dur d’aller la chercher. Pendant quelques secondes, j’ai bien cru que j’en avais réussi mais elle était bien la meilleure aujourd’hui. Elle mérite la médaille d’or », déclarait après la course Mikaela Shiffrin, très heureuse de sa 2e place.

    Géantissime WorleyEn effet, l’Américaine ne cachait pas son bonheur dans l’aire d’arrivée. Un peu sur la retenue pour son entrée en lice dans ces Mondiaux 2017, Shiffrin enclenchait à l’entrée du mur dans la 2ème manche pour réaliser un bas de parcours étourdissant et s’offrir sa première médaille mondiale en Géant à seulement 21 ans. Une excellente entrée en matière pour la leader de la Coupe du Monde qui a rendez-vous avec l’histoire samedi à l’occasion du slalom dont elle est championne olympique et double tenante du titre mondial. Aux sourires français et américain s’ajoutait celui de Sofia Goggia. Meurtrie après son erreur en fin de descente qui la priva certainement du podium et peut-être même du titre, l’Italienne de 24 ans se dépouilla et ne buta que sur le temps de Shiffrin (avant le passage de Worley, ndlr). Pas de victoire mais la médaille. Un bronze qui la faisait sauter dans les bras d’une Shiffrin radieuse. Un podium de sourires où celui de Tessa Worley brillait peut-être un peu plus que les autres, riche d’un second titre mondial en Géant, rejoignant ainsi au panthéon tricolore Marielle Goitschel (1964, 1966), dans le ciel étoilé des Géante du ski français.

    Géantissime Worley

    Christopher Buet

     


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