• Wawrinka savoure son 2e Grand Chelem

    roland-garros-logoAu terme d’une rencontre brillamment menée, Stanislas Wawrinka a dominé Novak Djokovic en 4 manches (4-6 6-4 6-3 6-4) en finale de Roland-Garros. Après l’Open d’Australie 2014, le Suisse remporte son deuxième titre en Grand Chelem.

    Un point, juste un point pour célébrer et savourer, un point pour couronner tant de mois et tant d’années de sacrifices, d’efforts consentis à l’ombre des courts du monde entier. Rien qu’un point, un ultime service à balancer par delà ce filet, ligne de démarcation entre la légende et l’oubli. Une dernière balle à envoyer hors d’atteinte de cet adversaire poursuivant le même objectif d’absolu dans cette quête tennistique et humaine. Soudain, tout s’arrêta quand le petit projectile jaune s’éleva dans le ciel du central Philippe-Chatrier. Bruyants, les 15 000 spectateurs massés dans l’enceinte parisienne se turent, retenant leur souffle comme pour ne pas dévier la balle, ne pas influer sur le destin qui se jouait devant eux, comme pour ne pas répéter l’erreur d’avoir exulté sur ce service qu’il avait cru gagnant mais finalement annoncé faute.

    Un ultime revers pour un titre éternelLa mise en jeu suisse était puissante et Djokovic tentait un retour croisé en s’appuyant sur la balle. En face, Stan Wawrinka n’avait pas bougé, tournait les épaules et déclenchait en revers. Cloué sur place, le n°1 mondial était impuissant et ne pouvait que regarder la balle du Vaudois s’envoler et filer le long de la ligne avant de retomber dans l’angle du court. Un ultime revers long de ligne comme une signature, le sceau d’un monarque d’un autre temps, celui des patients ; d’un autre monde, celui des besogneux talentueux. « Pendant ce jeu, j'étais fébrile et nerveux parce que je servais pour le match. J'ai commencé à penser que j'allais soulever le trophée. Derrière, j'ai effacé une balle de break. J'ai réussi à faire les choses qu'il convenait de faire, à rester campé sur ma ligne », disait après coup le Vaudois. Au bout de 3h12 d’une finale entraînante, Stan Wawrinka achevait son chef d’œuvre en exécutant en 4 manches Novak Djokovic, l’homme que l’on pensait invincible la confiance adossée à ses 26 succès de rang et à qui le titre semblait promis sur la lancée de son incroyable saison. Il aura fallu un Suisse, pas celui que l’on attendait, pour priver l’omnipotent serbe de la félicité d’un sacre inédit et historique et mettre un terme à une domination démoniaque. Pourtant tout avait bien commencé pour le vainqueur du dernier Open d’Australie.

    Imperturbable, Djokovic distribue et assure la première mancheDjokovic au plus juste

    Au lendemain de sa demi-finale à rallonge face à Andy Murray et conclut dans la touffeur parisienne, Novak Djokovic revenait pour faire face à son destin, remporter ce Roland-Garros qui lui manque tant et qu’il domine tant depuis quinze jours. « Tout ce qu’il me reste, je vais le mettre sur le court » promettait-il samedi.  Aussi, rien d’étonnant de voir que ce fut lui qui prenne le commandement de l’échange. Prenant la balle tôt, le Serbe s’évertuait à varier constamment, à faire courir son adversaire pour le fatiguer et l’empêcher de lâcher son bras. La tactique était payante. Sous pression constante, Wawrinka tentait de se dégager de l’étreinte serbe et sauvait avec brio deux balles de break au cours de ses trois premiers jeux de services. Le combat était féroce entre les protagonistes et c’était bien Djokovic, qui portait le premier coup. À 3-3, il profitait de trois énormes fautes directes et d’une double faute de son adversaire pour breaker blanc. Comme contre Tsonga vendredi, Wawrinka avait connu un de ses passages à vide. L’affaire était entendue. Jamais vraiment inquiété sur son service, le n°1 mondial bouclait la première manche à sa 3ème occasion, non sans avoir écarté une balle de débreak. A défaut d’être brillant et impérial, l’élève de Marian Vajda avait su faire preuve d’une incontestable constance quand le Suisse faisait dans les fulgurances. Signe de l’extrême nervosité qui l’animait, Djokovic criait toute sa détermination et son soulagement en regagnant sa chaise avec son avantage.

    « Il a exécuté le plan à la perfection »

    Djokovic détruit sa raquette de frustrationDe son côté, Stan Wawrinka ne s’affolait pas. « Au début, Novak jouait bien mais je savais que cela pouvait vite changer. Je savais quoi faire. J’ai essayé d’être plus agressif depuis ma ligne de fond, et petit à petit j’ai réussi à être celui qui dictait les échanges. C'est la clé du match pour moi », expliquait-il. En effet, le bison de Lausanne ne déviait pas de son plan et entamait sa charge furieuse. Plus consistant et moins dispendieux, il parvenait à mettre sur le reculoir son adversaire qui privé de temps commettait davantage de fautes (14 contre 7 au set précédent, ndlr). « Il fallait qu’il soit agressif, qu’il rentre dans la balle (…) Au premier set, il y avait du vent et il ne sentait pas la balle. Mais après, il a exécuté le plan à la perfection », relevait son coach Magnus Norman Manquant un temps de lucidité et laissant filer 4 balles de break, Wawrinka s’agaçait face aux nombreuses amorties du Serbe et ses changements de rythme. Il finissait toutefois par faire céder la défense d’un Djokovic jouant de plus en plus court. « Étonnamment, il a accusé le coup quand il a été en difficulté », constatait l’entraîneur de Serena Williams, Patrick Mouratoglou. À 5-4 en sa faveur, le Suisse de 30 ans se déchaînait. Profitant du manque d’intensité dans le jeu de Djokovic, il punissait le Serbe en expédiant deux énormes passings en bout de course et finissait par le désarçonner au terme d’un nouveau bras de fer du fond. Wawrinka se saisissait de la manche et faisait exploser l’impénétrable serbe qui fracassait de rage sa raquette au sol. « Si j’ai cassé ma raquette, c’est que je savais qu’il ne fallait pas laisser Stan prendre confiance », confiait dans L’Equipe l’homme aux 8 titres en Grand Chelem.

    Wawrinka, roi de Paris

    Djokovic était trop courtTrop tard, le mal était fait et Wawrinka lâchait de plus en plus ses coups. Comme hébété, Djokovic confirmait ses dispositions plus que moyennes du jour. Incapable d’allonger et de contrer la puissance brutale de l’Helvète, il se faisait empaler par une nouvelle charge du bison lausannois. Indomptable, Wawrinka laissait parler sa puissance et arrachait blanc la mise en jeu serbe grâce à 2 revers et 1 coup droit catapultés long de ligne. Dans un déchaînement de coups de boutoir, le Suisse mettait un genou un deuxième genou à terre à son adversaire. Dans un ultime effort, ce dernier s’essayait à une ultime révolte. Brekant d’entrée de 4ème manche, il se détachait 3-0. Un mirage sur la terre ocre de Roland-Garros. « Je tenais le coup dans le 2e set, je sauvais des balles de break. Mais il était le meilleur joueur, il a gagné cette manche et il le méritait. C’est comme dans les 3e et 4e sets d’ailleurs. C’est vrai qu’à 3-0 dans le 4e, j’aurais pu emballer le match et aller chercher un 5e. Mais je n’ai pas su le faire. J’aurais sans doute pu mieux jouer parfois, mais voilà, il a pris ses chances quand il les a eues. Il a joué un tennis très tactique plus les bons coups aux bons moments », avouait fataliste le Serbe.

    Wawrinka saoule de coups DjokovicEn effet, après quelques minutes de décompression, la tête de série n°8 reprenait le fil de son tennis. De nouveau consistant dans l’échange, il ne lâchait plus rien et, c’est un comble, usait Novak Djokovic à l’échange, à force de grandes gifles. Les cris du patron du circuit n’y feraient rien. À 4-4, Wawrinka lançait sa dernière ruade. Tentant en vain de varier, Djokovic se faisait prendre en passing, ce secteur où il a construit tant de ses succès. À 30 ans, le Suisse ne tremblait pas à l’heure de conclure devant un public extatique. « À la fin du deuxième set, j'avais l'impression de commencer à fatiguer physiquement, d'avoir des bobos un peu partout. J'avais du mal à me persuader que j'allais pouvoir tenir la cadence. Je suis surpris par la manière dont le quatrième set s’est fini, surtout quand j'ai commencé à pouvoir me relâcher en revers et à pouvoir envoyer ce que je voulais », appréciait le nouveau champion de Roland-Garros qui au bout d’une finale presque parfaite, confirmait que son succès en Australie un an plus tôt n’avait rien d’une erreur. Deux titres majeurs remportés à chaque fois face au n°1 mondial en exercice. « Depuis deux ans, j'ai changé de catégorie »,glissait-il « Je suis très surpris de la façon dont j'ai joué parce que j'ai pratiqué un tennis incroyable. J'étais nerveux, mais je n'étais pas crispé. J'essayais de lâcher mes coups. Je suis ravi d'avoir le trophée à mes côtés. »

    La belle accolade entre Wawrinka et Djokovic

    De son côté, Novak Djokovic accusait le coup. Bien qu’acclamé par un public et au bord des larmes, le Serbe, invaincu jusqu’alors sur terre battue, devait se résoudre à vivre avec ce 3ème échec en finale à Paris, sa première défaite majeure depuis sa demi-finale étouffante de l’US Open en septembre dernier, la 3ème cette saison (pour 42 victoires). « C’est une défaite qui fait mal, encore plus parce que c’est une finale. J’avais fait une super saison sur terre battue, un super Roland Garros jusque là. Je m’étais vraiment mis en position de gagner, je menais un set à zéro aujourd'hui, j’étais vraiment dans le match. Tactiquement, j’essayais de mettre en place ce que j’avais prévu. Mais il a trouvé une solution », regrettait dignement celui qui allait encore devoir patienter pour intégrer le cercle des vainqueurs de chaque levée du Grand Chelem.

    Avec son succès, douze ans après son sacre chez les juniors, Wawrinka rejoignait un cercle tout aussi fermé, en devenant le 3ème joueur de l’ère Open après Lendl et Wilander à réussir le doublé Porte d’Auteuil. La marque d’un Grand. Joueur humble et travailleur, Stan Wawrinka possède un talent bestial qui lui a permis d’imposer sa loi sur la terre ocre des Mousquetaires, cette terre aux reflets de légendes. Au cœur d’une époque fastueuse marquée par les avènements de trois des astres les plus lumineux de la galaxie du tennis (Federer, Nadal et Djokovic), « Stanimal » aura su attendre son heure. Déclenchée en janvier 2014 et après avoir emporté sur son passage l’Open d’Australie, Monte Carlo et la Coupe Davis, la charge du bison vaudois a déferlé sur Roland-Garros, sa terre originelle.

    Les champions et leurs trophées

    Christopher Buet


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  • Federer était trop fort pour Monfils

    roland-garros-logoSupérieur dans tous les compartiments du jeu, Roger Federer n’aura eu aucun mal à se débarrasser de Gaël Monfils en huitièmes de finale en 4 manches (6-3 4-6 6-4 6-1, en 2h10). Le Suisse atteint son 44ème quart en Grand Chelem où l’attend son compatriote Stan Wawrinka.

     

    C’était comme un jeu, un rituel un peu spécial que Gaël Monfils avait l’habitude de mettre en place à chacune de ses venues à Roland-Garros. A la manière d’un artiste montant sur scène pour livrée sa performance, le Français s’amusait à jouer avec les spectateurs. Un tour un peu particulier, celui de l’absence précoce créant l’inquiétude et de l’apparition quasi miraculeuse dans un final flamboyant. Un scénario limpide pour un numéro rodé à l’effet garanti. Toutefois, en ce premier jour du mois de juin, la magie parisienne n’a pas opéré car un tour spectaculaire n’est pas dénué de dangers et un artiste pas à l’abri d’un accident. « Je n’ai pas passé une bonne nuit après l’interruption dimanche. Je me suis levé pas mal de fois. Quand je me suis réveillé, le corps était mou. Aujourd’hui, Roger a fait preuve de solidité, mais on voyait bien que j’étais émoussé », confiait blême Gaël Monfils. Le Français ne pouvait que constater les dégâts. Une heure et deux minutes, voilà le temps qu’il avait pu passer sur cette scène ocre du Philippe-Chatrier. Une heure de calvaire et d’impuissance face à la maestria du sorcier helvétique.

    Federer en patronVeillée humide et enthousiaste

    Car la facétieux et non moins talentueux Gaël Monfils a vu les choses en grand pour défier en son théâtre de la Porte d’Auteuil Roger Federer, au point d’en appeler aux conditions météorologiques. En effet, dimanche, il fallut attendre la toute fin de journée pour voir les deux hommes foulés la terre ocre du court central dans une lumière déclinante voilée par le gris de ces nuages ayant arrosé et refroidi Roland-Garros. Pas de quoi effrayer l’élève de Jan de Witt, jamais aussi à l’aise qu’en fin de journée devant les siens. Directeur technique national, Arnaud Di Pascaule voulait y croire mais à une seule condition : que le 14ème mondial adopte la bonne tactique. « Il doit être très agressif, mettre beaucoup d’intensité. S’il se contente de remettre la balle face à Roger, il n’a aucune chance. Il faut vraiment qu’il prenne l’échange à son compte. Il doit mettre beaucoup d’intention, beaucoupd’intensité dans chaque point », expliquait-il. C’était oublié le petit jeu de l’incorrigible Parisien.

    Le problème, c’est que Roger Federer n’est pas dupe et ne connaît que trop bien les manières de son adversaire. Impeccable depuis le début de son tournoi, le Bâlois était bien décidé à ne pas s’éterniser sur le court. Aussi, comme aux tours précédents, il attaquait fort quand Monfils jouait les absents et s’emparait du break d’entrée pour se détacher rapidement 3-0. Vif et aérien, jouant en avançant avec une précision diabolique (25 pts sur 39 montées, ndlr), Federer s’adjugeait le set après 29 minutes de démonstration (6-3).

    Monfils entretient l'espoir en prenant le 2e set avant la nuitCe fut le moment choisi par le tricolore pour sortir de sa boîte. Longtemps gêné par le vent tourbillonnant qui balayait le Central, Monfils revenait avec plus d’intentions en seconde manche et parvenait à embarquer son rival dans de longs échanges de fond de court. Plus à son affaire, il laissait parler sa puissance et dans un jeu de miroir répétait le scénario du set précédent mais à son avantage, breakant d’emblée pour mener 3-0. Le mimétisme fut poussé jusqu’à 5-3 où un mauvais jeu lui fit perdre son avantage. Une péripétie puisqu’il concluait le set dans la foulée sur le service suisse grâce à deux coups droits monstrueux qui crucifiaient Federer. Dans une ambiance survoltée, Monfils revenait à hauteur (6-4) avant que l’arbitre ne stoppe les débats en raison de la nuit galopante qui avait étiré son ombre sur le court. Une donnée qu’avait parfaitement intégrée le n°2 mondial. « Quand je suis rentré sur le court hier, je me suis dit qu'il y avait peu de chances qu'on finisse le match (…) On a stoppé dans de bonnes conditions, à un set partout. Hier, les conditions étaient difficiles. Malgré ça, je sentais que j'étais bien là. J'ai même trouvé que j'étais le meilleur joueur sur ces deux premiers sets, car même s'il avait le break d'avance dans le 2e, j'avais plus d'occasions de breaker que lui. Je rate cette volée importante à 5-4 et derrière il prend ce set, ce qui était quand même un peu décevant pour moi. Mais je suis resté calme, je savais que je faisais les bonnes choses, que je jouais de la bonne manière », disait-il lundi après son succès.

    « Roger a été plus fort »

    Federer a survolé les débatsC’était là le génie de Monfils pensait-on : étirer son spectacle sur deux jours, d’une nuit pluvieuse et froide à une après-midi au soleil enjôleur. Un nouveau chef d’œuvre dans la galerie du parisien. Si l’astre doré brillait bien au-dessus de la Porte d’Auteuil, on ne put en dire autant du magicien français. Arrivé tard à l’échauffement, aux alentours de 11h40 sur un court annexe quand Federer s’était pointé une heure et demie plus tôt pour reprendre ses marques sur le Philippe-Chatrier. Le diable se cache dans les détails et celui-là en fait partie. « Aujourd'hui, c'était une nouvelle journée, de nouvelles sensations. Je me suis vraiment appliqué à garder ma concentration, à servir de manière plus constante également. J'ai bien varié, bien servi, avec des aces sur les balles de break. J'ai été solide, exactement comme je voulais l'être », observait l’homme aux 17 Grand Chelem. Comme la veille, ce dernier s’appuyait sur son excellente condition physique pour prendre à la gorge son adversaire et lui chaparder son service. Si Monfils s’accrochait tant bien que mal et s’octroyait une balle de break à 3-5 (écartée par un service gagnant, ndlr), il ne parvenait à dérégler l’artiste suisse auteur d’un récital tout en variations auréolé de 15 coups gagnants (41 au total, ndlr). « Le troisième set a été quand même assez serré, Il y avait 0-40 [à 3-1], c'était mon opportunité, je n'ai pas pu la saisir, derrière il faut quand même que je me batte assez pour rester dedans. Heureusement, j'ai bien joué dans les moments importants et au quatrième set, j'étais juste solide. Il a peut-être lâché un tout petit peu. Mais j'ai continué à bien servir, j'ai bien trouvé toutes les zones, j'ai bien varié », appréciait le sorcier bâlois.

    Monfils sort prématurémentLas de la perte du 3ème set et peu fringant en raison de son virus, Monfils lâchait prise à l’image de cet inexplicable jeu à 1-3 où il fit tout et surtout n’importe quoi sous les yeux médusés d’un Chatrier atone. « J'étais malade, certes, mais il y a aussi Roger qui a été plus fort que moi. Même si je n'avais pas été malade, si ça se trouve, j'aurais perdu. Ma maladie n'est donc pas du tout une excuse. Roger a été plus fort, il a mieux joué, il a mieux géré », admettait le quart de finaliste de l’édition 2014 qui perdait pour la première en trois rencontres face au Suisse mais pour la quatrième fois de rang à Roland-Garros contre son bourreau. Cette fois, l’illusion n’avait pas fonctionné et Monfils ne put produire son somptueux et pétaradant final porté par « son » public en liesse. Eteint, il le saluait d’un revers de la main. Un simple « Au Revoir ». De son côté, Roger Federer se félicitait d’avoir évité le « bras de fer » annoncé et espéré par Lionel Roux. « Je suis content de ce match, d'autant plus que j'arrive frais physiquement pour mon quart de finale. Je sais que j'ai une chance de gagner, mais je sais à quel point c'est difficile aussi. Je suis très heureux de retrouver les quarts de finale. Cela signifie beaucoup pour moi et je pense que j'ai encore du tennis sous ma raquette pour les prochains matches », concluait l’Helvète. Une fraîcheur bienvenue à l’heure de retrouver son compatriote Stan Wawrinka, imperturbable depuis le début de la quinzaine.

    Christopher Buet

     


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  • La victoire de Mladenovic

    roland-garros-logoAu terme d’un match à sens unique, Kristina Mladenovic a éliminé en deux petits sets la tête de série n°6 Eugénie Bouchard (6-4 6-4 en 1h22). Une performance qui rappelle son succès de prestige de l’an passé face à Li Na, alors n°2 mondiale.

    Bouchard n'y était pasC’est l’histoire de deux trajectoires qui se rencontrent, de deux joueuses aux dynamiques diamétralement opposées qui se croisent. D’un côté, Kristina Mladenovic qui se retourne vers les tribunes où s’est levé son clan ouvrant les bras à cette victoire providentielle acquise au premier tour de ce Roland-Garros au bout un match parfaitement maîtrisé (ou presque), de l’autre, Eugénie Bouchard balançant de dépit sa raquette au milieu du second set, la tête basse et le regard fuyant la réalité, ce court où elle ne se sent plus chez elle. « Honnêtement, je ne sais pas quoi dire. C’est la même chose depuis plusieurs semaines. Je ne me sens pas très bien. Je ne suis pas moi-même. Je suis très déçue de ma prestation. C'est dommage. J'étais un peu loin de mon niveau habituel. Je n'étais pas relâchée sur le court, en tout cas pas autant que je le voulais », concédait la 6ème joueuse mondiale après cette nouvelle défaite, la première de sa carrière au premier tour en Grand Chelem. Elle, qui avait toujours réussi à se sublimer, à réveiller ses instincts de championne lors des grands rendez-vous, était restée éteinte comme accablée par son manque de confiance. Cette confiance sur laquelle elle avait bâti ses succès et son exceptionnelle saison 2014.

    Loin de ses tourments, Kristina Mladenovic savourait d’avoir déjoué les pronostics et renverser l’une des meilleures joueuses du monde. « J'avais un tour très difficile aujourd'hui. Je suis vraiment contente de la manière avec laquelle j'ai appliqué le plan tactique pour battre Eugénie aujourd'hui », appréciait la Française pas mécontente d’avoir évité le scénario catastrophe.

    « Jamais évident de terminer un match »

    Bouchard n'y aura jamais vraiment cruCar Kristina Mladenovic s’est compliquée la tâche plus que de raison. Parfaite de maîtrise jusqu’alors, la joueuse de 22 ans se dirigeait vers une victoire sans encombre quand elle se détacha à 5-0 dans le second set. Puis, vint ce jeu de service raté et un débreak offert sur une double faute, la deuxième du match. La belle mécanique s’était grippée. Si inspirée et juste dans ces choix, Mladenovic se retrouvait sans intention, sans intensité comme paralysée par l’enjeu. « Ca n'a pas été évident, notamment avec ce scénario tendu au 2e set », confirmait-elle avant d’expliquer son passage à vide. « Elle a lâché quelques bons coups, j'ai un peu baissé en intensité et elle était revenue. C'est une joueuse du Top 10, elle saisit donc toutes ses opportunités. C'est jamais évident de terminer un match comme ça, je sentais l'attente du public, qui se frustrait aussi de me voir me faire remonter de 5-0 à 5-4. » Heureusement pour elle, la 44ème mondiale sut se ressaisir au moment de servir une 3ème fois pour le gain de ce match. Bien aidée par une première balle enfin de retour, elle contenait les derniers sursauts canadiens et achevait le travail sur un ultime service que Bouchard ne parvenait à conserver dans le court. « C'est donc une très grande satisfaction d'avoir réussi à boucler ce match car je sais qu'à 5-5, ça aurait pu devenir un peu compliqué », concluait Mladenovic.

    Mladenovic aura su imposer son jeuLa Française avait de quoi être fière de sa performance tant ce qu’elle avait produit, avant son éclipse de 4 jeux, fut consistant. Pas forcément très précise au service, l’ancienne championne de Roland-Garros chez les juniors avait su se montrer entreprenante et imposer son jeu face à la demi-finaliste de l’an dernier alternant lourdes frappes en coup droit et amorties cassantes. « Il fallait sortir du bon tennis, car je sentais que si je la jouais en cadence, elle était plus forte que moi. Il fallait aller dans les schémas de jeu qu'elle n'aime pas, où on sait qu'elle est moins forte. J'ai parfaitement fait cela aujourd'hui », décrivait la finaliste du tournoi de Strasbourg la semaine passée. Comme la saison passée au même stade de la compétition au milieu de ce même court Suzanne-Lenglen, Kristina Mladenovic venait à bout d’une pensionnaire du TOP 10 (Li Na l'an dernier). Cette fois, il ne lui avait fallu qu’une heure et 22 minutes pour se dégager le tableau et envisager de faire aussi bien voire mieux que son 3ème tour de 2014.

    La Canadienne se tourne vers l'avenirPour sa part, Eugénie Bouchard acceptait son échec et se projetait déjà vers la suite de la saison. « Je suis arrivée ici sans aucune attente particulière, vu mes récents résultats. Je n'ai d'ailleurs pas d'attentes particulières non plus pour les prochains tournois. J'espère maintenant rebondir sur gazon », tranchait sans demi-mesure la très ambitieuse Canadienne de 21 ans dont la saison cauchemardesque se poursuit. Avant de retrouver le gazon où elle devra défendre sa finale de Wimbledon, la protégée de Sam Sumyk ne compte toujours que 7 maigres succès, et seulement 3 depuis fin janvier, pour 10 revers.

    Christopher Buet


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  • Djokovic est son seul adversaire

    roland-garros-logoSouverain omnipotent du circuit, Novak Djokovic arrive en favori à Roland-Garros. S’il espère bien décrocher le dernier Majeur qui lui manque, le Serbe devra se méfier.

    Une fois n’est pas coutume, une tête dépasse des rangs à l’heure de se présenter Porte d’Auteuil pour le second Majeur de la saison, sauf que cette fois, cette tête bien que brune, elle aussi, n’est pas celle que l’on a l’habitude de voir émerger. En effet, point de Rafael Nadal bombant le torse avec une en bandoulière victoires et confiance à revendre. En cette fin de printemps 2015, l’homme qui se détache de la mêlée nous vient de Serbie et trône au sommet du classement mondial sans pitié et encore moins frisson. « Il est trop au-dessus des autres », déplore presque Guy Forget en évoquant le despote du circuit masculin. Cette année, plus que jamais, Novak Djokovic s’impose comme le grand favori du seul tournoi Majeur qui manque à son déjà coquet palmarès. L’heure est-elle venue pour lui d’enfin triompher sur cette terre qui se refuse à lui depuis tant d’années ?

    Le despote serbe veut avoir sa terre« Je suis ici avec un but précis »

    Au moment d’évaluer les chances de chacun, difficile de ne pas voir en la personne du natif de Belgrade le joueur le plus à même de soulever la Coupe des Mousquetaires au terme du tournoi. Il faut dire que le n°1 mondial évolue à un niveau de performance ahurissant depuis quelques mois. Ainsi depuis sa défaite à Shanghai en octobre dernier, il a écœuré l’ensemble de ses adversaires et s’est adjugé 7 des 9 tournois dans lesquels il s’est engagé, raflant 5 Masters 1 000, le Masters, plus un 8ème Grand Chelem avec l’Open d’Australie en janvier, ne s’inclinant qu’à Doha et Dubaï (ATP 250 et ATP 500, ndlr), soit 37 succès de rang dans les tournois principaux. C’est bien simple, rien n’y personne ne peut résister à l’équation proposé par le Serbe. Infatigable défenseur aux articulations élastiques, mur de volonté, Novak Djokovic est un tueur de sang-froid capable d’abattre n’importe qui par ses passings meurtriers. Tout en rythme, l’homme est à 28 ans un métronome à l’instinct de prédateur porté par une confiance incommensurable en ses capacités. « C’est juste une histoire de confiance. Nole a gagné tellement de matches depuis tellement de mois… », indique son coach Marian Vajda.

    « C’est évidemment très encourageant de savoir que j’ai gagné tous les grands rendez-vous depuis octobre (Bercy, Masters, Open d’Australie, Indian Wells, Miami, Monte-Carlo et Rome) en jouant mon meilleur tennis. Arriver à Roland-Garros dans ces conditions me donne de la confiance. J’ai eu cette situation particulière, spécialement ces deux dernières années, où quand j’arrivais à Paris, les gens se disaient : est-ce que c’est cette fois ou pas ? J’ai été proche plusieurs fois. Je n’ai pas réussi à le faire, mais cela ne me décourage pas. Je suis ici avec un but précis, me mettre dans les conditions pour gagner le trophée », apprécie-t-il.

    Son propre ennemi

    Serein comme DjokovicCompte tenu du niveau de jeu proposé par Djokovic depuis octobre, les observateurs ne voient guère d’adversaire au Serbe que lui-même. « Avec ce nouveau statut de favori, tout le monde sait qu’il doit gagner. Est-ce qu’il va être capable de continuer de jouer sans penser justement au trophée ? Je pense qu’il en est capable car il a trop de métier. Ce n’est pas l’adversaire le danger, c’est lui », confirme Forget, rejoint par Todd Woodbridge. « Il s’est mis une pression énorme sur les épaules à cause de ses brillants résultats. Parfois, se savoir prêt de réaliser ce dont vous rêver peut vous bouffer beaucoup d’influx. Le plus important sera de voir comment Djokovic va gérer tout ça », expose la légende australienne. Invaincu sur terre battue en 10 rencontres, Novak Djokovic se sait attendu. Favori légitime, il ne s’est pas vu aidé par le hasard et le concours de Maria Sharapova qui lui ont livré un tableau ardu.

    Nadal programmé en quart

    Nadal et Murray ne l'effaie pasSi les deux premiers tours ne devraient poser que peu de soucis, la perspective australienne au 3ème tour où devrait se présenter logiquement Tomic ou Kokkinakis, promet davantage. Un premier (petit) teste avant une montée en gamme avec Richard Gasquet ou Kevin Anderson en début de deuxième semaine. S’il parvient jusque là sans dommages, le Serbe ferait alors face à un adversaire d’un tout autre calibre puisque le sort lui a réservé la présence à ce stade soit de Grigor Dimitrov, soit plus excitant et inquiétant celle du maître des lieux et son bourreaux des trois dernières années : Rafael Nadal. Une perspective qui ne l’émeut guère. « Peu importe à quel stade je le rencontre. Si on est ensemble en quart, c'est qu'on aura déjà sorti notre meilleur tennis jusque là » et de rappeler lucide et froid qu’il a « encore quatre matches à gagner avant. » Qu’on se le dise, Novak Djokovic est en mission à paris et rien ne le déviera de son objectif suprême. Fort de sa confiance, il se sait capable d’enfin aller décrocher ce trophée, davantage qu’en 2011 quand il était arrivé invaincu Porte d’Auteuil avant de chuter, après 41 succès de rang, au terme d’une demi-finale somptueuse face à un Roger Federer étincelant. « 2011 est sans doute la meilleure année de ma carrière dans les résultats mais aujourd’hui je suis un joueur plus mature. Je préfère le joueur que je suis maintenant que celui de 2011 », expose-t-il.

    Grâce lui aussi à une série de 10 victoires en autant de matches sur terre battue ce printemps, Andy Murray fait office de candidat au titre et pourrait enquiquiner son meilleur ennemi serbe. « Je n'ai certainement jamais aussi bien joué sur terre battue. C'est clair que gagner des tournois et battre de grands joueurs de terre donne beaucoup de confiance. En fait aujourd'hui, j'ai l'impression que je maîtrise, que je sais ce que je fais sur le court », apprécie le Britannique. Problème, depuis son succès à Wimbledon en 2013, le protégé d’Amélie Mauresmo n’a plus trouvé la faille dans la cuirasse du Serbe (7 défaites de suite et 3 petits sets arrachés, ndlr).

    Federer se sait capable de le faireDans ce contexte, seul Roger Federer, logé confortablement en bas du tableau avec un horizon relativement dégagé (il attend Monfils en 8ème avant éventuellement Wawrinka, ndlr), s’oppose à la mainmise de son cadet. A 33 ans, « Sa Majesté » sait que le Serbe peut être battu, même au meilleur des 5 manches. « Il ne faut pas se laisser avoir par les médias et tous les gens qui disent qu’il est injouable. Ce n’est pas vrai. Il joue très, très bien. C’est formidable ce qu’il fait, il est en mégaforme, mais je sais que j’ai ma chance contre lui », tonne le Bâlois qui en connait en rayon question domination. En pleine forme et très décontracté, Federer devra se montrer vigilant pour éviter une sortie prématurée comme l’an passé face à Ernests Gulbis et rallier cette finale où il espère tant retrouver l’intouchable serbe qu’il n’a plus battu en Grand Chelem depuis Wimbledon 2012 (une rencontre depuis en finale de Wimbledon l’an dernier, ndlr).

    Loin de ses tracas, Novak Djokovic se concentre déjà sur sa tâche. « Je ne peux rien prévoir. Je dois juste essayer de faire ce que je fais de mieux et ne pas trop me projeter », soumet-il. Prudence est mère de sûreté.

    Christopher Buet


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  • Roland-Garros s'ouvre à ses femmes

    roland-garros-logoLauréate de deux des trois dernières éditions, Maria Sharapova remet son titre en jeu avec l’idée de conserver un bien arraché de haute lutte en 2014. Sur cette terre qu’elle apprécie, la Russe devra éteindre les feux nourris de rivales avides de gloire.

    Le soleil perce timidement et ses rayons viennent réchauffer cette terre encore endormie, engourdie par une longue année d’inactivité, privée de ses fidèles courtisanes, assoupie par le silence d’un quotidien monotone ayant repris ses droits sur les fracas d’une quinzaine rythmée par les cris et les larmes teintés d’ocre. Ce soleil de printemps annonce le réveil de Roland-Garros qui s’apprête à céder une fois encore, au furieux tumulte de la caravane itinérante du tennis qui pour deux longues semaines récupèrent ses quartiers à Paris sur les bords de la Seine. Alors que Cannes tire sa révérence et range paillettes et parures, la Porte d’Auteuil déroule son tapis rougeoyant, terre poussiéreuse battue par les vents de la légende où les meilleures actrices de cette année entendent inscrire leur nom et voir s’épanouir leurs ambitions, à l’image de la tenante du titre Maria Sharapova.

    Sharapova arrive lancé de RomeProlonger le règne

    En cette fin mai, la Russe revient en un endroit qu’elle affectionne chaque année un peu plus. Joueuse estampillée « surfaces rapides » à ses débuts sur le circuit en 2003, la longiligne n°2 mondiale a su apprivoiser cette terre si glissante où elle se sentait comme une « vache sur la glace ». « C’est le fruit d’une vraie évolution. J’ai progressivement développé mon jeu, mon mental pour m’adapter aux exigences de la terre battue. J’ai dû me bâtir afin d’être physiquement et mentalement prête pour être à la hauteur de l’une des surfaces les plus éprouvantes. Pour y parvenir, vous devez structurer votre jeu, vos points, adopter une façon de penser, de bouger. Cela m’a pris plusieurs années. Et j’ai pu effacer certaines de mes faiblesses », se félicite aujourd’hui Sharapova qui a fait de Roland-Garros l’un de ses rendez-vous privilégiés. En effet, c’est à Paris qu’elle a conquis 2 de ses 5 couronnes en Grand Chelem. Mieux, la native de Niagan les a coiffées au cours des trois dernières années manquant le triplé par la faute d’une Serena Williams inébranlable en 2013.

    Du haut de ses 28 ans, l’impératrice Sharapova est bien décidée à poursuivre sa domination sur les lieux et à rallier pour une quatrième année consécutive la finale parisienne. Un objectif tout à fait crédible pour la Sibérienne qui a su relever la tête ces derniers jours. Après un début de saison compliquée sur terre battue, la finaliste du dernier Open d’Australie a remis de l’ordre dans son tennis. Heureuse d’atteindre les demi-finales à Madrid alors qu’elle affirmait partir de loin, Sharapova a mis tout le monde d’accord voilà une semaine du côté de Rome. Un succès de premier ordre sur l’une des joueuses en forme du moment l’espagnole Suarez-Navarro, qu’elle pourrait retrouver d’ailleurs à l’aune des quarts de finale. En pleine confiance sur la terre parisienne, Maria Sharapova peut légitimement ambitionner réussir sa propre succession et réussir un doublé plus réalisé depuis 2007 et Justine Hénin.

    Serena a un compte à régler

    Serena Williams à la relanceUne performance que Serena Williams se ferait un malin plaisir de contrarier. A 33 ans, l’Américaine est sans conteste la principale rivale de la Russe dans sa quête terrienne. A son meilleur niveau, la n°1 mondiale est même intouchable comme elle l’a encore prouvé lors des deux dernières levées du Grand Chelem à New York puis Melbourne. A chaque fois, sur surface dur et rapide. Mais voilà, Roland-Garros se déroule sur terre, un revêtement où ses certitudes semblent s’égarer. Brillante en début de tournoi, la cadette des Williams s’était littéralement effondrée en demi-finale à Madrid contre Kvitova (6-2 6-3). Une claque attribuée à une blessure qu’elle promet résorbée. « Je me sens beaucoup mieux physiquement aujourd’hui. J’ai eu un petit peu plus de mal à me préparer que ce que je pensais, mais maintenant, je suis prête. J’ai pu et je me suis dit : c’est bon, ça va beaucoup mieux », tente-t-elle de rassurer.

    Un optimisme de rigueur pour l’Américaine qui reste sur une terrible déconvenue dans le tournoi parisien. En effet, arrivée tenante du titre l’an dernier, la n°1 mondiale avait été balayée par la puissance et la jeunesse de Garbine Muguruza. En deux petits sets, l’Espagnole d’origine vénézuélienne avait éjecté Serena dès le 2nd tour. Une défaite en forme de motivation au même titre que sa course vers les records. « Ecrire l’histoire est vraiment très motivant pour elle », lâche son entraîneur Patrick Mouratoglou qui connaît les ressorts de sa joueuse, dont le 3ème tour promet des retrouvailles endiablées avec Victoria Azarenka. Une idée que partage Martina Navratilova. « Je suis certaine qu’elle atteindra les 20 Grand Chelem. Depuis trois ans et sa défaite contre Virginie Razzano, elle a relancé sa carrière dans une nouvelle dynamique. Elle a réalisé que le temps passait et qu’elle voulait à tout pris marquer de son empreinte son sport. C’est impressionnant ce qu’elle fait à son âge (33 ans, ndlr). » Sur les traces de Steffi Graf et de ses 22 Majeurs, la femme aux 19 couronnes et 2 défaites cette saison (dont un forfait) est prête à reposer le pied sur terre et y apposer à nouveau son empreinte.

    Halep : « Je me sens bien sur terre battue »

    Kvitova veut briller à RolandDans l’ombre des deux reines du circuit, la foule des prétendantes fourbie ses armes. Placée dans la même moitié de tableau que l’Américaine (demi-finale potentielle), Petra Kvitova sait qu’elle peut tirer son épingle du jeu sur la terre française. « J’ai déjà joué les demi-finales en 2012 donc je sais que je suis capable de bien jouer là-bas. Je dois juste vraiment croire en mes chances. Je dois croire au moment où je soulève le trophée », explique la 4ème joueuse mondiale. Double lauréate de Wimbledon, la Tchèque arrive cette saison avec d’autres certitudes quant à son jeu sur ocre. Des certitudes acquises de l’autre côté des Pyrénées sur les courts de la Caja Magica de Madrid où elle a su mettre en place son jeu et laisser parler son formidable bras gauche.

    Si Kvitova se présente avec de sérieux arguments, il en va de même pour Simona Halep. A 23 ans, la Roumaine n’en finit plus d’épater par ses qualités sur le court. « Simona, elle a tout ce que donne le ciel : le talent, l’habileté, la vision », s’emporte son compatriote Ion Tiriac. Finaliste la saison passée, la protégée de Virginia Ruzici s’est, depuis, installée parmi les toutes meilleures joueuses du monde grâce à sa couverture de terrain et sa science des trajectoires. Des qualités sublimées par la terre battue. « J’aime chercher les angles. C’est aussi pour ça que j’aime la terre battue : on a le temps de réfléchir », glisse-t-elle dans L’Equipe Magazine.

    Halep est ambitieuseAu-delà de ça, la finaliste malheureuse de 2014 ne cache pas son plaisir de revenir sur la terre qui l’a « révélée ». « J'ai d'excellents souvenirs de mon parcours ici l'année dernière. J'ai joué de bons matchs cette année, j'ai acquis la certitude que je suis capable de jouer de longs matches et de passer trois heures sur le court sans perdre en concentration ou en lucidité. J'ai acquis de l'expérience, aussi (…) Je me sens bien sur terre battue en ce moment. C’est clairement une des surfaces où je me sens le plus en confiance et je sens que je m’améliore de jour en jour, à un tel point que je me sens prête pour un succès à Roland Garros cette année. » Une prétention normale d’autant que la n°3 mondiale a hérité d’un tirage clément tant Cornet, Radwanska, Makarova et Ivanovic ne présentent pas des obstacles insurmontables sur la route d’une demi-finale où l’attendra peut-être…Maria Sharapova.

    Derrière ces deux outsiders, il faudra regarder attentivement les parcours de la suissesse Timea Bascinszky placée avec notamment Kvitova, Madison Keys, révélation du dernier Open d’Australie, mais aussi Bencic ou Townsend. On n’oubliera pas non plus Andrea Petkovic, demi-finaliste surprise la saison dernière, dont le menu s’annonce copieux avec Errani, Jankovic et Wozniacki avant éventuellement Serena Williams en quarts.

    Des perspectives pour les Bleues ?

    Du côté des Bleues, la tâche s’annonce encore une fois ardue. Abonnée aux têtes de gondoles, Kristina Mladenovic a de nouveau été servie. Après Li Na, l’an passé, la Nordiste devra se coltiner la 6ème joueuse mondiale et demi-finaliste 2014 en la personne d’Eugénie Bouchard. La chance de la Française réside dans la dynamique catastrophique de la Canadienne qui n’a gagné qu’un match depuis la fin mars concédant 7 défaites. Une statistique effrayante mais dont il faut se méfier tant Bouchard a fait des Majeurs sa priorité. En effet depuis janvier 2014, cette dernière a toujours su briller à l’heure des Grands Chelem atteignant 1 quart de finale, 2 demi-finales et une finale (Wimbledon, ndlr). Malgré tout, la tricolore de 22 ans a un bon coup à jouer.

    Garcia mènera les FrançaisesDe son côté, Caroline Garcia aura plus de latitudes. Tête de série 31, la Française disposera de 2 tours pour se roder avant de rencontrer Ana Ivanovic, qu’elle a déjà dominée par deux fois cette saison à Monterrey et Indian Wells. Enfin, Alizé Cornet devra se méfier d’un premier tour piège contre Roberta Vinci. Une entrée en matière peu commode pour une Niçoise en pleine crise.  « Mon tennis ne s’est pas volatilisé ! Il y a deux semaines encore, je battais Halep (7-6 (6) 6-3 à Madrid). Il est quelque part, à moi de le trouver. Après, je suis inquiète, car je me dis: "Vais-je le trouver avec la tension qui va s’installer à Roland-Garros ?" Et, d’un autre côté, je me dis que c’est mon onzième Roland-Garros qui arrive, que j’ai l’habitude et que je vais réussir à gérer », s’interroge Cornet à qui Halep est promise en 8ème.

    Chacune à leur échelle, les meilleures actrices du circuit déborderont d’ambitions à l’idée de pouvoir soulever début juin la Coupe Suzanne-Lenglen. « L’ambition est le fumier de la gloire », écrivait en son temps le dramaturge italien Pietro Aretino.

    Christopher Buet


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