• Perrine Laffont, au sommet de la bosse

    Perrine Laffont, au sommet de la bosse 

    Perrine Laffont, au sommet de la bossePremière à l’issue des qualifications, Perrine Laffont est devenue championne olympique des bosses. À 19 ans, la Pyrénéenne apporte à la France sa première médaille à Pyeongchang.

    Sur la piste, au milieu des bosses, la Canadienne Andi Naude perdit le contrôle, écarta les skis une fois, puis une autre et finit par s’avouer vaincue, tirant tout droit sur le côté. Dans l’aire d’arrivée, Perrine Laffont se tenait là, au fond comme si elle se cachait, près du panneau d’affichage. Immobile, la skieuse française n’explosa pas de joie. Tout juste leva-t-elle les bras avant d’étreindre ses adversaires du jour parmi lesquelles la Canadienne Justine Dufour-Lapointe, championne olympique à Sochi et sa dauphine en Corée du Sud. Pourtant l’émotion était intense. Derrière sa visière bicolore, ses yeux rougis avaient commencé à déverser leur flot de larmes. Du haut de ses 19 ans, la native de Lavelanet comprenait qu’elle l’avait fait, qu’elle avait répondu présente le jour J et était parvenue à surmonter les épreuves pour décrocher le graal olympique. « Ca y est je suis championne olympique. J’en ai rêvé tellement de fois de ce podium, de cette victoire. Ca a été l’une des courses les plus difficiles que j’ai faites », confiait-elle la voix serrée au micro de France Télévisions. La conclusion d’une journée éprouvante et d’une olympiade mouvementée.

     Dans le souvenir de Sochi

    Perrine Laffont, au sommet de la bosseCar si Perrine Laffont s’est hissé sur la plus haute marche du podium, elle le doit à son acharnement, sa détermination au quotidien mais aussi à une blessure. Pas physique mais psychologique. Il y a quatre ans, la Pyrénéenne est la cadette de la délégation française qui participe aux Jeux Olympiques de Sochi. A seulement 15 ans, elle crée la sensation en prenant la cinquième place des qualifications. Tout le monde se prend à rêver d’un résultat en finale et se dit que la médaille n’est pas hors de portée. Cependant, Laffont craque et passe au travers de son rendez-vous. Quatorzième, l’adolescente est inconsolable. « A Sotchi, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre. Je m’attendais à quelque chose de grand, évidemment, mais pas à ce point-là ! Je n’avais pas mesuré l’ampleur médiatique derrière une athlète […] Evidemment je n’étais pas préparée et c’est ce qui m’a mis la pression pour la finale », expliquait-elle à des confrères.

    L’échec russe l’a marquée mais pas tétanisée. Au contraire, Laffont est repartie conquérante. Il faut dire que le ski de bosses est plus qu’un sport pour elle. C’est une histoire de famille (son père, sa mère et son frère font ou ont fait des bosses, ndlr) et un mode de vie. La jeune fille repart de plus belle et change peu à peu de statut jusqu’à devenir championne du monde de parallèle (discipline non olympique) l’an dernier en Sierra Nevada et vice-championne du monde dans les bosses. 

    « J’avais du mal à me lâcher »

    Perrine Laffont, au sommet de la bosseL’adolescente avait bien grandi et se présentait à Pyeongchang avec cette volonté farouche de saisir sa chance, son rêve d’or bien clair dans son esprit. « J‘ai déjà eu ce statut de favorite donc face aux médias, je réponds d’une certaine façon pour ne pas avoir plus de pression. Je me décharge le plus possible de cette pression de résultats […] Et avec l’adrénaline, on se fait plaisir », expose-t-elle. Une assurance qu’elle étala en qualifications en signant la meilleure performance des engagées. « Quand elle a gagné les qualifs, je me suis dit que c’était possible de le faire », dira après coup son entraîneur Ludovic Didier. Mais une finale olympique est un évènement à part. « Au début de la journée, elle avait un peu de tensions. Ca s’est vu sur ses deux premiers runs, un peu crispé sur les jambes, un temps un peu moins rapide que sur les qualifications, un peu de fatigue aussi là-dedans », note Didier.

    Perrine Laffont, au sommet de la bosseEn effet, brillante deux jours plus tôt, elle se crispa, heurta davantage les bosses sans parvenir à s’exprimer dans ses figures. « J’ai skié pendant 8 jours d’affilée, je n’ai pas pris de repos. Je gagne les qualifs, je finis 6e au premier run. J’avais du mal à me lâcher », reconnut-elle. Pour autant, l’Ariégeoise réussit à se maintenir dans le coup. Troisième (sur six) à l’issue d’un second passage pas complètement abouti, elle sait qu’elle a son destin dans les spatules. « Sur le dernier run, je lui ai dit : "Tu ne peux pas être fatiguée. Une finale olympique, c’est tous les quatre ans, c’est juste pas possible alors tu mets tout dans le sac. Va la chercher cette piste car tu es capable de le faire" », raconte les yeux perlés son entraîneur. Et Perrine Laffont lâcha tout. Plus rapide que précédemment (29’’36, meilleur temps de la manche, ndlr), elle exécuta avec application son 360° initial avant de s’envoler pour signer un backcross parfait. En bas, elle devançait de 9 centièmes de point Justine Dufour-Lapointe, la Kazakhe Ioulia Galycheva complétant le podium. Les deux concurrentes, s’élançant derrière elle, n’allaient pas la détrôner, ni même bousculer la hiérarchie.

    Descendante de Grospiron

    Perrine Laffont, au sommet de la bosse« Ce qui arrive ce soir, on en avait rêvé tous ensemble et Perrine l’a fait. Elle apporte la première médaille à la France et en plus en or. Le dernier titre olympique, c’était Edgar Grospiron en 1992. On a tellement travaillé. On a fait tellement de sacrifices que c’est la plus belle récompense qui soit (…) Ce soir, elle ramène le plus beau métal à la maison. Ce qu’elle a fait ce soir, c’est incroyable », s’enthousiasmait Ludovic Didier.

    Vingt-six ans après Edgar Grospiron à Albertville, Perrine Laffont consacrait les bosses tricolores sur la scène olympique, devenant ainsi la seconde française à réaliser cet exploit en ski acrobatique, après Christine Rossi, sacrée en acroski, alors sport de démonstration, en 1988. « En plus, il neige… », remarquait la nouvelle championne olympique qui peinait à y croire. Un message du ciel pour saluer sa victoire et rendre encore un peu plus magique cette froide soirée coréenne qu’elle a réchauffé de ses larmes et de son talent. La France a ouvert son compteur de médaille à Pyeongchang et s’est trouvée une superbe ambassadrice.

    Perrine Laffont, au sommet de la bosse

    Christopher Buet


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