• David Chastan : « Nous sommes la meilleure équipe au monde »

    David Chastan croit en son groupe

    Nouveau responsable des équipes de France masculine de haut niveau, David Chastan livre son analyse sur la saison à venir pour le groupe technique dont il avait la charge jusqu’à l’hiver dernier. Il nous parle de la genèse du projet, de l’exception française et des espoirs liés à Alexis Pinturault.

    Encore un fois, l’équipe de France suivra la trace d’Alexis Pinturault cette saison. Quel regard portez-vous sur le skieur savoyard ?

    Alexis, c’est un profil pluri-disciplines. Jusqu’à présents, il a gagné dans 4 disciplines différentes (géant, super g, super combiné et slalom), ce qui est exceptionnel dans notre sport. L’objectif, c’est de gagner le petit globe en Géant mais aussi le Gros au général. C’est le leader de l’équipe, depuis deux ans, par ses victoires en Coupe du Monde, ses résultats constants. Puis à côté, on a un leader d’expérience avec Jean-Baptiste Grange, double champion du monde en slalom, ce n’est pas rien, qui a gagné toutes les grosses courses, qui a le plus grand nombre de victoires du groupe technique.

     

    Chastan mise beaucoup sur PinturaultAvoir un leader comme Pinturault, participe-t-il à entraîner le groupe vers le haut ?

    On est un sport individuel dans un milieu collectif. On passe quand même 200-220 jours ensemble sur l’année avec le groupe donc le facteur collectif est important pour au moins deux points : la vie ensemble en dehors des pistes car on fait tout ensemble et à l’entraînement pour l’aspect plus sportif. La collectivité va monter l’individualité. Ca veut dire qu’il y a un moment où il y a toujours un gars qui skie un peu plus vite que le leader qui va avoir un point de repère. Ca crée une dynamique d’entraînement intéressante surtout quand vous avez, comme nous, 3 garçons dans les 7 meilleurs mondiaux. Tout ça, ça permet à quelqu’un comme Alexis de savoir où il en est et de monter son niveau. Il ne faut pas oublier qu’on est dans un sport individuel et que parfois on peut un peu s’endormir. Là avec le collectif, on réduit les risques. Ca peut vous réveiller. Et c’est valable pour tous.

     

    Le modèle français est assez unique au plus haut niveau mondial…

    On est l’une des seules nations à fonctionner comme ça. Depuis 2007 et sa création, ce groupe technique a constamment évolué. En géant beaucoup, en slalom aussi puisqu’on a eu deux titres mondiaux et des médailles. C’est le résultat de la politique française à laquelle j’ai veillé et  à laquelle les garçons ont adhéré. Cela a accru la densité au plus haut niveau. Le secret de la densité française est là : en s’entraînant ensemble, sainement, sans tricher. Les leaders ont apporté leurs performances, les autres ont su élever leur niveau pour être performants. Chacun s’est servi de tout le monde. Aujourd’hui Alexis, c’est le seul qui a gagné en Géant depuis 2-3 ans. Les autres savent où ils en sont par rapport et progressent. Puis quand il est moins bien, les autres sont là pour le corriger. Puis notre avantage, c’est que notre sport se fait face à un chrono, ça permet de s’étalonner plus facilement malgré les aléas de la météo.

    Les Bleus à l'entraînementCette densité est venue en mixant géant et slalom, en ayant des skieurs forts dans les deux disciplines qui se sont entraînés ensemble avec le même programme et qui ont bonifié par leur expérience et leur niveau de ski les jeunes qui intégraient le groupe au fur et à mesure dont Alexis, Victor et Mathieu Faivre, le plus jeune du groupe mais qui a déjà fait des Top 5 en Coupe du Monde.

    Il y a aussi eu un choix de  travail technique un peu plus approprié aux Français. Nos garçons ne skient pas tous pareil mais ils ont les mêmes fondamentaux. Quand on a une densité comme ça même si on ne gagne qu’avec un et pas tout le temps à cause de la concurrence des Hirscher et Ligety qui sont des monstres dans leur genre. Avec eux, c’est comme si on avait Bolt en ski. Après, cette densité prouve qu’un bon travail technique a été fait. On a une vraie école de Géant en France. Je crois qu’on est la seule nation depuis 4-5 ans à répéter des résultats si élevés avec la totalité du groupe.

     

    Comment expliquez cette concentration en Géant particulièrement. Est-ce une génération ou une politique plus profonde ?

    Severino Bottero, l'homme à l'origine du renouveauAprès les Jeux Olympiques de Salt Lake City en 2002, où Jean-Pierre Vidal a notamment gagné l’or, le slalom marchait très fort et le géant beaucoup moins. Severino Bottero (entraîneur italien décédé en 2006 dans un accident de la route) a tout changé. Il nous a apporté énormément au niveau de la technique et de l’approche dans un groupe. Il faut savoir qu’avant, on fonctionnait avec un groupe de slalom et un autre de géant. Bottero et son équipe ont transmis une culture du géant et de notre côté, on a réussi à rééquilibrer le travail. Pas qu’en équipe de France mais aussi en dessous dans les clubs. Il y a eu une prise de conscience sur cette discipline là. On s’en est servi comme une base dans les écoles, les clubs sans oublier les autres mais en accentuant juste un peu plus sur le géant. Du coup, aujourd’hui, on a des garçons avec un meilleur potentiel quand ils arrivent chez nous et avec qui il est plus facile de travailler. Avant de devenir double champion du monde de slalom (2009 et 2015), Jean-Baptiste Grange était parmi les 7 meilleurs du monde en géant. A partir de 2007, on a pu mettre les skieurs sur plusieurs disciplines. Avant, on était très spécialisé et je crois qu’on a loupé des potentiels à cause de ça. Le premier à avoir fait des résultats sur deux disciplines, c’est Steve Missilier. C’est un peu lui le précurseur. On a continué avec JB puis c’est descendu pour aboutir à ces garçons qui aujourd’hui peuvent être performant dans au moins deux disciplines.

     

    Est-ce que la mise en place de ce groupe a été difficile dans le cadre de ce sport individuel avant tout ?

    Frédéric Covili et son globe du géant en 2002Aujourd’hui, c’est une belle réussite mais ce n’était pas gagné du tout car on était vraiment sur un fonctionnement de groupe cloisonné depuis très longtemps. Quand on a réuni tout le monde, on a eu des garçons importants qui ont permis de réaliser ce rêve. Fred Covilli (vainqueur du petit globe de cristal du géant en 2002, ndlr), par exemple, a vraiment joué le jeu. Quand on lui a dit de faire du slalom car on pensait que c’était bon pour lui, il l’a fait alors même qu’il arrivait en fin de carrière. Joël Chenal (vice-champion olympique de slalom à Turin en 2006, ndlr) nous a suivis, Julien Lizeroux aussi. Tous ces garçons ont permis à ce que la jonction se fasse bien entre anciens et jeunes et surtout nous ont donnés du crédit par rapport à ce qu’on avait mis en place, par leur approche, leur implication. Ils ont cru en nous et nous étions persuadés qu’un skieur pouvait pratiquer deux disciplines à haut niveau. Les Autrichiens nous l’avait montré avec « Benny Raich » et les Américains avec Bode Miller.

     

    Ce qui est impressionnant, c’est que vous avez su conserver cet esprit de groupe mais à un niveau où les meilleurs sont entourés par des structures individuelles…

    En Autriche, c’est le sport national aussi donc il n’y a pas les moyens. En Suisse, c’est pareil. On joue dans la même cour mais pas avec les mêmes armes. En France, on ne peut pas se permettre ce genre de structures. Alexis en a demandé une mais on a été obligé de refuser. Je ne suis pas convaincu que ça aide vraiment mais certains pensent le contraire.

     

    Sentez-vous que le regard de vos adversaires a changé sur l’équipe de France ?

    Pinturault en compagnie de ces deux principaux rivaux (Hirscher à gauche et Ligety au centre)Évidemment avec les résultats. On a su gagner de grosses courses notamment en slalom au début et maintenant aussi avec le géant. En géant, c’est une certitude. En termes de points, nous sommes la meilleure équipe au monde. Plus largement, dans les disciplines techniques, on est la seule nation à avoir rapporté 2 médailles des derniers Mondiaux à Beaver Creek (or en slalom avec Grange et bronze en géant avec Pinturault, ndlr). C’est une belle réussite et je veux le souligner. Car on s’arrête souvent qu’au titre mais ce qu’on a fait, l’Autriche ne l’a pas fait, la Suisse non plus. Ca signifie quelque chose. Toutes les médailles comptent.

     

    Ca prouve une régularité au plus haut niveau…

    Oui. Aujourd’hui, on est énormément regardé. Quand vous en placez 7 dans les 11 à Solden, il y a deux ans (6 en fait, Pinturault 2e, Missilier 4e, Fanara 7e, Richard 8e, Faivre 9e et Mermillod Blondin 11e), c’est un peu les championnats de France en Autriche (rire). Et les résultats perdurent. On commence vraiment à être connu et respecté.

     

    Quel est l’objectif pour Alexis Pinturault cet hiver ?

    Continuer sur la même lancée. Il faut savoir qu’il avait changé de matériel en début de saison dernière et margé tout, il a fait une belle saison. Il est 2e en géant, toujours 3e au général, il regagne en géant ce qu’il n’avait plus fait depuis 2 ans, il fait une médaille au championnat du monde. On va essayer de jouer le général avec lui. Il a vraiment le potentiel. En plus, c’est une année sans grand événement donc on va pouvoir se concentrer uniquement sur la saison. Cet été, on a fait la même préparation que la précédente. Il est parti en stage avec le groupe technique mais aussi avec celui de vitesse au Chili.

     

    Alexis Pinturault doit guider le collectif bleuL’hiver dernier, l’équipe de géant c’est 4 podiums dont 1 victoire, qu’attendez-vous pour cette saison ?

    On peut faire largement mieux. A commencer par Alexis car il a du s’habituer à son nouveau matériel. Après, je trouve ça très important, il a remporté ce que j’appelle une vraie course, c’est-à-dire qu’il a gagné la première manche et la course à Kranjska Gora. Pour la suite de sa jeune carrière, ça va être un élément important. Auparavant, il avait gagné mais sans être leader après la première manche et là ce n’est pas la même pression, le même ski qu’il faut fournir. Derrière, Thomas Fanara n’a pas encore gagné mais il est très régulier. Je pense qu’il peut arriver à en gagner une. Victor, lui, peut venir nous faire de bons podiums. Il faut comprendre aussi qu’ils ne sont pas beaucoup à pouvoir prétendre à la victoire en géant. Objectivement, ils sont 3 favoris : Marcel Hirscher, Ted Ligety et Alexis (8 victoires en 9 géants l’an dernier, ndlr).

    Propos recueillis par Christopher Buet


    Tags Tags : , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :