• Un relais doré
    Grâce à une flamboyante Floria Guei, le relais 4x400 m féminin tricolore s’est offert l’or en devançant d’un rien l’Ukraine et la Grande-Bretagne. Les Bleues rapportent ainsi le 9e titre européen à la France dans ces Championnats d’Europe de Zurich.

    Hurtis les a guidées

    Il est des souffrances que l’on aime endurer, des sacres que l’on aime faire attendre. En cette après-midi zurichoise ensoleillée, l’équipe de France féminine de relais s’est plu à jouer avec ses nerfs et ceux de ses supporters en délivrant un spectacle haut en couleurs conclu par un final brûlant aux effets pyrotechniques saisissants. Une performance crispante toutefois car fichtre que la mèche a été longue à se consumer avant l’explosion infernale de nos sprinteuses. Allumée par la finaliste de l’épreuve individuelle Marie Gayot, la flamme tricolore brûlait vigoureusement sous l’action de la vétérane Muriel Hurtis. Pour sa dernière course sous le maillot de l’équipe de France, la championne d’Europe 2002 du 200 m prouvait qu’à 35 ans, elle avait encore des jambes taillée pour le haut niveau. Au prix d’un tour de grande qualité, elle maintenait la France dans les premières positions, à la bagarre pour le podium en compagnie de l’Ukraine, la Grande-Bretagne et la Russie. Vint alors le relais d’Agnès Raharolahy. Du haut de ses 22 ans, elle ne vacillait pas malgré la pression de sa première finale internationale. Sans cesse à la bagarre, la native d’Alençon se laissait toutefois piéger à l’heure de transmettre le témoin à sa partenaire et dernière relayeuse Floria Guei.

    Le fantôme de Marc Racquil

    Raharolahy transmet dans le trafic à Guei

    Prise en tenaille, Raharolahy voyait sa transmission contester par des adversaires plus malignes, le prix de l’expérience, et obligeait Guei à naviguer  parmi le trafic des coureuses agglutinées à la corde. Un chassé-croisé estival qui condamnait les rêves tricolores. Pendant que la Nantaise slalomait, la Russe, la Britannique et l’Ukrainienne avaient pris la poudre d’escampette et une dizaine de mètres d’avance. Un écart trop conséquent à cet instant de la course. Les rêves de podium venaient de s’évanouir. Du moins, c’est ce que tout le monde croyait car la flamme de l’espoir scintillait encore dans les cœurs français. Aussi à l’amorce du virage à 200 m de l’arrivée, Guei déclenchait le brasier, embrasant l’inouï. Allongeant la foulée, accélérant le rythme de ses foulées, elle effaçait peu à peu les mètres la séparant du trio de tête. Alors le fantôme de Marc Raquil apparût. Comme son célèbre aîné qui avait marqué à jamais les esprits en effectuant une remontée ahurissante de la 8ème à la 3ème place, synonyme de bronze lors du 400 m des Championnats du Monde de 2003 à Paris, Guei débouchait dans la dernière ligne droite à quelques encablures de ses rivales. Grignotant encore et toujours, elle se décalait sur l’extérieur et dévorait une Renzhina à bout de souffle à 30 m du but.

    Floria Guei triomphe au bout de la ligne

    Restait alors deux filles devant elle. Légèrement en tête, Zemlyak plafonnait pour l’Ukraine et voyait fondre Adeoye et son maillot britannique. Toutefois en cette après-midi, rien ne pouvait éteindre la flamme tricolore et stopper la course folle de Floria Guei. Portée par ses copines, elle enflammait la piste et coupait la ligne en 3’24’’27 soufflant ainsi la ligne la première place (5 centièmes devant l’Ukraine et 7 devant la Grande-Bretagne, ndlr). L’impensable venait de survenir sous les applaudissements et les hurlements du public suisse. Comme possédée, Floria Guei venait de réaliser le tour de piste de sa jeune carrière, peut-être celui de sa vie d’athlète. Un finish flamboyant pour s’octroyer le droit de fondre le plus précieux des métaux et se parer d’or, le 9ème du clan tricolore à Zurich.

    La joie et les larmes

    Encore sous le choc de son effort, la Nantaise ne réalisait pas d’emblée ce qu’il venait d’arriver. Se tournant vers ses camarades, elle écarquillait les yeux. « On a gagné ? », semblait-elle interroger du regard. Raharolahy vint alors l’enlacer avant qu’elle ne tombe dans les bras de la « matriarche » du relais féminin, l’immense Muriel Hurtis. Là, les larmes se mirent à couler sur les joues de l’une et de l’autre. Une étreinte touchante et lumineuse entre des jeunes femmes allées au bout d’elles-mêmes pour toucher à la félicité. À 35 ans, Hurtis ne pouvait rêver plus beau cadeau d’adieu. « Je ne regrette pas d’avoir attendu un an de plus pour arrêter ma carrière sur une médaille d’or aux Europes. C’est un bonheur de finir ainsi avec les filles », savourait la doyenne du relais bleu. La retenue et les larmes laissaient rapidement place à l’allégresse, celle d’une équipe qui a su croire en elle et forcer son destin pour se propulser dans l’éternité du palmarès européen. Sur le podium, Gayot, Hurtis, Raharolahy et Guei savouraient cette délicieuse Marseillaise, une petite breloque aux doux reflets dorés pendant autour de leurs cous. Les voilà reines du tour de piste sur le Vieux Continent et ça valait fichtrement le coup d’attendre.

    Revivez ici, le relais de Floria Guei et le sacre de l'équipe de France :

    Christopher Buet


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  • Isinbaeva vient de franchir 4,89 m

    championnats-du-monde-athletisme-2013

    Six ans après son dernier sacre mondial, cinq années après son dernier triomphe olympique, Elena Isinbaeva a récupéré sa couronne mondiale, dans son fief de Moscou. A 31 ans, la Tsarine trône à nouveau au sommet de la perche planétaire.

    Elena (1)L'y voilà. Là où elle a toujours rêvé d'être. Seule au bout de cette piste aussi bleue que ses yeux, comme le prolongement de ce regard d'acier, imperturbable, braqué sur cette barre qui la défie au loin dans le ciel de Moscou, à 4,89 m du sol. De là où elle est, il ne s'agit que d'une sombre et minuscule ligne à l'horizon. A ses yeux, il s'agit de bien plus, d'un lien vers son glorieux passé, d'une porte vers la légende.

    Plus qu'un saut

    Sans déroger à ses habitudes, immuables depuis qu'elle a débuté le saut à la perche voilà maintenant 16 ans, Elena Isinbaeva fait le vide, s'enferme dans sa concentration. Alors qu'elle murmure à sa perche dans un élan mystique, le stade Loujniki s'arrête, se tourne vers le sautoir où sa fille, sa championne, sa Tsarine se tient immobile.

    Finissant son rituel, elle inspire une grande fois et démarre. La course est fluide et déterminée, mélange de confiance et d'excitation. A l'approche du sautoir, elle abaisse sa perche et la fiche dans le butoir. La torsion est bonne et les pieds de la Russe quitte le sol. Elle s'élève alors dans les airs et chaque spectateur présent suspend sa respiration à cette envolée. Dans une dernière poussée, elle se propulse dans le ciel moscovite, détachant ses mains de sa précieuse perche. Les pieds en avant, elle enroule la barre. Son corps cambré semble en lévitation au-dessus de la barre, le temps de ramener ses mains et de basculer.Isinbaeva exulte

    Le public russe comprend alors que la sienne a franchi l'obstacle pour prendre seule la tête de cette finale. Dans un souffle, une gigantesque clameur s'échappe. Loujniki rugit comme il ne l'avait encore jamais fait. « En venant ici au stade Luzhniki, je savais que la foule serait derrière et que ça m'aiderait. La foule, ce soir, est la meilleure que je n'ai jamais vue. C'est ma maison (…) J'ai reçu toute cette énergie, toutes ces émotions et je les absorbées », s’est-elle enthousiasmée après coup. Pour la première fois depuis 1 an, Elena Isinbaeva renoue avec une telle altitude.

    Consciente de la performance qu'elle vient d'accomplir, la double championne olympique exulte, crie à s'arracher les poumons, lève les bras tout en serrant les poings en direction de son clan et de son entraîneur Evgueny Trofimov, l'homme derrière toutes ses conquêtes. « Il m’a fait croire en moi. Il m’a répété de continuer, de ne pas abandonner que tout finirait par aller mieux. S’il n’avait pas été là, rien de tout cela ne se serait produit », a remercié la Russe. Première à s'élancer à cette hauteur, Isinbaeva assomme le concours féminin avec cette barre franchie au premier essai, mettant une formidable pression sur les épaules de ses adversaires.

    Surh et Silva craquent

    Jennifer Surh échoue à la 2e placeAuteure d'un concours presque parfait jusqu'à présent, Jennifer Suhr est la suivante à se présenter devant cette barre de 4,89 m. La championne olympique américaine a déjà abattu une difficulté similaire. Avec Isinbaeva, elle est la seule à avoir apprivoisé les 5 m. Aucun doute possible, elle va rejoindre son adversaire. Mais un concours mondial n'a rien d'ordinaire. Solide depuis le début de la soirée, elle manque son approche et son essai. Son second du jour qui la replace a hauteur de la recordwoman du monde qui a buté plus tôt à 5,65 m et 5,82 m. La pression est d'autant plus prégnante que le podium est assuré et que seul l'ordre des places restent a établir.

    Dans la foulée de l'Américaine, c'est la Cubaine Silva qui se présente. Rescapée, presque miraculée à 5,82 m où elle du attendre son troisième et dernière essai pour obtenir le droit de poursuivre sa finale, soufflant au passage le podium à l’Allemande Silke Spiegelburg, abonnée à cette maudite 4e place comme à Londres l’an passé ou à Berlin en 2009. Forte de son statut, la vice-championne olympique espère profiter de l'accroc américain pour s'emparer de la deuxième place et titiller la Tsarine. Mais les difficultés aperçues précédemment n'ont pas disparu 7 centimètres plus haut. Au contraire. Trop brouillonne, la Cubaine échoue également. Les deux jeunes femmes doivent en passer par un deuxième essai en forme d'unique chance pour continuer à rivaliser pour le titre mondial.

    Chacune à leur tour, Surh et Silva se heurtent a l'obstacle. Un frisson parcourt les travées garnies du stade Loujniki. L'idée duIsinbaeva en transe après son saut à 4,89 m sacre de la native de Volgograd affleure. Dans son concours, Isinbaeva n'a cure du tumulte qui agite l'assistance. Il lui faut conserver sa concentration, ne pas se disperser. Car une discipline comme la perche peut s'avérer surprenante. Meilleure performeuse de la saison, Suhr voit la barre emportée avec elle ses rêves de doublé. Pas à son meilleur niveau, elle doit se contenter de la médaille d'argent car peu après Silva voit sa finale s'achever sur un troisième et dernier échec, lui offrant, tout de même, le bronze.

    « Aujourd’hui, je volais »

    Acquis à la cause de la sienne, le peuple moscovite explose. Symbole de la tension extrême qui la tenaillait, Elena Isinbaeva laisse éclater sa joie.  Si tôt, ses adversaires vaincues, elle se lança dans une course frénétique vers son clan. « Aujourd’hui, je volais. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai eu l’impression de voler, pas de sauter. C’était un sentiment incroyable », explique celle qui vient de remporter son troisième titre mondial. Très vite, l’émotion la submerge. Ses yeux si froids, si bleus, rougeoient noyés dans les larmes. Cinq ans après Pékin, Isinbaeva renoue avec l’ivresse des sommets. « Je suis tellement, tellement heureuse d’être championne du monde, encore. La couronne est, de nouveau, mienne. Je suis une reine », s’amuse-t-elle quelques heures après.

    La reine de tout un peuple. Assurée de l’or, elle offrit de poursuivre le spectacle. En offrande aux siens, elle demanda 5,07 m, soit un centimètre de plus que son record du monde. Elle ne franchira pas la barre. Qu’importe, l’essentiel est ailleurs. Empoignant le drapeau national, Isinbaeva communie avec son public. Ce que certains avaient pris pour la chute d’une étoile à Berlin, n’aura été qu’une éclipse. A Moscou, les nuages ont passé et l’étoile Isinbaeva a regagné le ciel pour briller plus fort que jamais. Elena est redevenue Tsarine et son règne est éternel.

    Isinbaeva savoure sa victoire

    Christopher Buet


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  • Pierre-Ambroise Bosse

    championnats-du-monde-athletisme-2013

    A 21 ans, le coureur de 800 m dispute sa première finale en Championnats du monde. Pas impressionnée, il entend briller à Moscou en l’absence du boss, David Rudisha.

    Le souffle est court mais le regard joueur et la répartie assurée. Même après une demi-finale mondiale du 800 m, Pierre-Ambroise Bosse ne peut se départir de son éternel sourire et de son sens de l’humour. A 21 ans, le Nantais s’est qualifiée pour la finale de la discipline et ce pour sa première participation à un Championnat du monde. A Moscou, le gamin prend du plaisir et le partage. "Je me lance dans une sieste de 45 heures ! Je mets mon réveil à l'heure de la finale", écrit-il un peu plus tard sur sa page Facebook.

    Une occasion en or

    Bosse derrière AmanL’heure a sonné. Ce mardi soir, Pierre-Ambroise revient sur la piste moscovite, avec plein d’ambitions. Il faut dire que l’occasion est trop belle pour ne pas tenter d’en profiter. Champion du monde en titre, champion olympique l’an dernier et recordman du monde, David Rudisha a renoncé à s’aligner en Russie en raison d’une blessure à un genou. « Je ne vais vraiment pas me poser de question, y aller à l'instinct. Il n'y a pas Rudisha, donc ça n'ira pas en 1:40.9.  C’est très ouvert. La seule réalité, c’est que je n’ai jamais battu Aman. Il est solide, le petit ! Cette finale, c’est l’occasion de le faire. Il y a huit prétendants à la médaille et je ne veux pas y aller pour faire huitième », confirme Bosse.

    Attention à Aman

    Si le boss du double tour de piste est absent, la fenêtre de tir n’en demeure pas moins réduite pour le Français. Champion d’Europe espoir début juillet en Finlande, il ne possède que le 5e temps de référence de l’année. Surtout, il doit faire face à une concurrence féroce. En finale les huit engagés se tiennent en seulement 1’’58. Une densité qui pourrait déboucher sur une finale plus tactique qu’à l’accoutumée, Rudisha ayant fait du 800 m une épreuve presque de sprint. Une situation qui n’est pas pour déplaire au tricolore. « J’aime les courses tactiques où tu joues la médaille comme si tu jouais ta vie », déclare Bosse dans L’Equipe.

    Placé au couloir n°4, l’américain Duane Solomon possède le meilleur chrono de la saison. Pourtant, ce n’est pas le 4e des derniers Jeux olympiques qui focalise l’attention du champion de France 2012. C’est son bourreau de la demi-finale, Mohammed Aman. « J'ai tout donné mais ça n'a pas suffi pour gagner. Je voulais lui faire mal, mais il était plus relâché que moi », commentait-il après sa demi-finale. Il faut dire que l’Ethiopien n’est pas à prendre à la légère. A 19 ans, il est champion du monde en salle l’an passé à Istanbul, il s’est même payé le luxe de dominer Rudisha, comme à Zurich en fin d’été 2012. Crédité d’un meilleur temps à 1’42’’53, il est le favori de la course.

    « Il a ouvert la voie »Pierre-Ambroise Bosse au Championnat d'Europe 2012

    Malgré l’adversité, Bosse ne s’inquiète. Bien au contraire. « L’anxiété, je l’ai chassée, et je ne veux plus jamais la revoir », confiait-il récemment au quotidien La Voix du Nord. Le pensionnaire de l’INSEP, depuis 2010, sait que c’est avant tout dans la tête que cette finale va se jouer. « La solitude du coureur de fond, ça existe. T’es seul avec ta douleur, tout se passe dans ta tête. Il y a une solitude et il y a une folie », explique-t-il. Repoussé au couloir huit, ce qui lui a fait dire que les organisateurs le prenait « pour le lièvre », Pierre-Ambroise Bosse espère imiter Christophe Lemaitre, qui en 2011 pour ses premiers Mondiaux avait obtenu le bronze sur 200 m. « Il nous a montré que c’était possible si jeune, il a ouvert la voie », confie-t-il à L’Equipe Magazine fin juillet.

    Plus calme qu’à ses débuts, il se sent prêt. « Avant, j’avais le stress de souffrir: le 800 mètres est une épreuve terrible. Cette année, je n’ai plus peur. Au contraire, j’ai envie de me faire mal », note-t-il. Une sensation qui lui procure paradoxalement du plaisir. « On est un peu maso » s’amuse le Nantais. « Ce sont des impatients qui croquent dans l’athlétisme et ne se mettent aucune limite », abonde Bruno Gajer coach de Pierre-Ambroise Bosse, à l’évocation de son élève et des ses camarades de promo (Jimmy Vicaut, Kevin Mayer et Pascal Martinot-Lagarde). Dans la nuit moscovite, Pierre-Ambroise Bosse entend bien faire exister la France sur l’échiquier mondial du 800 m. L’heure des blagues est passéee. Le réveil a sonné pour Bosse.

    Christopher Buet


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  • Elena (1)

    championnats-du-monde-athletisme-2013

    Référence absolue de la perche féminine, Yelena Isinbayeva est en reconquête aux championnats du monde de Moscou. Chez elle, elle veut renouer avec un sacre qui l’a fuie depuis 2008.

    Finir en beauté. Retrouver la lumière, reprendre sa place parmi les étoiles dans l’enceinte du stade Loujniki. Un saut pour redevenir la plus grande, tout du moins le rappeler au monde. Après avoir abandonné les sommets qui régissaient son quotidien, Elena Isinbaeva revendique le titre qui lui revient de droit. Chez elle, pour les championnats du monde de Moscou, la Tsarine est en reconquête et entend bien récupérer sa couronne, son trône ainsi que sa cour.

    Recalée en gymnastique

    IsinbaevaC’est une vicissitude de la vie qui a mené, Elena Isinbaeva vers la perche et les sautoirs. Née à Volgograd, ex-Tsaritsyne (1589-1925) ça ne s’invente pas, l’athlète féminine de la dernière décennie ne destinait pas à l’athlétisme. Dès son plus jeune âge, elle rêve de gymnastique et s’entraîne dur pour parvenir au plus haut niveau. Mais ses espoirs s’évanouissent. Trop grande (1,74 m), on lui signifie que la gymnastique s’arrêtera là pour elle, à 15 ans. Déçue, elle se dirige alors vers la perche. Choix judicieux puisque dès l’année suivante, elle remporte sa première compétition mondiale chez les juniors.

    Moscou, là où tout a commencé

    Comme un symbole, c’est à Moscou que tout va s’arrêter pour Elena Isinbaeva. La capitale russe, celle qui a vu la naissance de la première grande championne de la perche féminine. Après avoir été écartée de la gymnastique, la jeune fille s’aligne dès l’année suivante aux Championnats du monde junior à la perche. Devant le public moscovite, elle franchi la barre des 4 m et s’offre le titre à seulement 16 ans. Le début d’une immense carrière qui s’achèvera dans la touffeur et la clameur de l’imposante enceinte olympique. « Ma carrière prendra fin aux Championnats du monde (…) C’est ici, au stade Loujniki que j’ai gagné mon premier titre et voici que ma carrière va prendre fin ici », a-t-elle expliqué juste après avoir glané le titre de championne de Russie fin juillet.

    Invaincue entre 2004 et 2008

    Si la carrière d’Isinbaeva prend racine dans le sautoir du Loujniki, sa légende s’est bâtie à partir de 2004. Encore espoir, elle Yelena Isinbaevaobtient le bronze pour son premier championnat du monde senior en 2003 à Paris. Ce goût amer de la défaite, elle ne le goûtera plus avant 2009. Royale en meeting (deux Golden League en 2007 et 2009), la Tsarine est impériale en grands championnats.

    A Athènes pour ses premiers Jeux olympiques, les deuxièmes de l’histoire de la perche féminine, elle rafle l’or, l’agrémentant du record du monde (4,91 m). L’année suivante, elle réédite la performance athénienne, avec son premier titre mondial et le record du monde (5,01 m). Vint ensuite l’or aux Mondiaux en salle de Moscou (2006) et Valence (2008), puis aux Championnats d’Europe de Goëtborg en 2006, aux Mondiaux en plein air d’Osaka en 2007. L’apothéose intervient un soir d’été dans la touffeur du stade olympique de Pékin, Elena Isinbaeva s’envole à 5,05 m, record du monde, record olympique et surtout deuxième titre olympique consécutif. En larmes, la Tsarine entre au panthéon de l’athlétisme mondial.

    Une machine à records

    Isinbaeva franchit 5,06 mPlus qu’une championne d’exception toujours capable de se sublimer à l’heure des grands rendez-vous, Isinbaeva est de la caste des géants. Comme Bubka l’a fait chez les hommes en son temps, elle abat les frontières et porte la perche féminine à des hauteurs inexplorées. En 2005, à seulement 23 ans, elle devient la première femme de l’histoire à franchir la barre des 5 m. Un autre monde. Au total, la sculpturale Russe va établir 28 records du monde (plein air et salle compris). Soucieuse d’impressionner et d’engranger de l’argent, elle améliore ses marques à la façon du légendaire ukrainien, soit centimètre par centimètre.

    Moins en vu depuis 2009, et son échec retentissant à Berlin (zéro barre franchie), elle établi son dernier record du monde en février 2012 lors d’un meeting en salle à Stockholm (5,01 m). En plein air, sa marque de 5,06 m, établie à Lausanne fin août 2009, tient toujours.

    Elle est sur le logo des Mondiaux

    Même au crépuscule de sa carrière, Elena suscite les plus grandes attentes dans son pays. Signe de son immense popularité, celle qui est depuis 2010, l’Ambassadrice des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) figure sur le logo des Championnats du Monde de Moscou. On voit ainsi une perchiste en plein saut, la coiffure trahissant la double championne olympique.

    ElenaUn bébé avant Rio?

    Selon certaines informations, Elena Isinbaeva souhaiterait effectuer un nouveau break, comme en 2010, afin de pouvoir devenir mère de famille. Le doute plane, toutefois, sur ses intentions à l’avenir car après sa décevante médaille de bronze à Londres, elle avait assuré vouloir reconquérir l’or à Rio en 2016. « Je concourrai aux championnats du monde à Moscou en 2013. Puis, je ferai une pause. Je ne sais pas de combien de temps, puis je reviendrai pour aller à Rio et reconquérir ma médaille d'or », avait détaillé Isinbaeva. Pas sûr donc que ce concours moscovite marque le clap de fin de la légende de la Tsarine. En attendant, cette dernière souhaite réussir ses adieux à son public.

    Christopher Buet


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  • Lavillenie

    championnats-du-monde-athletisme-2013

    Tendu durant tout le concours, Renaud Lavillenie a échoué, à 5,89 m, lors de la finale des Championnats du monde de Moscou. Il s'incline face à l'Allemand Raphaël Holzdeppe (5,89 mais moins de sauts manqués).

    Grand favori de la finale de la perche masculine, Renaud Lavilleniea été battu par l'Allemand Raphael Holzdeppe. Malgré un record à 6,02 m, le Français n'est pas parvenu à aller plus haut que 5,89 m lors de ces Championnats du monde de Moscou

    Renaud LavillenieEn bout de piste, Renaud Lavillenie demande l'appui du public moscovite. L'instant est crucial mais la réponse de l'assistance est faible. Qu'importe, le tricolore se concentre. Après une dernière inspiration, il s'élance avec sa perche vers cette barre, qui s'est déjà refusée à lui par deux fois. La course est assurée mais manque de fluidité quand Renaud décolle vers son destin. La suspension semble durer des heures mais ce concours n'est pas le sien. Trop court, il heurte la barre et voit s'effondrer avec elle ses rêves de sacre mondial. 

    Alors qu'il avait refusé de regarder le saut de son adversaire, l'Allemand Holzdeppe peut exulter. A 23 ans, il remporte son premier titre mondial, succédant au palmarès au Polonais Pawel Wojciechowski, sacré deux ans plus tôt à Daegu. Le podium est complété par un autre Allemand, le vétéran de 34 ans Björn Otto, vice-champion olympique. 

    Le patron, c'était lui

    Lavillenie au meeting de Londres (6,02 m)

    Pourtant, rien ne laissait prédestiner une telle issue pour le champion olympique de la discipline. Surfant sur son été doré à Londres, Renaud Lavillenie a écrasé toute la saison de sa domination.  

    A Göetborg pour les Championnats d'Europe indoor, il assomme même la concurrence en décrochant le titre et surtout en effaçant une barre à 6,01 m dès son premier essai. La saison se poursuit sur le même rythme avec des victoires à Eugene (5,95 m), Gateshead (5,77 m), Paris (5,92 m) ou Charléty pour les Championnats de France (5,95 m).  

    Le 27 juillet dernier, il monte à 6,02 m (son record) à l'occasion du meeting de Londres. Seuls accros dans cette saison post-olympique marquée par sa rupture avec son coach depuis 2008, Damien Inocencio, une défaite à Lausanne où le vent le fait échouer par trois fois à 5,62 m et une autre à Rome, battu à la régulière par...Holzdeppe (5,86 contre 5,91). C'est donc plein de confiance et d'assurance qu'il se présentait à Moscou pour glaner le seul titre qui manquait à son palmarès. 

    Valentin ne franchi aucune barre

    Valentin Lavillenie en pleursL'entrée en lice du natif de Barbezieux-Saint-Hilaire dans le Poitou-Charentes en qualification laissait présager le meilleur. Décontracté, il passe à son premier essai. En finale, sûr de sa force, il démarre le concours à 5,65 m quand les premiers s'échinaient déjà depuis 5,50. Une entrée tardive qui lui a permis de voir son frère Valentin se décomposer pour sa première en finale mondiale. Auteur d'un saut à 5,65 en plein air cette saison, le cadet (22 ans) n'est pas parvenu à franchir le premier obstacle, échouant à trois reprises. La belle aventure se finissait déjà. Cette élimination précoce pourra être vu comme annonciatrice de ce qui allait suivre.  

    "Je n'arrivais pas à trouver mon saut"

    Car Renaud n'a pas l'air au mieux quand il se présente face au sautoir. Plus emprunté qu'à l'accoutumée, il bafouille son premier essai à 5,65 m avant de finalement remettre les choses dans l'ordre dès le suivant. Sans prêter attention à cet accroc, il fait l'impasse à 5,75 m. A 5,82 m, le même scénario que précédemment se répète. Premier essai cafouillé et deuxième parfaitement exécuté. Renaud n'est pas brillant mais il est là en compagnie des quatre derniers rescapés: trois Allemands (Otto, Morh et Holzdeppe) et le champion du monde 2007, l'Américain Brad Walker

    Premier à s'élancer à 5,89 m, Malte Mohr échoue. Derrière, le tout jeune Holzdeppe (23 ans) s'enroule autour de la barre et la Raphael Holzdeppefranchit dès son premier essai, mettant de fait la pression sur ses adversaires. Juste derrière, Lavillenie tremble un peu et ne parvient pas à imiter le leader du concours. Otto et Walker ne font pas mieux. Holzdeppe peut se reposer, les autres vont devoir cravacher. Dans un beau mimétisme, Walker, Mohr et Otto échouent à nouveau face à 5,89 m. Un sort que le tricolore va partager avec eux. Très au-dessus, il manque de vitesse en transition et retombe sur la barre. La tension monte alors qu'il ne lui reste plus qu'un essai. Si Mohr termine son concours avec un troisième échec, le meilleur performeur mondial de l'année refuse de s'avouer vaincu. Se remobilisant, il s'envole et rejoint Holzdeppe. De rage, il serre le poing et se tourne vers son coach. "Je me suis battu pour l'avoir. Je n'arrivais jamais à trouver mon saut", explique Lavillenie. Sous pression, Walker rate une troisième fois, tout comme Otto qui, aux nombres d'essais, s'offre le bronze. 

    Pérec attendra

    La déception des frères LavillenieBien qu'assuré de remporter l'argent, le Français veut plus. Ici, à Moscou, c'est l'or qu'il est venu chercher. Le mano à mano avec Holzdeppe s'amorce. Face à eux une barre placée à 5,96 m, une hauteur que l'Allemand n'a jamais franchie, son record étant de 5,91 m réalisé cette saison à Rome. A son premier essai, le médaillé de bronze olympique refuse la barre et échoue, son premier échec de la soirée. L'occasion pour Lavillenie de reprendre les commandes. Raté. Le même scénario se produit sur la deuxième tentative des deux hommes. Dos au mur, le Français ne parvenait pas à rééditer l'exploit de l'an passé à Londres où, à son dernier essai, il avait franchi 5,97 m. "Je n'étais pas à mon niveau" s'excuse-t-il après le concours tout en félicitant son adversaire. 

    Champion olympique et d'Europe en titre, Lavillenie laisse filer l'or et ne rejoindra pas Marie-José Pérecau panthéon des athlètes français ayant conquis les titres européen, mondial et olympique. Pour cela, il lui faudra attendre deux ans et les Mondiaux de Beijing en 2015. A Moscou, le ciel est tombé sur Lavillenie comme la nuit sur la capitale. Le retour sur terre est douloureux pour le roi de l'Olympe.


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