• US Open : Gasquet franchit la montagne

    Richard Gasquet triomphe de Raonic et file en quart de finale

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    Après 15 échecs en 16 tentatives, Richard Gasquet s’invite à nouveau à la table des quarts de finale en Grand Chelem. A l’US Open, le n°1 français a terrassé l’immense canadien Milos Raonic (6-7 7-6 2-6 7-6 7-5 en 4h40).

    La joie est teintée de soulagement. Un soulagement viscéral et sincère, celui d’un joueur qui a enfin rompu ce lien maudit qui le liait, le condamnait à ce huitième de finale, refusant de le laisser s’aventurer par delà. Dans la moiteur de la nuit new-yorkaise et devant un public en transe, Richard Gasquet s’est débarrassé de cette encombrante liaison au bout de 4h40 d’un combat intense. En guerrier, le Biterrois est venu à bout de Milos Raonic et son monumental service. Plus qu’un cap, c’est une véritable montagne que Richard Gasquet a franchi à Flushing Meadows.

    Le court du destin

    Gasquet grimace

    A l’heure d’affronter Milos Raonic en huitième de finale de l’US Open, Richard Gasquet savait qu’il se trouvait face à une barrière : celle de sa capacité à franchir ce stade de la compétition. En effet, depuis que le tricolore joue sur le circuit professionnel il n’avait atteint les quarts de finale en Majeur qu’une fois en seize tentatives. Un blocage que beaucoup jugeaient insurmontable par le Biterrois. Pourtant à l’heure d’affronter Milos Raonic, ce dernier y croyait dur comme faire. Fallait-il dès lors y voir un symbole quand les deux hommes se présentaient sur ce court n°17, comme le 17ème huitième de finale de la carrière de Gasquet ? La première manche n’incitait pas à ce postulat. Si le n°1 français rentrait bien dans cette partie, il se heurtait rapidement au service de son adversaire qui après un petit réglage préalable, enchaînait les coups de boutoir. Gasquet avait beau se démener, la montagne de Podgorica (1,96m / 90 kg) était de nature inhospitalière.

    Après un échange de bons procédés (chacun offre son service à l’adversaire), c’est au tie-break que se décidait le sort de ce premier acte. Plus prompt, Raonic se mettait en évidence et se détachait d’emblée. Menant 5-1, le Canadien d’origine monténégrine finissait de concasser son adversaire avec ce redoutable enchaînement service-décalage coup droit long de ligne. Loin de démériter, Gasquet était contraint de plier. Passablement énervé par cette issue défavorable, ce dernier explosait et jetait de rage ses chaussettes sur le court. « J'étais trempé de sueur, je ne pouvais même plus courir tellement j'avais les chaussettes trempées : j'ai même changé les chaussures avant le tie-break... Je n'ai pas eu une réaction très classe (…) L'arbitre m'a dit ''ce ne sont pas les ramasseurs qui vont aller les chercher alors à toi de le faire'' », raconte le 9e mondial.

    Réactions et conséquences

    Ce geste d’énervement avait le mérite de prouver la détermination du Biterrois qui loin de se laisser abattre par la perte de 

    Milos Raonic

    cette manche, repartait à l’assaut. Si Raonic laissait parler son bras au service, Gasquet se battait pour donner le change à son opposant. La lutte acharnée entre les deux hommes se poursuivait jusqu’à déboucher sur un nouveau tie-break. Mais contrairement à celui du premier set, Gasquet l’entamait par le bon bout. Mieux, c’est lui qui finissait par faire la décision. Profitant de erreurs canadiennes, le tricolore s’engouffrait dans la brèche et chapardait la manche sur le même score qu’il avait concédé la précédente (7-4). Après un peu moins de 2h de jeu, les compteurs étaient remis à égalité (6-7 7-6).

    Mais cette débauche d’énergie allait coûter cher à l’ancien 7e mondial. Touché physiquement et incapable de renvoyer les obus de Raonic (38 aces au total), Gasquet fléchissait et abandonnait par deux fois son engagement sans parvenir à se saisir de celui du Canadien. Face à la baisse de régime tricolore, le 11ème mondial reprenait les commandes du match (6-2). L’affaire semble entendue, Gasquet n’est plus qu’une ombre sur le court n°17 qui baigne déjà dans l’obscurité la plus totale. La quatrième manche ne peut décemment échappé au finaliste du dernier Masters 1000 de Montréal. C’était sans compter sur la pugnacité de l’élève de Riccardo Piatti. Car Richard Gasquet a troqué les habits du « petit Mozart » pour les oripeaux de « Rambo ». Avec abnégation et talent, il refit surface et réengagea ce combat que Raonic croyait avoir remporté dès l’entame du 4ème acte quand il s’empara du service du Français.

    « C’a penché de mon côté »

    richard-gasquet

    Refusant d’abdiquer, Gasquet en remettait une couche et chahutait ce Canadien, remarquable rampe de lancement au service, mais au tennis encore trop limité pour tenir l’échange dès lors qu’il s’engage. Agressant son adversaire et variant le jeu avec intelligence, le n°1 français revenait dans la partie et s’offrait un nouveau jeu décisif, le troisième du match. C’est à ce moment là que le match prit une autre dimension. D’une bonne qualité, ce huitième de finale basculait dans la folie. Se rendant coup pour coup, Gasquet et Raonic se disputèrent ce tie-break avec une intensité remarquable. Premier à faire la différence, le premier s’offrait une première balle de set, puis une seconde, sans parvenir à les convertir. Sa chance était passée ? On put le croire lorsque le protégé d’Ivan Ljubicic se procura une balle de match à 7-8 mais d’une attaque croisée de revers Gasquet l’écartait. S’il ne réussissait à conclure la manche sur sa troisième balle de set, ce dernier s’exécutait sur la suivante, grâce à une énième faute en coup droit de son adversaire (70 fautes directes au total, ndlr). Ravi le public américain exultait, il y aurait un ultime acte à cette grande bataille.

    Surfant sur le gain du 4ème set, le tricolore attaquait de front le roc canadien qu’il dépossédait de sa mise en jeu. Un soulagement de courte durée puisque le Biterrois se montrait incapable de tenir son engagement dans la foulée.

    La rage de Richard Gasquet

    « J'ai vraiment pensé à Roland-Garros au 5e set car c'était un peu similaire, un gros combat très dur physiquement. Je me disais ''pas deux fois de suite'', ça serait quand même terrible. Cette fois ça a penché de mon côté. Je me suis vraiment battu jusqu'au bout », explique Gasquet en référence à cette rencontre face à Stanislas Wawrinka perdue après 4h18 de jeu et avoir mené 2 manches à rien. Poussé par l’ambiance électrique et les « Richard » suintant des tribunes, le Français trouvait les ressources pour s’emparer, à nouveau, du service adverse à 5-5. Sans trembler, il terminait le travail sur son engagement. Avec autorité et après 4h40 d’un combat harassant, Gasquet pouvait serrer les poings. Six ans, le Biterrois allait regoûter aux délices d’un quart de finale en Grand Chelem. « Je suis très heureux même si je suis aussi très fatigué. C'est une grande victoire, similaire à celle contre Roddick à Wimbledon en 2007 », apprécie celui qui avait alors rallié les demi-finales à Londres.

    Après quinze échecs, 11 de rang, Richard Gasquet a franchi la montagne. L’aventure ne s’arrête, toutefois, pas là. Si ce col a été effacé voilà qu’un nouveau, plus abrupt encore, se présente. Pour s’inviter au festin du dernier carré, il faudra en passer par l’interminable ascension du pic Ferrer. En chef de cordée avisé, Richard Gasquet sait ce qu’il l’attend. « Il fait très peu de fautes, il court partout, tape fort dans la balle. J'ai perdu en trois sets ici l'an dernier même si ça avait été un combat. Il faudra bien commencer et faire un gros match. Je vais essayer de gagner », note-t-il. De quoi se laisser gagner par l’ivresse des sommets ?

    Christopher Buet


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