• Trois seigneurs et leur court

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    Dimanche démarre l’édition 2012 de Roland Garros. Si Rafael Nadal se présente Porte d’Auteil pour glaner un septième titre sur l’ocre parisienne (ce qui serait un nouveau record), Novak Djokovic rêve lui de Grand Chelem, tandis que Roger Federer entend bien renouer avec une altitude plus fréquentée depuis l’Open d’Australie 2010. A moins qu’un Del Potro ou un Berdych ne viennent troubler l’ordre établi…

    Le thriller de l’année. Cela pourrait être le titre de ce Roland Garros 2012, celui de toutes les convoitises. Un tournoi Majeur qui justifie amplement son titre. En effet, cette année, tout est réuni pour une édition exceptionnelle. Si le casting est à nouveau parfait, le suspense s’est invité Porte d’Auteil. Un suspense né autour des différents objectifs des protagonistes.

    Depuis un an le paysage du tennis a bien changé. En cette année 2012, Novak Djokovic n’est plus le monarque omnipotent qui écrase tout sur son passage avec une facilité déconcertante et cette suffisance presque hautaine. Même s’il a gagné l’Open d’Australie en janvier dernier au prix d’une homérique et déjà légendaire finale qui aura tenu en haleine pendant près de 6 heures un public ébahit par les prodiges de Djokovic et Nadal, le Serbe apparaît moins fringant qu’à pareil époque l’an passé. Il faut dire qu’avant d’arriver à Paris, ce dernier était toujours invaincu. Cette année, point de domination mais une longue lutte contre sa propre lassitude et une assistance remontée. Cependant Djokovic est de cette race des champions qui se réveillent quand arrivent les instants qui comptent. Le numéro 1 mondial n’a eu de cesse de le clamer depuis son triomphe australien, que seul Roland Garros lui importe, le reste n’étant qu’accessoires et apparats. Pour autant son parcours ne plaide pas en sa faveur. En effet, il n’a pas remporté le moindre tournoi sur terre battue cette saison, prenant l’eau sur la terre battue bleue de Madrid et échouant deux fois en finales des Masters 1000 de Monte-Carlo et Rome, balayé par le maitre (retrouvé) de l’ocre Rafael Nadal. Malgré ces petits accrocs, Novak Djokovic entend bien montrer Porte d’Auteil qu’il est l’unique patron du circuit et réalisé ce que nul n’est parvenu à faire depuis Rod Laver : le Grand Chelem.

    La voie royale

    Mais pour réussir cet exploit, le numéro 1 mondial aura un obstacle de choix sur sa route en la personne de Rafael Nadal. C’est peu dire que l’Espagnol a retrouvé de sa superbe sur cette surface qui l’a fait roi. Certains diront que le natif de Manacor n’a jamais perdu ses habits ocre et lumineux pourtant les faits les auront bien entachés. En 2011, Nadal est contesté comme jamais sur terre battue. Bousculé presque acculé face à la réussite, la précision et à la profondeur hallucinante de Djokovic. Aussi, s’il parvient à conserver les clefs du tournoi de Monte-Carlo que le Serbe dédaigne, il est châtié à Rome mais aussi surtout à Madrid, chez lui, devant son public, les deux fois en deux sets secs, net et sans bavure. Les observateurs se mettaient à douter et à croire à l’impensable, voir Nadal tomber sur la terre française, là où seul Soderling et des genoux chancelants l’avaient contraint à l’amère saveur de la défaite. Rien de tel toutefois. Bien que chahuté par John Isner en première semaine, le Majorquin réalisa un tournoi magnifique pour remporter son sixième Roland Garros et égaler le record de Bjorn Borg. Son salut survint en demi-finale, alors qu’il essorait un Murray malheureux, il voyait Roger Federer éteindre la flamme serbe dans un match qui fera date dans l’histoire du tennis. Bien que ressuscité, le Suisse ne prit qu’un set en finale laissant l’histoire à l’Espagnol. Cette saison, Rafa a de nouveau fait évoluer son jeu. Fini la soumission loin de sa ligne. S’il ne s’est pas mis à l’attaque non plus, il a raccourci sa préparation dans l’échange pour mettre plus de vitesse et de puissance dans ces coups. Résultats, il a survolé les tournois de Monte-Carlo et de Rome, écrasant le tourmenteur de 2011, Novak Djokovic. C’est donc dans la peau du favori (encore) que Rafael Nadal se présente à Roland Garros où il jouira d’un tableau plus que confortable avec pour seuls écueils les frêles Murray et Ferrer. Une voie que l’on imagine royale pour porter son total à 7 Coupes des Mousquetaires.

    Le trouble fête Suisse

    Nadal et Djokovic sont donc engagés sur une route les amenant à l’histoire. Il en est un autre qui les suit à sa manière. Détenteur de 16 tournois du Grand Chelem, Roger Federer n’est pas à oublier dans ce concert historique. Aphone en Majeur depuis l’Open d’Australie 2010, l’orfèvre helvétique a remis les pendules à l’heure depuis maintenant plus de 9 mois. En effet, en septembre 2011, il perdait une demi-finale de l’US Open qu’il tenait au creux de sa main face à l’impudent Novak Djokovic. Depuis cet outrage, l’ancien numéro 1 mondial a enfilé ses habits de lumière et remis son jeu ainsi que ses stats sur les rails du somptueux. Depuis cette date, Roger Federer n’a connu que deux fois la défaite, toujours face à ce même Serbe, à Melbourne et à Rome, deux fois en demi-finale. En outre, le Suisse a régné en despote implacable sur la fin de saison 2011, remportant Bâle, Bercy ou encore le Masters de Londres. En ce début d’année 2012, il a certes échoué à l’Open d’Australie mais il fait figure de patron d’un circuit qui craint de nouveau sa foudre. Seul membre du top 4 à avoir su s’adapter à la traitresse terre bleue de Madrid, il arrive à Paris emplie de certitude sur son jeu et sa condition physique. Prêt comme jamais, Roger Federer aura à cœur d’embrasser à nouveau cette terre et de confirmer cette impression : en 2012, le patron c’est Federer.

    Et si…

    La tâche ne s’annonce pas si facile pour les trois hommes pourtant. Il faut dire que le plateau est particulièrement relevé cette année encore, à commencer par Tomas Berdych. Enfant prodige, le Tchèque promène son allure glaciale sur le circuit avec un calme et une régularité nouvelle. Surpuissant, le 7ème joueur mondial a impressionné à Madrid (défaite en finale face à Federer). Placé dans le quart de tableau de Federer, il sera un outsider sérieux à Paris. Et le sort a été cruel avec les outsiders puisque l’autre grand épouvantail du tableau, Juan Martin Del Potro devrait croiser la route du Tchèque dès les huitièmes de finale. Presque une hérésie pour les amoureux du tennis tant la « Tour de Tanduil » semblait avoir les armes pour titiller les ténors. Le lauréat de ce choc annoncé retrouvera un certain Suisse en quart de finale (si la logique est respectée). David Ferrer devrait lui aussi avoir son petit mot à dire dans ce Roland Garros où la voie lui semble dégagée pour retrouver Andy Murray en quart de finale dont le vainqueur aura le droit de d’affronter le seigneur des lieux Nadal. L’écossais parlons-en. C’est un peu l’inconnu de ce tournoi. Absent ou presque de la saison sur terre, l’Ecossais arrive sans repère Porte d’Auteil. Blessé à Madrid, il a préféré l’entrainement parisien à la compétition romaine.

    Coté français, difficile d’y voir clair également. Entre un Monfils blessé et forfait et un Tsonga dont on ignore encore le potentiel terrien, c’est le flou artistique. On espère tout de même un éclair de génie de Richard Gasquet, qui a dans la raquette une magie insoupçonnée. Gilles Simon pourrait lui aussi se mettre en évidence, tandis que Julien Benneteau, enfin remis de sa fracture du coude, se verrait bien faire un beau parcours avec un quart de tableau très abordable où seul Almagro semble poser problème et de fait gagner des points dans la course à la sélection olympique.

    C’est donc un tournoi plein de suspense et d’enjeux divers et variés qui s’ouvrira demain sous le soleil de Paris. Pendant une quinzaine folle et passionnante, la planète tennis aura les yeux rivés sur la terre ocre de la capitale.

    Christopher Buet


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