• Tour de France: L'Alpe d'Huez pour la légende

    L'Alpe d'Huez (lac de Sautet)

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    Attendue par tous les observateurs, cette 18e étape du Tour de France promet un spectacle éblouissant avec une double ascension inédite de l’Alpe d’Huez. Avis de légende.

    Lacets_AlpedHuezCes 21 lacets serpentant le long d’une paroi abrupte hantent les esprits de tous les cyclistes du monde entier. La peur, l’excitation, l’exaltation, l’histoire, la ferveur s’entrechoquent le long des 13,8 kilomètres que dure cette ascension. Plus qu’un col, l’Alpe d’Huez est une friandise amère qu’il est difficile à digérer mais dont on aime se délecter. Plaisir coupable et sadique du spectateur, masochisme assumé des coureurs, cette montée est une vitrine. Pour la 28e fois de l’histoire, le Tour de France va emprunter la route menant vers le village d’Huez à quelques 1426m d’altitude.

    Mais cette étape du Tour de France ne va se contenter d’y monter pour qu’on y juge une arrivée banale comme en 2011 quand Pierre Rolland s’était révélé aux yeux du pays en y dominant Alberto Contador et consort. Pour sa centième édition, la Grande Boucle a voulu donner dans l’exceptionnel, dans le spectaculaire. Pour la première fois, les coureurs ne grimperont pas à une mais à deux reprises la plus célèbre des ascensions alpestres, le tout au cours des 70 derniers kilomètres.

    Mise en jambe musclée

    Avant d’atteindre les fameux 21 virages où la foule sera massée comme à chaque fois que s’y aventure les coureurs du Tour, le peloton aura fort à faire. Au lendemain de l’escarpé contre-la-montre sur les hauteurs du lac de Serre-Ponçon où Christopher Froome a, de nouveau, fait étalage de sa supériorité, c’est de Gap que la course partira pour une sorte de remake inversé de la 15e étape. Dès la sortie de la cité des Hautes-Alpes, les coureurs retrouveront une vieille connaissance avec le redoutable col de Manse. C’est sur ses pentes que Rui Costa avait dessiné sa victoire et surtout que Joaquim Rodriguez et Alberto Contador avait tenté de déstabilisé le maillot jaune, en dynamitant la course à coup d’accélérations aussi brèves que violentes.

    Après ce départ pour le moins costaud qui devrait permettre au plus téméraires de se projeter à l’avant, une longue vallée est proposée à l’ensemble des acteurs. Une cinquantaine de kilomètres d’une route clémente où chacun pourra peaufiner sa tactique et échafauder son plan d’action.

    Envolée fantastique?Andy Schleck au sommet du Galibier en 2011

    Le calme avant la tempête car la seconde moitié du tracé ne promet aucun répit. Deuxième difficulté du jour, le col d’Ormon (2e cat.) marque le point de bascule et le début des réjouissances ou des ennuis, à chacun son qualificatif. Ces 5 kilomètres à 6,7% de moyenne constituent la parfaite rampe de lancement pour une envolée fantastique, un pari fou sur les traces des géants d’antan, de ces grimpeurs follement valeureux avalant les cimes avec une avidité et un plaisir oubliés. Ce terrain de jeu en surplomb de la vallée de l’Oisans, nombreux devraient être ceux qui s’en serviront, à l’image d’un Andy Schleck, très à son avantage hier dans ce qu’il a qualifié comme « l’un de ses meilleurs chronos » et qui avouait en avoir « des idées » derrière la tête avant le départ du Tour en faisant référence aux Alpes. Personne n’a oublié, le panache du Luxembourgeois parti à 60 km de l’arrivée dans le Col de l’Izoard en 2011. A moins qu’il n’attende de passer Ormons et la descente vers Bourg d’Oisans mène au pied de l’Alpe d’Huez, pour se faire la belle dès que la route d’élève, à nouveau.

    Il sera très intéressant d’observer le comportement de chacun à cet instant. La logique voudrait un marquage des favoris avant l’explication finale lors de l’ascension vers l’arrivée mais cette centième édition tient plus de l’imprévisible. Face à un Christopher Froome impérial mais dont l’équipe Sky ne présente aucune garantie, les adversaires du Britannique pourraient à nouveau, faire exploser la course prématurément. Avec ses jambes de feu, Joaquim Rodriguez a tout du trouble-paix. Meilleur grimpeur de la Vuelta 2012, Purito ne devrait pas hésiter à allumer la première mèche. Il n’est pas exclu non plus que Nairo Quintana ne demande à ses coéquipiers de durcissent le train pour le mettre sur orbite. « L’Alpe d’Huez, c’est un défi personnel. Je pense que cette étape va être décisive », explique le Colombien. L’aiglon de Boyaca, seul favori à même de tenir en respect Froome en montagne, a un coup à jouer.

    La descente de tous les dangers

    Descente de SarenneSi la tentation est grande de tenter un coup de loin, la hardiesse des coureurs pourraient être refroidies par la perspective de la descente de Sarenne. Seul chemin pour retourner dans la vallée de l’Oisans, elle cristallise les peurs. « La première ascension de l'Alpe d'Huez est criminelle », s’emporte Tony Martin pourtant pas le plus maladroit quand il s’agit de choisir une trajectoire. Le champion du monde du contre-la-montre, vainqueur au Mont-Saint-Michel, n’est pas le seul à s’insurger contre cette descente. « Tu peux faire des descentes quand même acceptables. Là, ça ne l'est pas.», craint Andy Schleck.

    Empruntée pour la première lors du dernier Dauphiné, cette descente se veut particulièrement étroite et sinueuse. Dépourvue de parapets, il interdit toute erreur. « Si tu as une crevaison avant un virage où si tu sors de la route avec un peloton qui roule à bloc, tu ne tombes pas dans l'herbe. C'est une chute de 150, 300 mètres », ajoute le leader de la RadioShack-Leopard. « La descente fait aussi peur que la montée. Ce sera dangereux surtout pour les gros leaders qui vont se faire la guerre en tête. Il faudra être vigilant », confirme Sébastien Minard (AG2R La Mondiale). Personne n’a oublié la descente du col de Manse où lancé come une balle, Alberto Contador avait manqué de chuter et obligé Froome à mettre pied à terre. L’Espagnol pourrait remettre ça dans celle de Sarenne d’autant que le maillot jaune n’aime pas ce chemin. « Elle est bosselée et sans barrières. J’espère que les coureurs ne prendront pas de risques inconsidérés », a-t-il déclaré. Sûr que Contador n’a pas manqué de prendre l’information.L'Alpe d'Huez

    Sarenne derrière, il sera temps de penser à l’Alpe d’Huez. Sur les traces de Fausto Coppi, premier homme à avoir atteint le sommet de ce col en 1952 et du défunt Marco Pantani, toujours recordman de l’ascension en 37’35’’, ce qui restera des favoris devra fendre de second la foule hystérique et surnaturelle juchée tout le long de ces 13,8 kilomètres interminables à 8,1% de moyenne. Après le Ventoux, le Tour de France a rendez-vous avec la légende, une légende qui pourrait se faire plus épique encore si jamais la météo s’en mêlait. Dès 14 heure, des orages violents mais aussi de la grêle en altitude, accompagnés de vent, sont attendus jusqu’à l’arrivée.

    Christopher Buet


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