• Terre de concasseurs

    En cette quatrième journée de Roland Garros, Edouard Roger Vasselin et Mickael Llodra n’ont rien pu faire face à la puissance et l’intensité de Juan Martin Del Potro et Tomas Berdych. Bien malgré eux, ils ont pris part au bal des concasseurs.

    Comme un symbole, Tomas Berdych conclut le match à la volée, terrain de jeu préféré de Mickaël Llodra, son adversaire. Un symbole de la supériorité écrasante du tchèque face au volleyeur fou du tennis français, l’un des derniers adorateurs du carré de service et de la petite bande blanche.

    C’est peu dire que d’affronter la tête de série numéro 7 n’était pas une mince affaire pour le Parisien. Pourtant devant son public et sa famille, il avait le désir de bien faire, de vendre chèrement sa peau et qui sait suivre les traces laissées par Virginie Razzano, brillante tombeuse de Serena Williams sur le court Central Philippe Chatrier. Mais Tomas Berdych est un obstacle quasi infranchissable en cette année 2012 et Llodra allait vite s’en rendre compte.

    Relégué sur le court n°1 malgré le statut de son adversaire (peut-être dû au manque de sympathie de ce dernier), Llodra comprit d’emblée que son adversaire ne laisserait rien passer aujourd’hui. Jouant de cette puissance caractéristique à son jeu, le finaliste du récent tournoi de Madrid faisait valoir son rang et empochait la première manche 6-2. Net et sans bavure, Berdych imposait sa loi. Le second set allait être une copie conforme du premier. Malgré un service en panne (43% de première balle durant le second set), le septième joueur mondial se montrait plus réaliste convertissant les deux balles de breaks qu’il obtint pour conclure le set sur le score de 6-3. Pas gêné par le service-volée du tricolore, il déroulait son tennis sans fioriture mais sans éclat non plus avec une froide facilité et une impression de puissance et de maitrise considérable. Entreprenant mais peu en verve, Llodra tentait sa chance mais ne parvenait à déstabiliser un adversaire qui n’aura jamais concédé la moindre balle de break sur son engagement. Le verdict tombait après 1h40 de match, 6-3. Sans être impérial, Berdych a malaxé un Mickael Llodra réaliste après coup. « Il a dominé de la tête et des épaules. Il a été très impressionnant en retour et du coup, je n’ai pas pu faire beaucoup de services-volée. » a commenté le Parisien.

    Roger-Vasselin fait trembler la « Tour de Tanduil »

    Un peu plus tôt dans la journée, un autre Français faisait face à l’un de ces joueurs certifié « broyeur ». En effet, Edouard Roger-Vasselin avait hérité du cadeau argentin Juan Martin Del Potro comme adversaire pour le second tour. Pas de quoi impressionner le tricolore qui avait prévenu avant ce match qu’il « jouerait complètement libérer » et qu’il serait « prêt à tout donner » face au lauréat de l’US Open 2009. C’est donc sans complexe qu’il démarrait son match face à l’Argentin.

    Vif sur ses jambes, inspiré avec une petite sélection d’amorties meurtrières déposées derrière le filet, le Français dictait le rythme et imposait son jeu à son adversaire. Et surprise les spectateurs du court n°2 saluaient le gain de la première manche par Roger-Vasselin (7-6). On se prenait à croire à un nouvel exploit sur ce court mythique appelé « cimetière des éléphants » en référence aux grands joueurs y ayant perdu, d’autant que Juan Martin Del Potro semblait claudiquant avec ce genou savamment bandé. Mais sur ce court presque intimiste où le public se trouve au plus près du court, à l’image de ces stades de football anglais d’un autre temps, la « Tour de Tanduil » n’allait faire que trembler. Une secousse qui allait durer jusqu’à 4-3 quand le 82ème joueur mondial prit le service de son adversaire. La perte de son service sembla réveiller le joueur au visage blême. Comme touché dans son orgueil, Del Potro se remit en marche et lâcha davantage ses coups, appuyant ses frappes et y apportant plus de poids. Dans la foulée de la perte de son engagement, il recollait avec autorité pour ne plus perdre le cours. Commença un long travail de sape où la lourdeur des frappes argentines ébranla l’enthousiasme bleu. Au terme d’un tie-break mené de main de maitre, Del Potro égalisait à une manche partout (7-6). Edouard Roger-Vasselin aurait pu craquer mais il n’en fut rien. Vaillant il s’accrochait aux basques de la tête de série n°9 laissant planer la menace. Sans succès, Del Potro avait remis de l’ordre dans son jeu et lui faisait faire l’essuie-glace. Il décrochait ainsi les deux manches suivantes sur le même score de 6-4. Après 3h39 de jeu, Roger-Vasselin déposait les armes, essoré par un adversaire plus fort et plus puissant que lui. L’honneur était sauf mais la victoire lointaine.

    Au pays des « concasseurs », la terre battue n’est pas une surface bénite mais demeure une aire de jeu plaisante. Au prochain tour, Juan Martin Del Potro trouvera un joueur à qui donner la réplique en la personne de Marin Cilic, le Croate n’ayant pas sa raquette dans sa poche. Tomas Berdych ne retrouvera, lui, aussi pas un tendre avec le Sud-africain Kevin Anderson. Finale de ce huitième de tableau certifié « bombardiers » entre le vainqueur de ces deux rencontres. Il fait bon vivre sur la terre des cogneurs.

    Christopher Buet


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :