• Le Prince fait échec au Roi

    Andy Murray

    Open d'Australie logo

    Au terme d'un match extraordinaire, Andy Murray a finalement dominé Roger Federer. L'Ecossais aura eu besoin de près de 4h15 de jeu pour venir à bout du Suisse. Dans la touffeur australienne, le spectacle aura été grandiose.

    Cela ressemble à s'y méprendre à une passation de pouvoir ou tout du moins à une forme d'adoubement. Certes, il y avait eu cet épisode londonien dans ce qui est et restera à jamais le temple du tennis mondial, cette victoire au cœur de l’été dans la fureur grandiloquente mais aveuglante des Jeux Olympiques, cette médaille d’or arrachée de haute volée. Mais voilà, il s’agissait des Jeux Olympiques et le monde allait surtout se souvenir de ces larmes. Des larmes qu’Andy Murray n’avait pu réprimer à l’aune de juillet. Sous le toit du Centre Court, l’Ecossais avait tout tenté mais privé d’air pur, il avait été asphyxié par un Roger Federer, jamais aussi à son aise que sous verre, enfermé dans une étuve vibrante où ses partitions et ses notes de musique tennistique résonnent avec une virtuosité et une clarté rare. Ce jour-là, Andy Murray avait ému tout un pays, tout un Royaume et tout un peuple qui s’était découvert un nouveau prince de cœur, un fils bien de chez lui, à-même de pouvoir coiffer un jour la couronne abandonnée, presque perdue, de Fred Perry. Son plateau en argent dans les mains, Andy Murray s’est alors juré de ne plus le ramener à la maison pour en faire un énième plateau où transporté ses théières et de sécher ses yeux rougis par la cruauté délicieuse de Roi de Bâle.

    Parcours immaculés

    Roger Federer entraînement

    Placé dans la partie basse de tableau, Andy Murray a su se frayer un chemin jusqu’en demi-finale. Débarrassé du gêneur argentin Juan Martin Del Potro, abattu par l’impétueux bombardier Jérémy Chardy, il a littéralement déroulé, ne laissant que les miettes à ses adversaires. Sûr de sa nouvelle force, le Prince britannique était prêt pour une nouvelle empoignade royale avec son glorieux aîné. Car de son côté Roger Federer ne s’est pas montré beaucoup plus clément avec ses challengers. Affuté comme à ses plus belles heures, le trentenaire (31 ans) a lévité durant 4 tours, étiolant comme il se doit des joueurs de la trempe d’un Davydenko (ancien n°3 mondial), d’un Tomic (grand espoir du tennis australien et dont le talent est indéniable à 20 ans, son successeur ?), d’un Raonic (cogneur venu du Grand Nord canadien, menace reconnue). En quart de finale, sa Majesté a vacillé sous les coups du marquis français Tsonga dont l’attitude et le rayonnement ont impressionné, avant de faire respecter son rang. Ainsi donc, les deux nobles se retrouvaient à nouveau face à face mais cette fois à un stade inédit pour eux dans ses joutes Majeures. En effet à ce jour, seule la finale avait dénié accueillir leurs échanges. Trois affrontements, trois batailles qui avaient toujours vu l’Helvète prendre le meilleur sur son opposant. Qu’importe le lieu, le décor ou le stade de la compétition, Andy Murray se pourléchait déjà les babines de pouvoir faire choir celui qui le tourmentait tant en Grand Chelem.

    Le prince installe le siège

    Murray Australian

     

    Comme on pouvait s’y attendre, le combat entre les deux places fortes fut d’une superbe intensité. Mue par le désir de prouver sa valeur, Andy Murray se jetait à corps perdu dans la bataille et prenait à la gorge un adversaire plus habitué à recourir ce genre de tactique qu’à la subir. Plus prompt dans toutes ses actions et sur chacune de ses frappes, se mouvant avec une rapidité féline, le Britannique ne tardait pas à s’emparer du service de son adversaire. Une victoire qui allait lui assurer le gain de la première manche. Si Federer tentait de résister et de refaire son retard, il se heurtait à la défense adverse. Sans discussion possible, il acceptait son sort et repartait vers sa chaise pour préparer sa riposte (6-4, Murray). Car le Suisse n’est pas champion à se laisser impressionner et dicter sa loi par le premier jeune freluquet venu, fusse-t-il de lignée royale. Le second acte fut le théâtre d’une formidable passe d’arme. Campé sur leurs positions, l’un comme l’autre ne cédait pas. Le sort de cette manche allait donc se décider dans le tie-break et à ce petit jeu, le Suisse dispose d’un atout majeur : son mental. Très affuté, ce dernier montrait que si un match, aujourd’hui, se gagne grâce à son physique, il se gagne aussi au mental. Serein, le n°2 mondial décochait ses flèches une à une et parvenait à pourfendre l’armure princière. 7-6 pour Federer et tout était à refaire.

    Federer Australian

    Comme touché dans son orgueil, Andy Murray repartit à l’assaut mais de façon très méthodique. S’appuyant sur un service de premier ordre (ndlr : il totalisera 21 aces), ce dernier reprit son travail de sape. Au corps, il travailla son aîné. L’usant à gauche, à droite, balayant le court avec son très beau revers à deux mains, Murray ne laissait aucun répit à son bourreau de Wimbledon. Irrémédiablement, il finit par prendre son engagement. Tel un loup s’étant saisi dans sa gueule de sa proie, l’Ecossais n’allait plus lâcher sa victime. 6-3 Murray. Le Prince prenait une option.

    Pour l’honneur

    A deux sets à un, on ne donnait plus cher de la peau d’un Roger Federer qui semblait sans solution face au joueur qu’est devenu Andy Murray. Doté d’une main exceptionnelle, le Britannique est transformé depuis qu’il a trouvé conseils auprès d’Ivan Lendl et qu’il a renforcé son mur d’enceinte pour se constituer un physique impeccable. Mais un match de Grand Chelem, et qui plus est une demi-finale, n’est pas une rencontre comme une autre. Le Roi bâlois le sait, lui qui, à Melbourne, vise ni plus ni moins que sa 25ème finale en Majeur. Malmené et de plus en plus affecté dans ses mouvements par l’accablante chaleur régnant sur cette Rod Laver Arena absolument comble pour l’occasion et malgré la nuit, Federer tenait bon sous les coups de boutoir de son assaillant. A 5-5, la tension était insoutenable et sur une énième accélération, il craquait. A nouveau, Murray réalisait le break et s’emparait de la balle pour servir pour le gain du match et mettre un terme à l’hégémonie helvétique. C’est pourtant mal connaître le « monstre ». Blessé par cette perte, Federer répond à l’orgueil et élève singulièrement son niveau de jeu. Plus agressif, ses coups se faisaient plus fluides, plus puissants et plus précis aussi. Dans un rugissement, il s’empare du service adverse et revient dans le match. A nouveau, le tie-break allait servir de juge de paix et à nouveau, le Suisse allait se distinguer, en survolant les débats. 7-6, Federer exultait, se déchirant la mâchoire. Le match venait de prendre une tournure épique.

    Roger Federer Australian

    Mais le grandiose spectacle allait vite prendre fin. Accablé par la chaleur, l’ancien n°1 mondial agonisa dans la cinquième et ultime manche quand Murray parvenait à faire fi des conditions pour porter l’estocade. D’entrée, il allait prouver que mentalement aussi, il était fort, en s’emparant pour la cinquième fois du match du service du Suisse. Très vite, l’Ecossais se détachait 3-0. Un avantage qu’il n’allait plus lâcher. Contrairement à cette fin de quatrième manche où il faiblit quand Federer se ressaisit, Andy Murray se montra létal et enfonça le clou avec une grande froideur. A 5-2 en sa faveur et alors qu’il retournait, l’Ecossais asséna le coup final comme pour abréger un combat magnifique mais qui n’avait que trop durer. Comme un symbole, c’est Roger Federer qui offrit le match à son auguste adversaire sur sa 60ème faute directe. Un trop grand déchet qui permet à Murray de battre pour la première fois de sa carrière le Suisse en Grand Chelem mais aussi de rallier sa troisième finale de Grand Chelem d’affilée après celle perdue de Wimbledon et celle remportée à Flushing Meadows.

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    Le Britannique va sûrement se remémorer cette dernière et le bon souvenir qu’elle lui inspire car, dimanche en finale, il défiera le maître des lieux, le gardien des clés de Melbourne Park depuis deux ans, le Serbe Novak Djokovic. A New-York, il l’avait dominé pour remporter son premier succès en Grand Chelem, après 5 échecs en finale. Sur la Rod Laver Arena, il espère revivre pareille émotion. Ce ne sera toutefois pas une mince affaire puisque la dernière confrontation entre les deux hommes à Melbourne remonte à leur demi-finale de l’année passée. En 2011, ils s’étaient livrés une guerre prodigieuse d’intensité longue de près de 5h et que Djokovic avait fini par remporter. Hier soir, en attendant, le Prince d’Ecosse a fait tomber la couronne de Suisse et réaffirmer un peu plus sa puissance grandissante dans le cercle royal.

    Christopher Buet


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