• Le menu australien

    From-Australian-Open

    Open d'Australie logoUn an après la révolution opérée par Stan Wawrinka, le Vaudois revient à Melbourne pour défendre sa couronne.  Une couronne qu’il lui sera difficile de conserver tant ses adversaires ont faim de victoire et de grandeur à l’aune de cette nouvelle saison.

    La grande première de WawrinkaC’est un goût comme les amateurs de tennis de cette seconde décennie du XXIème siècle ne pensaient plus savourer. Un doux parfum d’inédit, une délicieuse sucrerie rare comme un trésor oublié au fil du temps et de l’accoutumance à une profusion certes exceptionnelle mais un brin routinière. En effet, depuis 2005, les tables du Grand Chelem ne s’étaient rendues accessibles qu’à une élite réduite ayant imposé un régime insoutenable dans un tourbillon de mets tous plus somptueux les uns que les autres comme cette œuvre d’art légendaire de juillet 2009 à Wimbledon ou cette pièce titanesque présentée une nuit de septembre 2011 à Flushing Meadows. A table, Rafael Nadal avait progressivement accueilli Roger Federer, Novak Djokovic et enfin Andy Murray. Un quatuor de gourmets d’exceptions qui avait consenti à ouvrir son cercle, temporairement en septembre 2009, au seul géant argentin Juan Martin Del Potro et sa lourde force de persuasion.

    Depuis, plus personne n’était parvenu à s’inviter à la table des grands chefs. Cinq années sans partage, cinq années fastes et gargantuesques mais privées de la saveur de la nouveauté. Cette saveur, cette gourmandise, Stan Wawrinka est venu l’apporter dans la touffeur du restaurant australien niché dans Melbourne Park. Au terme d’une quinzaine parfaite, le commis suisse étouffait le Taureau de Manacor et se saisissait de sa récompense une première étoile. Un an plus tard, l’odeur de cet exploit embaume encore la Rod Laver Arena et l’ensemble de l’institution australienne où le chef Wawrinka s’apprête à accueillir ses convives dans l’optique de leur prouver que son tennis n’a rien perdu de son percutant.

    Wawrinka a bien débuté à  ChennaiUn chef mesuré

    Il faut dire que depuis cette incursion australe, Stan Wawrinka a pris de l’ampleur et vécu une année 2014 en tout point prodigieuse où il n’a cessé de se régaler. « Je me sens très heureux de revenir ici. Avoir gagné l’an dernier, me donne énormément de confiance et je me sens prêt à repartir. 2014 a été une année incroyable pour moi, gagné un Grand Chelem, un Masters 1000 et finir avec la Coupe Davis », apprécie le Vaudois qui demeure particulièrement vigilant à l’heure de consulter la carte de 2015. « C’est une nouvelle année. Tout le monde part de zéro », prévient le vainqueur sortant qui sait combien la tâche qui l’attend promet d’être ardue.

    Magnus Norman n’en dit pas moins. Conscient de l’exploit réussit par son protégé la saison dernière et de la pression qui allait peser sur ses épaules, le coach suédois a cherché à éteindre les braises. « Stan était très bien en arrivant à Melbourne mais il faut admettre qu’il avait eu un peu de réussite. Golubev avait abandonné après un set au 2ème tour et Pospisil avait déclaré forfait en huitièmes, le jour où il avait fait si chaud. Du coup, en quart, Stan se sentait hyper frais. Rien ne dit qu’il aura autant de chance cette année », rappelle-t-il avant de préciser que le Vaudois n’« a eu dix jours d’entraînement… » Une préparation tronquée que Wawrinka devrait compenser en s’appuyant sur l’élan créé par le triomphe suisse en finale de Coupe Davis. A une autre échelle, en 2011, Novak Djokovic était arrivé transcendé après le sacre de la Serbie. Un état de grâce que le natif de Belgrade avait étiré tout au long de la saison en despote à la qualité de jeu irréelle, alignant même 42 succès de rang pour démarrer la saison. Encore très loin de ce régime pantagruélique, le Vaudois a néanmoins planté sa raquette dans son premier titre à Chennai comme en 2011 et 2014.

    Djokovic en favori

    Le favori, c'est luiEn parlant de Novak Djokovic, qui ne pourra retrouver Wawrinka qu’en demie, le Serbe s’avance vers l’Open d’Australie tout auréolé de sa nouvelle paternité et d’un statut de n°1 mondial qu’il étrenne avec autorité. En effet, s’il a du plier lors du dernier US Open, l’Aigle de Belgrade a dévoré la fin de saison 2014. Pékin, Paris puis Londres, tel fut le menu de l’insatiable serbe dont la soif carnassière ne fut interrompu qu’à Shanghai par Roger Federer (4-6 4-6 en demi-finale, ndlr), soit 18 victoires pour un petit accroc et un très haut niveau de jeu.

    A 27 ans, il s’avance en favori logique à l’heure de pousser les portes de Melbourne Park et d’entamer le menu australien du premier Majeur de l’année. Un endroit qu’il affectionne tout particulièrement puisqu’il en était le propriétaire de 2011 à 2013 avant d’être éconduit par Wawrinka en quart de finale la saison dernière. Pour autant, le n°1 mondial reste mesuré à l’heure d’évaluer ses chances. « Je ne pense qu’il soit sage de parler du titre alors que le tournoi n’a même pas encore commencé. Tant de joueurs sont capables de gagner ici. Après, mon passé dans le tournoi et les succès que j’y ai connus me donnent de la confiance et des raisons de croire que je peux aller loin. Avant ça, il faut bien commencer le tournoi », convient-il. Une prudence qui doit peut-être aussi à sa santé. En effet, Djokovic a souffert d’un rhume et de maux de ventre en début de semaine, pas l’idéal avant une telle échéance, lui qui vise une cinquième victoire en Australie et un 8ème titre en Majeurs. Le Serbe a toutefois assuré que ses petits soucis étaient derrière lui et qu’il serait à 100% pour entamer le tournoi.

    Federer est en pleine confiance« L’impression de très bien joué »

    Loin de ces petits tracas et placé dans l’autre moitié du tableau, en compagnie de Nadal qu’il ne croisera qu’en demie comme Berdych, de Murrau et autre Dimitrov promis en quart, Roger Federer débarque aux antipodes bardé de confiance et lorgne sur ce premier grand rendez-vous de l’année avec un appétit féroce. Une approche qui tranche singulièrement avec celle si chaotique de 2014. « J’aborde ce tournoi plus sereinement. L’an dernier, il y avait ma nouvelle raquette, ma blessure au dos, puis cette intersaison où je me sentais bien mais sans être sûr que mon dos allait bien répondre car j’avais besoin de matches pour m’étalonner. J’arrivais aussi avec Stefan Edberg comme nouveau coach », se remémore-t-il « Là, je sors de 6 mois où j’ai vraiment très bien joué. J’ai été capable de gagner à Brisbane, la semaine dernière. Ca me donne de la confiance. » Comme Wawrinka, Federer a connu une année 2014 pleine de satisfaction.

    Outre l’arrivée d’une nouvelle paire de jumeaux, des garçons cette fois, le Bâlois libéré de ses gênes dorsales s’est astreint à un menu des plus copieux, disputant et remportant le plus de match sur le circuit avec 85 matches disputés pour 73 victoires dont 5 titres parmi lesquels la tant attendue Coupe Davis. Gonflé à bloc, le n°2 mondial convient s’être rarement senti aussi bien. « Je crois que je sers mieux que je ne l’ai jamais fait avec plus de constance et de puissance. Ma raquette y est un peu pour quelque chose. Surtout, ma concentration s’est améliorée. Mon revers fonctionne également mieux que par le passé. Je joue de la façon dont je le souhaite et j’ai l’impression de très bien joué », explique le trentenaire qui pourrait bien récupérer son trône s’il venait à remporter son 18ème Grand Chelem et que dans le même temps Djokovic se franchissait pas le cap des 8ème de finale.

    Nadal est en retraitNadal dans l’expectative

    Versé dans la même moitié de tableau que Federer, Rafael Nadal semble en retrait aux regards de son passé récent. En effet, l’Espagnol a vu son corps le trahir en fin d’année dernière. Finaliste malheureux l’an dernier, roué de coup par Wawrinka et le dos en compote, le natif de Manacor se présente en Australie sans aucune référence après une intersaison marquée par une opération de l’appendicite qui l’avait notamment privé du Masters. Reposé, son retour à la compétition fut passable. S’il a bien remporté un titre…en double à Doha, il a bouté hors du tournoi en simple dès le 1er tour par l’Allemand Berrer après avoir été sévèrement corrigé par Murray du côté d’Abu Dhabi (2-6 0-6). Sans victoire, le nonuple vainqueur de Roland-Garros avoue qu’il n’est pas à considérer comme un favori malgré son statut. « Je ne peux pas dire si j’ai complètement récupéré. Si on parle de mes genoux, j’ai confiance en eux car ils fonctionnent très bien. En revanche, je n’ai aucune certitude concernant mon dos », souffle-t-il. Bien qu’en retrait, le Majorquin reste à l’affût. « Être ici est une grande motivation (…) J’espère que ce sera le départ d’une grande année pour moi », déclare-t-il.

    La jeune génération veut s’inviter

    Dimitrov est attenduUn espoir partagé par Andy Murray. Moins en vue depuis une saison et demie, le protégé d’Amélie Mauresmo souhaite prouver qu’il a retrouvé toutes ses capacités, encore plus dans un tournoi où il a toujours semblé maudit avec 3 défaites en finale. Pour briller, le Britannique bénéficie d’un tableau dégagé jusqu’en deuxième semaine où se profile Grigor Dimitrov en quart. « Pour moi, il est prêt à remporter un Grand Chelem », lance Pete Sampras en évoquant le Bulgare. En plein progrès, il sait qu’on attend beaucoup de lui. « A moi de prouver qu’ils ont raison de dire ça, et surtout de me prouve à moi-même que je suis capable de le faire. Je me sens proche d’y arriver », accepte le joueur de 23 ans. Un enthousiasme que tempère son coach Roger Rasheed. « Il n’y a aucune raison qu’il ne gagne pas un Grand Chelem cette année mais si ce n’est pas le cas, on ne paniquera pas car pour moi, il jouera son meilleur tennis entre 25 et 30 ans ? Aujourd’hui, il est encore en période de rodage »

    Si Dimitrov se sait attendu, le bombardier canadien Milos Raonic entend bien ne pas laisser sa part. « Avoir vu Wawrinka remporter un titre du Grand Chelem m’a donné des idée. Je peux me mettre en position de gagner », avance-t-il du haut de ses 24 ans. Un candidat crédible à en croire Roger Federer qui a eu besoin de 3 sets pour venir à bout du Canadien en finale à Brisbane (6-4 6-7 6-4). « Il va encore franchir un nouveau cap », promet-il. Pour cela, il devra assurer ses débuts et bien se préparer au choc éventuel contre Monfils en 8èmes, avant Djokovic, Wawrinka ou Nishikori ou Ferrer puis une hypothétique finale.

    Bleus ternes

    Monfils douteC’est avec une certaine distance que le clan tricolore devrait encore regarder les meilleurs déguster le menu du prestige. Après la désillusion vécue en Coupe Davis, les Bleus arrivent désorientés pour cette première levée du Grand Chelem. Jo Wilfried Tsonga forfait en raison de douleurs chroniques à son avant-bras, Gaël Monfils semblait enfin prêt à prendre ses responsabilités. Brillant en Coupe Davis, déterminé et enfin entouré (il a engagé Jan de Witt, qui s’occupe déjà de Gilles Simon, comme coach, ndlr), le Parisien avait le profil pour faire un coup aux antipodes. Malheureusement, il semblerait que ses vieux démons le traquent encore. « Je suis dans le dur, dans le gouffre », a-t-il confié à Tennis Magazine, à quelques heures d’affronter son jeune compatriote Lucas Pouille au 1er tour.

    De fait, les espoirs tricolores reposeront sur Richard Gasquet. A 28 ans, le Biterrois n’a jamais franchi le cap des 8èmes de finale à Melbourne. Un stade où il pourrait se mesurer à Nadal si tout se passe bien notamment au tour précédent contre Anderson (n°14). De son côté, Gilles Simon qui a retrouvé des vertus l’an dernier, avec une finale au Masters 1000 de Shanghai, a été propulsé dans le quart de tableau des besogneux avec Ferrer en point de mire au 3ème tour avant éventuellement Nishikori.

    Comme toujours, le menu australien s’annonce comme particulièrement copieux pour cette édition 2015 qui attend son premier chef.

    Christopher Buet


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