• Lavillenie, une fratrie haut perchée

    Renaud et Valentin Lavillenie

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    En finale des championnats du monde de la perche, Renaud et Valentin Lavillenie rêve d’un improbable doublé. A Moscou, c’est en famille qu’ils vont sauter pour décrocher l’or mondial.

    Le regard est sombre, déterminé. En bout de piste, il fixe cette ligne qui se dessine à l’horizon, une barre placée tout près des cimes, à plus de 5m de hauteur. Perche en main, Renaud Lavillenie (26 ans) et son frère cadet Valentin (22 ans) ne perdent jamais de vue leur objectif. Pour leurs premiers Championnats du monde en commun, les deux hommes se sont qualifiés pour la finale de la perche masculine, de ce lundi. Dans le ciel de Moscou, au cœur du stade Loujniki, les Lavillenie vont tenter de s’élever de concert pour atterrir ensemble sur le podium mondial.

    Entraînement commun

    philippe-d-encausse-donne-ses-conseils-a-valentin-lavillenieDès leur plus jeune âge, Renaud et Valentin ont sauté ensemble. A l’origine, c’est leur père Gilles, ancien perchiste dont le record est établi à 4,41, qui a été leur premier mentor. En 2008 alors qu’il a 22 ans, l’aîné s’émancipe et entame une collaboration de 4 ans avec Damien Inocencio. Au lendemain de son titre olympique, il rompt brutalement avec celui qui l’a mené au sommet. La fin d’un cycle et le début d’un nouveau avec Philippe D’Encausse, déjà très présent dans son entourage avant l’officialisation de leur association.

    De son côté, Valentin travaille avec son père jusqu’en 2010 avant de rejoindre Georges Martin en Belgique. L’exil dure deux ans. Il rentre alors en France et intègre le pôle espoir de Clermont où il retrouve son grand frère. Depuis lors, ils partagent le même entraînement. « Je ne me préoccupe absolument pas du fait d’avoir deux athlètes nommées Lavillenie. Pour moi, c’est comme s’ils n’étaient pas frères », explique d’Encausse à Sud-Ouest. « Valentin est en train de se rendre compte des exigences liées au très haut niveau. Au-delà de l’aspect technique, je le conseille surtout sur l’approche de la compétition. (…) En ce qui concerne l’aîné, il s’agit surtout de peaufiner des petits détails techniques car il n’a plus rien à apprendre sur la manière d’aborder une compétition »

    Un physique atypique

    Qu’on se le dise, les frères Lavillenie détonnent dans l’univers de la perche mondiale, tant par leurs performances, surtout pour Renaud, que par leur physique. Ils sont, en effet, loin des standards du perchiste tel que le grand public l’imagine. « Ce ne sont pas des montres physiques, pas des mecs de 1,95 m et 90 kg », confirme leur entraîneur Philippe d’Encausse dans L’Equipe Magazine. Champion olympique depuis l’été dernier, Renaud ne mesure que 1, 76 m pour 69 kg quand son cadet lui rend 5 centimètres (1,71 m) pour un poids équivalent (68 kg). Des physiques enfantins au regard de la concurrence.

    Sergueï BubkaDauphin de Renaud depuis 2012, l’Allemand Björn Otto domine avec son mètre quatre-vingt onze et ses 90 kilos. Champion du monde en 2007, l’Américain Brad Walker fait 1,88 m pour 86 kg, le grec Konstadinos Fillipidis est dans les mêmes altitudes (1,87 m et 73 kg) quand l’autre allemand Raphaël Holzdeppe émarge un peu en dessous à 1,81 m et 80 kg. Si le déficit de carrure est évident, d’Encausse n’y voit aucun inconvénient. « Ils ont tous les deux des grands bras, ce qui est essentiel à la perche, et ils courent vite. Comme en plus, ils sont légers, ça monte haut » apprécie-t-il.

    Dépasser Bubka

    Depuis qu’il a franchi la barre des 6 m, Reanud Lavillenie ne peut s’empêcher de lorgner vers le mythique record du monde de Sergueï Bubka (6,14 m). Le Tsar ukrainien, candidat à la présidence du Comité International Olympique (CIO) en septembre, en a même fait son héritier. En ce lundi, Renaud Lavillenie pourrait déjà imiter son modèle. Avec son frère, ils sont les premiers frères à participer à une finale mondiale de la perche depuis 1993 et les…Bubka. A Stuttgart, Sergueï et Vassili s’étaient classé respectivement premier et neuvième. Renaud et Valentin espère faire mieux.

    Valentin a toujours battu les records de Renaud

    L’anecdote peut prêter à sourire aujourd’hui, tant leurs niveaux sont éloignés, pourtant Valentin s’est toujours débrouillé pour surpasser son frère. « Je voulais battre tous ses records », indique le cadet à L’Equipe Magazine. Résultat: le record cadet de Charente lui appartient (4,31 m contre 4,30), le record junior pareil (4,83 contre 4,70). Au même âge, leurs courbes de progressions s’épousent parfaitement puisqu’en 2008, Renaud, âgé de 22 ans, franchissait 5,65 m en plein air du côté de Villeneuve d’Ascq et Albi. Or à Montreuil, Valentin a effacé une barre de…5,65 m à 22 ans. Son coach estime qu’il « va gagner Renaud Lavillenie à Londres10 cm rien que cette année ». De quoi rêver pour l’avenir. En attendant, c’est bien Renaud qui entend tutoyer les sommets dans l’enceinte du stade Loujniki.

    Rejoindre Marie-José Pérec

    Leader incontesté de la discipline depuis un an (7 des 10 meilleures performances de l’année lui appartiennent, ndlr), Renaud Lavillenie peut devenir le deuxième athlète tricolore de l’histoire à réussir la performance d’avoir décroché les titres européen, mondial et olympique en carrière. Avant lui, seul Marie-José Pérec est parvenu à cet exploit. La championne de 200 m et 400 m a remporté dans les années 1990, 3 couronnes olympiques (400 m en 1992 et 1996, 200 m en 1996), 2 mondiales (400 m en1991 et 1995) et 2 européennes (400 m et 4x400 m en 1994).

    Christopher Buet


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