• La fronde de Nadal

    Nadal indian Wells

    Pour son retour à la compétition (en Masters 1000), Rafael Nadal n’a pas tardé à faire parler de lui. S’il a repris ses bonnes habitudes en passant les deux premiers tours d’Indian Wells, le Majorquin s’est distingué en écharpant l’ATP, dont il ne goûte guère les nouvelles règles.

    « Un désastre », Rafael Nadal n’a pas mâché ses mots pour son grand retour sur le circuit ATP. Profitant de la grande caisse de résonance que confère un Masters 1000 (ndlr : Nadal a repris le chemin des tournois depuis quelques semaines et l’accessit de Vina del Mar en Amérique du Sud), le Taureau de Manacor n’a pas manqué d’asséner un violent coup de corne aux décideurs du circuit. Le courroux du joueur ibérique trouve son origine dans l’une des nouvelles règles qui est venue garnir le règlement. Durant l’absence de l’ancien n°1 mondial, les instances régissant le tennis mondial ont choisi pour fluidifier le jeu et surtout garantir un rythme plus soutenu, de limiter le temps dont dispose les joueurs avant de servir. Une règle répondant au mécontentement d’une large frange de joueurs lassée des libertés prises par certains de leurs pairs. Pour mémoire, la mythique finale de l’Open d’Australie 2012 qui avait opposé Rafael Nadal à Novak Djokovic durant 5 heures et 53 minutes avait atteint un summum de pesanteur. D’après certains observateurs, les deux hommes auraient passé près d’une heure entre les points donc au moment des services, un temps considérable.

    Pas étonnant dès lors de voir l’Espagnol s’offusquer de se changement de réglementation, intervenu qui plus est lorsqu’il était contraint de vivre loin des courts. Pas étonnant non plus, dans la mesure où l’ogre de l’ocre a toujours défendu ses positions et ses convictions. A la différence d’un Roger Federer décrié pour son attitude trop neutre, sa Majesté demeure Suisse après tout, Nadal ne s’est jamais démonté. A Indian Wells, celui qui a quitté las le « complaisant » conseil des joueurs dont il était le vice-président n’a donc pas manqué de dire le fond de sa pensée. Pour lui, cette nouvelle réglementation va tout simplement à l’encontre du tennis et du spectacle. « Dans des pays comme le Chili, le Brésil ou le 

    Berdych IW

    Mexique, c’est un désastre. Cette règle est carrément dirigée contre les échanges spectaculaires. Moi quand je revois à la télé les meilleurs points d’une saison, je n’y vois jamais un seul ace. Les grands points sont souvent de longs échanges. Avec la nouvelle règle des 25 secondes, il n’y a aucune chance pour pouvoir récupérer d’un échange à rallonge. Je vous invite à regarder le troisième set de ma finale de l’US Open en 2011, et me dire si la foule était contente de ce qui se passait sur le court. Avec cette nouvelle règle, on ne reverra jamais plus un set pareil. (ndlr : Mené 2 sets à 0, Nadal avait livré une troisième manche titanesque, parvenant à renverser Djokovic lors d’échanges irréels et d’une longueur insensée. Malgré ce sursaut d’orgueil, il avait finit par s’incliner en 4 actes au terme d’une finale à l’intensité prodigieuse longue de plus de 4h) » s’insurge le cinquième joueur mondial. Nadal n’est pas le seul joueur à dénoncer ce nouveau point de règlement. En début d’année, Tomas Berdych a manifesté sa désapprobation. « J'ai fait l'amer expérience de la règle à Chennai (...). Je ne vois pas de bonne raison qui pourrait la justifier. Quand il fait chaud, c'est presque impossible de respecter ces 25 secondes (...). Toutes les habitudes qu'on avait depuis toujours sont balayées en une seule décision. », s’est plaint le Tchèque mécanique, au jeu robotique, strictement réglé.

    « C'est cool d'avoir moins de temps pour récupérer »

    Nadal IW

    Si Rafael Nadal a pris la tête des mécontents, nombre de joueurs n’adhèrent pas au mouvement de fronde. Au contraire, certains comme Gaël Monfils voient en cette initiative de l’ATP, une excellente chose. « Je l'aime bien, parce que je suis un joueur qui joue beaucoup sur son physique. Pour moi, c'est cool d'avoir moins de temps pour récupérer, j'en suis content. Je serais même plus content si ce n'était que dix secondes, même, parce que je ne connais pas beaucoup de joueurs qui seraient capables de courir, puis récupérer en dix secondes. Je serais l'un des meilleurs dans cette situation, à mon avis. » apprécie le Français. Membre du conseil des joueurs, le Sud-Africain Kevin Anderson se montre plus nuancer dans son analyse. « Vous devez parfois prendre en considération quelques circonstances atténuantes. Si vous jouez un point incroyablement long par exemple. Il faut que ce soit juste pour tout le monde. Mais j'ai entendu dire de la part d'autres gars que c'est un peu laxiste comme règle. » temporise le tombeur de David Ferrer dans le désert californien. Une mesure que Monfils s’empresse d’apporter également. « Je pense que l'arbitre devrait malgré tout faire une différence entre le joueur qui prend du temps parce qu'il est fatigué et le joueur qui prend du temps à cause des ramasseurs de balle ou quelque chose comme ça. » nuance le Parisien.

    Comme chaque nouveau règlement, celui-ci suscite la controverse et le débat. Un débat qui ne fait que commencer et qui assurément ne durera pas 25 secondes. Une chose est sûre, le Taureau de Manacor a beau se plaindre, il n’en perd pas moins ses moyens. Au premier tour, il s’est rassuré pour son retour sur dur. Un an après son dernier match sur cette surface (346 jours pour être exact), l’Espagnol a concassé le tendre Ryan Harrison (7-6 6-2). Exempt de troisième tour (forfait de Leonardo Mayer), Nadal retrouvera le déstabilisant Ernest Gulbis en huitième de finale. Après tant d’absence, nous en avions presque oublié la férocité de ses ambitions. Sa charge, tant dans l’arène qu’en dehors, ne fait que commencer et la terre se met déjà à trembler.

    Christopher Buet


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