• La chasse est ouverte

    Djokovic Open d'Australie

    Open d'Australie logo

    Comme chaque année, le tennis masculin revêt en Australie ses habits de lumières au sortir d’une trêve insoutenable pour les suiveurs. Si Novak Djokovic domine toujours le circuit mondial, derrière la concurrence s’est rapprochée et entend bien faire choir le Serbe de son trône.

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    La nuit est tombée depuis bien longtemps sur Melbourne et les rues de la cité australienne ont depuis longtemps rendu au silence sa souveraineté. Pourtant à quelques encablures de là, Melbourne Park rugit encore. En son cœur, les lumières de la sublime Rod Laver Arena déchire le manteau de ténèbres de la nuit pour accueillir en son sein la finale de l’Open d’Australie messieurs. Sur ce court bleu, deux hommes, deux chiffonniers, serait-on tenté de dire, se livrent une bataille aussi brillante que titanesque. D’un côté, le nouveau roi omnipotent du circuit masculin Novak Djokovic, de l’autre, l’empereur du tennis ibérique Rafael Nadal. Une affiche de rêve qui n’en a pas que le titre.

    Alors que le soleil a eu le temps d’achever sa course et de disparaître derrière l’horizon, les deux guerriers n’en finissent plus de se rendre coup pour coup et de repousser les limites de leur art. Un plaidoyer au courage, à l’abnégation et à la vertu. Le taureau de Manacor est le premier à se mettre en scène, assénant un coup de corne dévastateur pour se saisir du premier set. Mais ce dernier va subir les conséquences de son affront et les descentes en piquée de l’Aigle royal de Belgrade durant les deux sets suivants. Fatal ? Non. Irrésistiblement, Nadal remporte le quatrième acte de cette pièce aux allures de conte légendaire. Les heures et les points défilent mais l’intensité n’en est que plus prodigieuse. Et dans ce combat des chefs, c’est sur un détail que tout bascula. La victoire à portée, l’Espagnol rate un passing alors qu’il mène 4-2, 30-15. Sa chance vient de passer. Djokovic se ressaisit, refait son retard et achève son adversaire au terme d’un nouvel échange interminable et somptueux à 4-4. Après 5h53 d’une empoignade irréelle, le Serbe pourfend une dernière fois son glorieux ennemi et s’écroule sur le court les yeux exorbités fixés vers le ciel avant de se relever dans un bond et de déchirer avec rage son T-shirt au milieu d’une assistance en liesse, consciente d’avoir participé à un moment d’absolu.

    Pour la passe de trois…

    Pour la deuxième année consécutive, le Serbe enlevait le trophée australien et tout le monde croyait le règne despotique de

    Novak-Djokovic-rips-shirt

     l’année précédente sur le point de recommencer. Il n’en sera toutefois rien. Après avoir plané, l’Aigle de Belgrade a été abattu dans une année où tous, de Federer à Nadal en passant par Murray s’y seront mis. C’est que ces cannibales ont un appétit redoutable mais pas suffisant pour dévorer le rapace. Contesté et déchu au cœur de l’été, il parviendra à regagner en fin d’année ce trône qu’il a si chèrement obtenu. Le temps de respirer après un Masters victorieux, le Serbe revient sur les terres de ses premiers exploits, en favori. Double tenant du titre, Novak Djokovic a effectué une préparation de qualité, à l’en croire aussi bonne que les années précédentes. Un gage de qualité quand on sait ce qu’il a réalisé depuis deux saisons, à savoir transformer le « Monstre bicéphale Roger-Rafa » en une « Sainte Trinité » dont il est le patron. Pour ceux qui en doutent, Djokovic a allié les paroles aux actes. Ne s’alignant qu’en exhibition à Abu Dhabi pour se roder, le Serbe a fait forte impression, essorant un David Ferrer à qui il laissa trois petits jeux (6-0 6-3). Le message est clair, Djokovic est à nouveau le favori à sa propre succession, surtout en l’absence de Rafael Nadal, contraint à l’abandon en raison d’un virus intestinal ayant perturbé sa préparation.

    …ou de deux

    Mais devenir le premier joueur de l’ère Open à remporter par trois fois consécutivement le Majeur australien ne sera pas une sinécure pour lui. Tapis dans l’ombre, un chasseur venu d’Écosse entend bien déloger l’encombrant volatile et devenir le premier joueur de l’histoire à enchaîner deux victoires de suite en Grand Chelem, après un premier sacre.

    Murray Brisbane

    Toujours accompagné d’Ivan Lendl, Andy Murray n’est plus le même homme depuis cet été, depuis ces larmes incontrôlables de Wimbledon à l’issue d’une quatrième défaite en finale de Grand Chelem (battu par Federer). Depuis cette scène qui lui acquiert le soutient absolu de tout le Royaume, Murray a remisé les habits du vaincu pour ceux du vainqueur, en finale olympique face à ce même Federer sur le même Centre Court puis dans le vacarme de Flushing Meadows. Là, il se libérait du poids de 76 ans d’attente en Grand Chelem et se posait définitivement en héritier de Fred Perry. Le « Andy Murray » qui se présente donc à Melbourne Park en ce mois de janvier 2013 n’a donc plus grand-chose en commun avec celui qui avait échoué en demi-finale, l’an passé, face à Djokovic. Plus serein, l’Ecossais affiche également une santé éclatante et un jeu déjà bien rodé. Engagé à Sydney et malgré des débuts hésitants, il s’est montré plus que convaincant en finale, dominant un Dimitrov intéressant.

    Federer attend son heure

    « Ce n’est pas comme si je n’avais pas joué depuis 6 mois. » Le ton est donné. Interrogé sur sa préparation et le fait qu’il n’ait pas joué un match officiel avant le début de la quinzaine australienne, Roger Federer n’était pas d’humeur à ergoter. Enterré après ses échecs face à Novak Djokovic ou Rafael Nadal en 2011, le Suisse a fait taire les mauvaises langues, l’an passé et prouver que même à trente ans passés, on peut encore régner. Au terme d’une première moitié de saison exceptionnelle et conclue par une victoire à Wimbledon, comme un symbole (ndlr : terre de son premier sacre en Grand Chelem en 2003), il redevint n°1 mondial, une première depuis 2010 pour Sa Majesté Federer. Plus en retrait par la suite (demi-finale US Open et finale du Masters), le Bâlois a bien préparé sa saison. Coupant avec la routine de décembre, il a joué les stars de cinéma en Amérique du Sud pour une tournée jugée régénératrice. En grand stratège, Federer ne s’est pas exposé. Quand ses rivaux évoluaient au Moyen-Orient ou dans les tournois australs, lui à rallier Melbourne. Au programme, une semaine d’acclimatation studieuse. Une option dont on jugera rapidement de l’à-propos.

     

    Roger Federer entraînement

    L’heure de Gasquet ?

    Car le Suisse n’a pas hérité de la partie de tableau la plus évidente. Loin s’en faut. Placé dans en bas, ce dernier devra en découdre d’entrée avec le déstabilisant Benoît Paire, dont les amorties peuvent s’avérer meurtrières, avant de, qui sait, retrouver Davydenko et surtout l’enfant du pays Bernard Tomic, au troisième tour. Un choc dont toute l’Australie et Tomic rêvent. « Cette fois, ça va être intéressant. J’ai progressé depuis ma défaite de l’été dernier à Cincinnati. » assure le vainqueur du tournoi de Sydney (ndlr : son premier en carrière). « Il faut d’abord qu’il arrive à ce stade. » prévient Federer, pas inquiet à l’idée de se mesurer au faux rythme australien.

    Richard Gasquet

    En outre, cette partie de tableau apparaît saturée et des embouteillages sont à craindre. Dans le quart de tableau de Federer, on surveillera les meilleures chances de la colonie française en Australie. En effet, Jo-Wilfried Tsonga semble promis en quart de finale au Suisse, à moins que Richard Gasquet n’en décide autrement dans le duel fratricide attendu en huitième de finale entre les deux compatriotes. Il faut dire que le Bitterrois part avec un net avantage. Si Tsonga est à Melbourne comme à la maison, Gasquet y arrive en totale confiance tant sur le plan de la qualité du jeu que celui de son physique après une semaine parfaite à Doha (titre face à Davydenko). « Je ne peux plus me permettre d’attendre. » assure le 10ème joueur mondial. Et si l’heure de Gasquet était enfin venue !

    Une menace grandissante

    Toujours dans la partie basse du tableau, Andy Murray ne sera pas plus à la fête avec en point de mire l’ombre grandissante de la tour de Tandil. Retardé dans son ascension par une blessure au poignet, Juan Martin Del Potro (n°6) revient fort. Demi-finaliste du dernier Masters, le lauréat de l’US Open 2009 s’impose comme la principale menace pour les favoris et Murray qu’il pourrait retrouver en quart.

    Le parcours de Novak Djokovic apparaît plus aisé avec pour premier vrai test un quart de finale probable face à Tomas Berdych (n°5), avant une demi-finale promise au discret David Ferrer, qui avait atteint ce stade en 2010. Un partie haute de tableau ouverte en forme d’aubaine pour l’émergence de joueurs comme Jerzy Janowicz (n°26), finaliste du dernier Master 1000 de Bercy ou encore du japonais Kei Nishikori (n°18). On suivra tout particulièrement les résultats du jeune esthète bulgare Grigor Dimitrov (21 ans). Sous la houlette de Magnus Norman et de deux autres coaches suédois, l’ancien pensionnaire de l’académie Mouratoglou a gagné en efficacité et en maturité. Finaliste brillant du dernier tournoi de Sydney, il pourrait avec son jeu « federesque » faire bien des ravages.

    A l’exception de Nadal, absent depuis juillet dernier, tout le monde est donc prêt à en découdre et à saisir sa chance du côté de Melbourne. Que la partie de chasse australienne commence.

    Christopher Buet


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