• L'art et la manière

    Un Clasico entre le Real Madrid  et le FC Barcelone est toujours l’occasion d’assister à un match hors du commun. Ce soir (20h), le Barça de Guardiola accueille le Real de Mourinho pour un nouveau duel esthétique, tant sur le bord de touche que sur le terrain qui sera décisif à quatre journées du terme de la saison.

    Et Barcelone va s’éteindre de nouveau. Ce soir à 20h, la cité catalane n’aura d’yeux et ne respirera qu’au rythme de cet étouffant Clasico. Un match pas comme les autres entre le Real Madrid et le FC Barcelone. Un match déterminant dans la course acharnée à laquelle se livrent les deux rivaux pour conquérir la Liga. Propriété des Catalans depuis 3 ans et l’arrivée de Pep Guardiola sur le banc blaugrana, le trophée est plus proche d’un retour dans la capitale madrilène en cette année 2012. En effet, ce samedi au Camp Nou, Barcelone est pointé à 4 unités des Merengues, plus proches que jamais d’une Liga qui les fuit depuis 2008 et la fin de l’ère Capello. Une victoire ou un nul madrilène et le sort en serait jeté, Guardiola l’assure. Une victoire barcelonaise et tout serait définitivement relancé. Voilà l’enjeu d’une soirée que ne manque pas d’intérêts.
     
    Litanies de banalités
     
    Au-delà de l’enjeu purement sportif, la soirée vaudra pour la guerre que se livrent les deux entraineurs, véritables généraux à la tête d’armadas surpuissantes. D’un côté, José Mourinho, l’arrogant et inclassable coach portugais du Real, maitre tacticien et de l’autre Pep Guardiola, le placide et philosophe entraineur catalan, apôtre du beau jeu. Plus que deux visions du jeu qui vont s’opposer sur la touche du Camp Nou, il s’agit de deux personnalités et deux styles aux antipodes qui se feront face. En spécialiste de la guerre médiatique et depuis les dérapages des Clasicos du printemps 2011, José Mourinho a refusé de se présenter à la presse, tant pour éviter les polémiques que pour laisser planer un climat d’incertitude quant à la stratégie de son Real. Une fois encore, c’est Aitor Karanka, son adjoint, qui s’est prêté au jeu des questions réponses avec toujours ce détachement singulier. De son côté, Pep Guardiola n’a pas raté son rendez-vous avec la presse sans pour autant faire preuve d’un à-propos renversant. L’entraineur catalan se contentant d’aligner les banalités et d’affirmer que le Real était favori et que seule une victoire permettrait à son équipe de continuer à y croire.
     
    Mauvais goût
     

    Mourinho survet

    Si l’avant match n’a rien eu d’intéressant d’autant qu’aucun joueur ne s’est exprimé, le match esthétique que se livreront les deux coachs s’annonce lui plutôt intéressant. Réputé pour ses costumes tirés à quatre épingles et pour sa classe sur son banc depuis ses débuts du côté de Porto, José Mourinho semble s’être relâché à tel point qu’on se demande où est passé le beau Portugais. Quelle surprise cette saison de le voir débarquer en polo noir synthétique pour la Super Coupe d’Espagne en août dernier. Le choc a été encore plus fort quand l’ancien coach de Chelsea a opté pour le blouson sans manche du club façon bouée de sauvetage, non sans rappeler l’indéfinissable manteau d’Arsène Wenger. De l’entraineur classieux nous étions passés au gamin ayant piscine le mardi. Bien que son look n’est guère d’intérêt au regard de ses qualités de manager, il n’en demeure qu’on souhaiterait vivement retrouvé le charmant entraineur qui avait fait chavirer observateurs et gente féminine (Nathalie Ianetta ne nous contredira pas) à Porto et à Londres. Pas top José, un petit effort. De côté-là, Pep Guardiola n’a jamais déçu la foule de suiveurs. Jamais sans son costume, parfois affublé d’un trois-pièce, le jeune entraineur catalan se démarque par sa classe au bord des terrains d’Espagne et d’Europe. Un look en accord avec ses principes et le jeu déployé par sa formation. En attendant le retour du vrai Mourinho à la place de cet imposteur ignominieux pour donner une réplique plus présentable à son homologue catalan, c’est sur la pelouse que le vrai duel devrait avoir lieu.
     
    Guerre tactique
     
    Car là est bien le centre du débat, l’opposition tactique entre Madrid et Barcelone. Depuis trois ans, c’est à une vraie guerre tactique que nous offre les troupes de Guardiola et Mourinho. Si Barcelone n’a jamais dérogé à ses principes faisant l’éloge de la passe courte, de la possession de balle et d’un pressing asphyxiant avec le succès que l’on connaît (1 défaite depuis 2009, l’an passé en finale de la Copa Del Rey, pour 5 victoires et 4 nuls), son adversaire madrilène a, lui, beaucoup tenté changeant d’approche à chaque revers pour tenter d’annihiler le système blaugrana. Une entreprise qui a obligé Mourinho a déployé ses talents de grand ordonnateur, avec une réussite donc parcimonieuse. Bloc bas, pressing tout terrain (comme en Copa del Rey), le stratège portugais a tout tenté sans jamais parvenir à trouver la bonne formule face à l’insoluble équation proposée par Xavi, Iniesta, Messi et leurs coéquipiers. Ce soir sur la pelouse barcelonaise, le Real se présentera avec un nouveau visage. Meilleure attaque du championnat et d’Europe avec 107 buts en 33 journée (!) et invaincu depuis décembre et une défaite contre…Barcelone (1-3 à Bernabeu), la Maison Blanche s’appuiera sur son quatuor offensif infernal : Benzema en pointe, Özil ou Di Maria à droite, Kaka en soutien et Cristiano Ronaldo à gauche. De beaux arguments qui auront fort à faire. Car en face, Guardiola fait dans le classique. Messi en fausse pointe, dans son duel à distance avec Cristiano Ronaldo, sera épaulé par Iniesta à nouveau placé sur l‘aile gauche et de Pedro à droite pour son grand retour dans le 11 de départ catalan. Au cœur du jeu, Xavi dit « la Machina » dictera le tempo en compagnie de Fabregas. En somme si aucune surprise ne viendra de Barcelone qui jouera son football à domicile, l’inconnu vient de José Mourinho et de la façon dont il a organisé son Real.
    En décembre déjà, Madrid avait reçu l’ennemi venu de Catalogne en position de force. Cependant malgré l’ouverture du score précoce de Benzema après 22 secondes, les Merengues avaient sombré encaissant 3 buts. Il s’agit là de leur dernière défaite en championnat.
     
    Entre enjeux et tensions, entre classe et mauvais goût, entre confiance et incertitudes, entre blaugrana et merengues, le match de ce soir sera riche en intérêt. Un Clasico n’est pas une rencontre comme une autre, il est plus que cela. Il est une ode au football, un concentré de volonté et un invariable spectacle où tout se résume dans l’art et la manière.
     
    Christopher Buet

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