• Games of throne at Wimbledon (1/2)

    L'accomplissement d'Andy Murray

    Wimbledon (1)

    Un an après avoir offert le Graal londonien aux sujets de sa Gracieuse Majesté et s’être assis sur le trône du plus prestigieux tournoi du monde, Andy Murray revient sur le gazon qui l’a consacré. Un tapis vert où la lutte s’annonce ardue. En effet, la maison écossaise va devoir repousser de nombreux assauts (suisses, espagnols, serbe…) pour conserver sa demeure au All England.

    « The waiting is over ! » « L’attente est terminé ! » Le commentateur de la télévision britannique ne s’y trompe pas en lâchant cette phrase avec un soulagement et une spontanéité qui ne laisse aucun doute sur la portée de ce qui vient de se dérouler sous ses yeux. Quelques mètres plus loin, au cœur du Center Court, Andy Murray serre les poings et hurle face à cette foule qui s’agite telle une mer secouée par les vents d’une tempête. L’Ecossais rugit, se prend la tête dans les mains et peine à réaliser avant de s’agenouiller dans cette ambiance indescriptible.

    Andy Murray n'y croit pas, il a gagné Wimbledon

    Plus qu’une victoire, en dominant Novak Djokovic en trois sets, l’enfant de Glasgow a mis fin à 75 ans d’une interminable attente pour le peuple britannique, trois quarts de siècle à espérer, rêver d’un héritier au légendaire Fred Perry, dernier serviteur de sa Gracieuse Majesté à avoir eu l’honneur de soulever la mythique coupe du champion de Wimbledon. Après son triomphe new-yorkais quelques mois plus tôt, Andy Murray s’offrait sa seconde couronne en Grand Chelem, celle que tout un Royaume attendait, celle qui lui permettait de s’emparer du cœur des « siens » et de ce trône si convoité dans le sacro-saint du tennis, le berceau de ce jeu. Une année donc que la Maison écossaise fait flotter haut sa bannière au-dessus du domaine verdoyant du Sud de Londres mais voilà que se profile la menace d’une nouvelle bataille et il faudra que le Roi Murray défende chèrement son bien.

    Pression inconnue

    Murray reprend des couleurs

    Sur une phase ascendante après sa médaille d’or olympique glanée dans le temple du tennis en août 2012 et sa première victoire en Majeur à l’US Open en septembre 2012, Andy Murray était arrivé dans les meilleures conditions pour LE tournoi national, bénéficiant également d’une blessure au dos qui l’avait privé de Roland-Garros pour axer son travail préparatoire sur le gazon. Un an plus tard, la maison écossaise a vu ses fondations s’effriter tout comme ses certitudes. En effet, son premier conseiller et homme de base de son accession au trône, Ivan Lendl s’en est allé sans crier gare au cœur du printemps. Une défection qui a semé le trouble dans l’esprit et le jeu d’un Écossais qui pensait enfin avoir trouvé la bonne formule pour imposer son règne.

    Bien que touché au plus profond, le joueur de 27 ans a fait fi de la situation pour assurer l’essentiel durant la saison ocre allant jusqu’à titiller Rafael Nadal à Madrid en lui prenant un set avant de se hisser dans le dernier carré de Roland-Garros où il fut massacrer pour le Taureau de Manacor, déchaîné et lancé vers sa 9ème Coupe des Mousquetaires. Au-delà du jeu, l’Ecossais a surtout profité de sa quinzaine parisienne pour dénicher le remplaçant à son mentor tchèque. Alors que de nombreux noms circulaient pour venir épauler le Britannique, ce dernier s’est tourné vers…une femme en la personne d’Amélie Mauresmo. Un choix pas si étonnant que cela puisque Murray a longtemps été entraîné par sa mère Judy, actuelle capitaine de l’équipe britannique de Fed Cup. 

    Murray et sa coach Mauresmo

    « Techniquement, elle est très performante. C’est une joueuse qui développait un jeu créatif lorsqu’elle était sur le court et c’est ce que je veux essayer de faire moi-même », explique le joueur à propos de sa nouvelle coach. Une association entre deux vainqueurs de Wimbledon (Mauresmo l’a gagné en 2006, ndlr) qui plaît à Chris Evert. « Mauresmo est très qualifiée. S’il continue à se servir de ce que Lendl lui a enseigné et qu’il parvient à utiliser ce que Mauresmo a à lui offrir, je suis persuadé qu’il en tirera un grand parti », s’attardait la triple lauréate américaine sur ESPN.

    Si cette association suscite beaucoup d’attente, la défense du titre acquis l’an passé semble, elle, libérée Murray. « Personne n’avait autant de pression pour remporter un Majeur qu’Andy Murray l’an dernier. Maintenant qu’il l’a gagné, il s’est délesté d’une énorme pression. Il a autant de chance que les autres pour s’imposer à nouveau », assure John McEnroe. Une intuition confirmée par le principal intéressé. « Je sens de moins en moins de pression. Plus je m’approche de la défense de mon titre et plus je me sens bien paradoxalement. » S’il se dit prêt à défendre son trône, Murray va avoir fort à faire tant les convoitises sont nombreuses et les adversaires redoutables.

    La reconquête du gazon

    Nadal avec son 9e Roland-Garros

    À commencer par la maison Nadal. Incontestable maîtresse de la terre ocre où sa dynastie s’est établie en 2005 dans le sanctuaire de Roland-Garros, la famille majorquine se sent de plus en plus à l’étroit sur ce continent européen où elle a été forcée à l’exil après une campagne australienne douloureuse (défaite en finale de l’Open d’Australie contre Wawrinka assortie d’une blessure au dos, ndlr). Un revers qui a longtemps laissé des traces dans la chair et l’esprit du Taureau de Manacor. Affecté, l’animal a pansé ses plaies, a tremblé, encaissé les assauts de prétendants ayant senti l’odeur du sang (trois défaites sur terre, une première depuis 2004, contre Ferrer, Verdasco et Djokovic, ndlr) avant de se ressaisir et de reprendre sa charge destructrice. Acculé, c’est devant son peuple dans la Caja Magica de Madrid qu’il rétablissait l’ordre prélude à la ruade légendaire dans « sa » capitale parisienne. Avec sa neuvième victoire dans le Majeur de la Porte d’Auteuil, le n°1 mondial a regoûté à la saveur d’un grand titre, lui redonnant de fait l’ambition d’étendre son royaume comme il le fit en 2008 ou 2010.

    Nadal batu dès le 1er tour en 2013

    Pour autant, le défi qui se profile s’annonce énorme tant il lui est compliqué de traverser cette Manche séparant son continent ocré à cette île où s’étend la verdure de Wimbledon. En effet, depuis 2012 et un succès sur le brésilien Thomaz Bellucci, celui qui compte désormais 14 titres en Grand Chelem n’a plus remporté la moindre victoire sur un court en herbe. Une statistique appuyée par la nouvelle déconvenue de Halle contre Dustin Brown (4-6 1-6). « Pour parler d’un match, il faut qu’il y ait eu des points à jouer, ce qui n’a pas été le cas. C’est un match négatif sur tous les points. J’ai perdu, et je n’ai pas pu me régler », reconnaît-il avouant souffrir encore de son dos et ainsi ne pas pouvoir déployer toute sa puissance. Inquiétant ? Pas à en croire Goran Ivanisevic. « Nadal peut relever tous les défis et remporter tous les tournois. Le gazon n'est plus celui d'autrefois. Il a déjà gagné deux fois Wimbledon, alors pourquoi pas une récidive ? Il peut certainement encore gagner Wimbledon, d'autant plus avec un gazon aussi lent », est persuadé le champion de Wimbledon en 2001. Une assurance que Toni Nadal se garde bien d’afficher. L’oncle et premier conseiller du « Taureau » espère simplement que son protégé « est en forme ». Contraint à l’exil, le Taureau de Manacor aura à cœur de venir chahuter la maison Murray pour y replanter son drapeau et faire flotter, de nouveau, les deux cornes de sa maison au sommet du Center Court. Une entreprise qui s’annonce des plus compliqués puisqu’il devrait croiser sur sa route une belle bande de mercenaire avec l’ombre de son bourreau 2012 Lukas Rosol puis celle du géant Ivo Karlovic avant le jardinier français Richard Gasquet, le bombardier canadien Milos Raonic avant d’éventuellement retrouver l’ancien maître des lieux Roger Federer ou un certain Stan Wawrinka. Une route semée d’embûches.

    Christopher Buet


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