• Bouchard refroidit Cornet

    Eugenie-Bouchard

    Wimbledon (1)

    Après avoir créé la surprise en éliminant Serena Williams au tour précédent, Alizé Cornet s’est fait cueillir par l’intraitable Eugénie Bouchard (7-6 7-5). La Canadienne atteint pour la 3e fois consécutive les quarts de finale en Grand Chelem cette saison.

    La posture a changé, la rage a fait place au soulagement mais le cri est resté le même quoiqu’un peu plus court en y repensant. Le mois dernier, Eugénie Bouchard faisait raisonner sa voix accroupie au milieu du Suzanne-Lenglen. Là, sur la terre ocre de Roland-Garros, la toute jeune canadienne exprimait son bonheur d’avoir surpassé Carla Suarez Navarro et acquis sa qualification pour sa deuxième demi-finale en Majeur consécutive. Un mois plus tard, debout cette fois, la jolie blonde de 20 ans rugissait au terme de son 8e de finale sur l’herbe de Wimbledon.

    eugenie-bouchard en difficulté

    Dans l’écrin du Center Court, sous la verrière du toit londonien, elle ne pouvait réprimer sa satisfaction et son soulagement d’être venue à bout d’une Alizé Cornet valeureuse et d’une nervosité qui n’avait jamais quitté son visage. « C’est assurément le match le plus physique que j’ai joué dans ce tournoi. Je me suis vraiment battu jusqu’à la fin », avouait la 13e mondiale, jusqu’à ce dernier jeu de retour où elle mit au supplice sa rivale française, jusqu’à ce dernier effort pour conclure une rencontre équilibrée où sa capacité à se sublimer dans les moments importants aura fait la différence. La marque des Grandes de ce jeu et il fallait bien ça pour éteindre le feu d’Alizé Cornet.

    Piège de verre

    Sur son petit nuage depuis le début de la quinzaine et son succès au tour précédent contre la n°1 mondiale Serena Williams, la Niçoise comptait bien prolonger son embellie londonienne. Pour se faire, elle s’appuyait sur son service et une tactique simple consistant à priver son adversaire de rythme et d’angles. Agressive, Cornet ne laissait aucun répit à une Bouchard visiblement tendue dès l’entame et qui s’obstinait invariablement à relancer les engagements tricolores depuis l’intérieur du court. Une volonté d’agresser qui se traduisait davantage par une litanie de fautes directes (17 au total sur la 1ère manche, ndlr) que par une déstabilisation de l’adversaire. Malgré cette tactique défaillante, la demi-finaliste de l’Open d’Australie assurait l’essentiel en repoussant les assauts niçois sur ses mises en jeu. Commencée sous la grisaille britannique, cette rencontre était interrompue à 3-2 en faveur de Cornet. Coupée dans son élan, cette dernière ne commettait pas le même impair que face à Serena où elle avait encaissé 5 jeux de rang ainsi que la 1ère manche. Concentrée, elle conservait son ascendant dans l’échange et tentait de contrarier son adversaire, n'hésitant pas à monter au filet conclure, sans parvenir à convertir la seule balle de break qu’elle obtint.

    Bouchard négocie mieux le tie-break

    Le sort de ce premier acte ne pouvait se régler qu’au jeu décisif. Un exercice que Bouchard entama le mieux. Profitant de deux erreurs de Cornet, elle se détachait pour mener 4-1. On croyait alors que tout était fini mais la Française refusait d’abdiquer et marquait 4 points de suite avec la complicité d’une Canadienne subitement généreuse. Toutefois, la générosité à ses limites surtout avec une joueuse de la trempe de la native de Montréal. A 20 ans, cette dernière a tout d’une Championne à commencer par cette faculté à serrer le jeu quand l’atmosphère s’alourdit. Aussi après une offrande de Cornet à 4-5 qui envoya son amortie dans le bas du filet, elle n’eut besoin que d’une balle pour faire basculer la manche en sa faveur. « Nous nous sommes battues et avons disputé un tie break intense. Je suis fier d’avoir réussi à l’emporter. Même si je jouais sur le fil, je n’ai jamais paniqué et j’ai toujours cherché à mettre une pression continue », se félicitait-elle.

    Cornet fait douter Bouchard

    Cornet manque le coche

    Suffisant pour la libérer ? On le crut lorsque dès l’entame du second set, elle obtint une balle de break sur le service tricolore. C’était sans compter sur la combativité de Cornet. Toujours aussi solide sur ses engagements, la Française effaçait avec autorité ce qui aurait pu la condamner. Mieux, elle retournait la situation et surprenait sa jeune opposante au 5ème jeu. Tonique et appliquée, l’ancienne 11e mondiale maintenait son avantage jusqu’à servir pour emmener ce 8ème vers un 3ème set décisif. A 5-4, son bras se mit alors à trembler. Au plus mauvais moment. L’ouverture (deux fautes en coup droit) que n’attendait plus Bouchard qui se fit un plaisir de s’y engouffrer. « Quand j’étais en difficulté dans le 2nd set, j’ai su garder confiance en moi, me dire que ce n’était pas fini. Ensuite, j’ai su élever mon niveau dans les moments importants », jugeait la Canadienne. « Ça se joue à des détails. Dans ce genre de match, il n’y a pas beaucoup d’occasions. Quand il y en a une, il faut être opportuniste. J’ai manqué d’agressivité au moment de serrer le jeu et je lui ai laissé un peu trop d’ouvertures », consentait Cornet.

    Cornet chute face à Bouchard

    Débreakée, la n°1 française ne pouvait rien faire contre une joueuse toujours plus agressive et précise dans ces offensives. En effet, la lauréate de Wimbledon en 2012…chez les juniors enfila les derniers jeux comme des perles sur un collier. « Je me suis sentie loin de gagner car j’ai mal négocié les moments importants, notamment le tie-break et le break au deuxième. Je manquais un peu de fraîcheur et d’agressivité. Je n’ai pas été assez percutante contre Eugénie alors qu’elle est vraiment rentrée dedans comme d’habitude. C’est frustrant de ne pas avoir pu exprimer mon meilleur tennis. J’aurais voulu faire mieux. Je fais plein de mauvais choix. Au final, je perds en deux sets, alors que je peux gagner en deux sets. J’ai la sensation que j’aurais pu mieux faire », reconnaissait dépitée Alizé Cornet.

    Bouchard serre le jeu

    De son côté, Eugénie Bouchard pouvait relâcher la pression en sollicitant ses cordes vocales. En venant à bout d’une excellente adversaire, elle venait de composter son billet pour son 3ème quart de finale consécutif cette saison en Majeur. Une performance rare pour une joueuse qui ne compte que 6 participations en Grands Chelem. « J’ai beaucoup appris cette année depuis l’Australie. Ce qui fait la différence, c’est cette confiance que j’ai accumulée depuis le début de l’année. Je crois en moi et je me suis prouvé que je pouvais jouer parmi les meilleures. J’ai joué sur les principaux courts de la plupart des Grands Chelems, des gros matches. Je suis fier de la manière dont je le fais », apprécie la 13ème mondiale. Confiante, ambitieuse et inébranlable, la révélation de l’année a prouvé avec ce match qu’elle était en plus d’un terrifiant opportunisme. « C’était dur, il faisait humide mais c’était les mêmes conditions pour tout le monde (…) Je suis excitée mais je dois rester concentrée », conclut-elle se projetant déjà vers son prochain tour face à la lauréate du choc entre l’allemande Angélique Kerber et une vielle connaissance la russe Maria Sharapova. En attendant, Eugenie Bouchard peut profiter de son succès et continue sa balade sur ce gazon qu’elle aime tant et qui le lui rend bien.

    Christopher Buet


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :